Les vrais dangers derrière la crise syrienne sont économiques


Par Brandon Smith – Le 12 avril 2017 – Source alt-market.com

En 2010-2011, lorsque j’écrivais encore sous le nom de plume Giordano Bruno, j’ai mis en garde contre les dangers de toute déstabilisation dans la nation syrienne, avant que les problèmes réels ne commencent. Dans un article intitulé Migration des cygnes noirs, j’ai souligné que, en raison de l’ensemble unique d’alliances et de relations économiques de la Syrie, le pays était une « pierre angulaire » des perturbations au Moyen-Orient et qu’une « révolution » (ou guerre civile) était imminente. La Syrie, avais-je prévenu, représentait le premier domino, dans une chaîne de dominos qui pourrait conduire à une guerre régionale plus large et attirer les grandes puissances comme les États-Unis et la Russie.


Cela dit, ma position a toujours été que la prochaine « guerre mondiale » ne serait pas une guerre nucléaire, mais surtout une guerre économique. En d’autres termes, je croyais et je crois encore qu’il est beaucoup plus utile pour les élites de l’establishment, d’utiliser l’Est comme une épée pour abattre certaines parties de l’Occident avec des armes économiques, comme l’affaiblissement du dollar américain. Le chaos que cela causerait sur les marchés mondiaux et la panique qui s’ensuivrait dans le grand public apporteraient une couverture parfaite pour l’introduction de ce que les globalistes appellent la « grande réinitialisation financière ». Le terme « réinitialisation » est essentiellement un code pour la centralisation totale de toute la gestion financière et monétaire des économies mondiales par une institution, probablement le FMI. Cela aboutirait à la destruction du statut de réserve mondiale du dollar, son remplacement étant le système de devises du panier de droits de tirage spéciaux  (DTS) du FMI.

Finalement, le système du panier des DTS constituerait un tremplin vers un seul système monétaire mondial (Flashback en 1988 : Préparez-vous à une monnaie mondiale en 2018). Sa forme et sa fonction seront finalement probablement entièrement numériques. Cela donnerait aux mondialistes un bouton-poussoir TOTAL, même sur les plus petits aspects du commerce normal. La quantité de pouvoir qu’ils gagneraient, à partir d’un seul système de monnaie numérique centralisé, serait sans fin.

La Syrie en elle-même n’est qu’une couche parmi plusieurs, dans le processus d’instabilité globale délibérée, mais elle semble être d’une importance vitale pour les élites, étant donné qu’elles continuent de faire de nouvelles tentatives pour attirer le public américain en faveur du soi-disant « changement de régime ».

Les publications médiatiques comme The New York Times insistent ouvertement sur le récit selon lequel le président syrien Bachar al-Assad a une longue histoire de crimes de guerre, y compris l’utilisation d’armes chimiques contre des civils. Pourtant, ni The New York Times ni personne au gouvernement n’a produit une seule preuve concrète qu’Assad est coupable de tels actes, y compris la dernière attaque chimique, que l’administration Trump a utilisée comme preuve rationnelle pour que des missiles de croisière frappent les cibles militaires syriennes, ainsi que le renouveau de la rhétorique demandant l’éviction d’Assad.

Non pas que j’aie nécessairement beaucoup confiance dans le régime d’Assad, mais nous avons vu ce même scénario utilisé sous l’administration Obama en 2013 : une attaque chimique contre des civils, que la Maison-Blanche a immédiatement, sans preuve, utilisée pour impliquer Assad et appeler au changement de régime. Cette tactique pour séduire le public américain en une fièvre de guerre a échoué, même avec de nombreux acteurs militaires s’y associant, mais Obama a reculé (en partie) face à une invasion de la Syrie. Maintenant, il semble que l’establishment espère qu’ils obtiendront une meilleure réponse en utilisant le même jeu sous Trump.

Il existe cependant beaucoup plus d’avantages dans le scénario Trump.

Depuis la mi-2016, j’ai pensé que Trump serait sans aucun doute président des États-Unis, car la cabale bancaire internationale a besoin d’un bouc émissaire pour la crise économique en cours depuis plusieurs années. La stratégie syrienne est une victoire pour les élites sous Trump parce que, avec Trump, il n’y a pas besoin de modération. Si elles peuvent l’influencer à se déchaîner, sans se soucier des répercussions dans la région, leur bouc émissaire impliquerait tous les conservateurs en général, avec peu d’effort de leur part.

La prédiction de George Soros, selon laquelle Trump « échouera » parce qu’il est « imprévisible et non préparé » et qu’il « finira par être mauvais pour les marchés », deviendra une prophétie auto-réalisatrice.

J’ai prévenu le mouvement de la liberté à maintes reprises, après la sélection des membres du cabinet de Trump, qu’il s’entourait avec des goules de l’establishment qui seraient soit dirigées contre la Maison Blanche malgré lui, soit qu’il coopérait volontiers avec elles. Sa récente rhétorique à haute tension contre le gouvernement syrien et contre la Corée du Nord semble confirmer mes soupçons.

Alors, où est-ce que tout cela nous mène? Nulle part où ça sent bon…

Tout d’abord, considérez le fait que chaque fois qu’il apparaît que le gouvernement syrien semble avancer dans la destruction d’ISIS, il y a soudainement une nouvelle attaque chimique qui met Assad sous suspicion. Quiconque lit mon article L’ère du terrorisme universel, une fatalité ? , publié en 2015, a vu les nombreuses preuves que j’ai exposées, qui montrent la complicité du gouvernement américain et même une aide directe à la création d’ISIS. J’ai comparé la montée d’ISIS à l’opération Gladio, un énorme projet sous faux drapeau, entrepris par les États-Unis et les gouvernements européens en Europe, des années 1950 aux années 1990.

ISIS est utile, en tant que père fouettard perpétuel, et malheureusement, la religion musulmane a un pied dans les âges obscurs et restera un terrain fertile pour générer des groupes extrémistes, pendant les décennies à venir. Les élites ont vraiment l’intention de protéger certaines factions d’ISIS en Syrie, ce qui signifie qu’ISIS continuera à se propager de cette région vers l’UE et les États-Unis, et que les attaques terroristes continueront à se multiplier.

Deuxièmement, nous avons appris que l’administration Trump est parfaitement disposée à accélérer certains vieux projets de l’establishment qui impliquent une action « cinétique » (destruction et mort). Si elle était heureuse de bouger aussi rapidement pour frapper la Syrie, sans fournir de preuves à l’appui de cette mesure, il ne serait pas surprenant qu’elle soit prête à frapper la Corée du Nord, un pays qui a ACTUELLEMENT les moyens de  menacer les cibles américaines ou nos intérêts dans le Pacifique. Un précédent est mis en place aujourd’hui pour un programme en cours, de frappes préventives rapides. Je crois que cela ira même au-delà du penchant notoire de Barack Obama pour le déclenchement de la déstabilisation de régions entières.

Troisièmement, je pense que beaucoup de gens oublient aussi que la Syrie continue de maintenir un pacte de défense mutuel avec l’Iran. Pourquoi cela importe-t-il ? La Syrie n’est PAS la Libye ; Assad ne tombera pas comme Kadhafi, aux mains de groupes d’insurgés comme ISIS. Le changement de régime en Syrie va exiger de nombreuses bottes américaines au sol. Ceci, à son tour, invitera des centaines de milliers de soldats de la Garde iranienne à intervenir. Si vous étudiez la préparation militaire dans le monde, vous savez qu’un pays comme l’Iran ou la Corée du Nord offrira une résistance beaucoup plus grande, que ce que nous avons vu en Afghanistan ou en Irak.

Tandis qu’ils sont encore des pays très pauvres militairement (en termes de dépenses de défense), ils sont relativement bien formés et l’écart technologique est moins grand. Beaucoup d’hommes américains vont mourir dans un tel combat. Si l’invasion terrestre devient une option en Syrie, attendez-vous à ce que l’Iran soit la prochaine cible et que l’option d’un nouveau « brouillon » ne revienne aux États-Unis. Gardez également à l’esprit que les Américains n’accepteront jamais la conscription militaire aujourd’hui, sauf si nous subissons une attaque massive contre les États-Unis, sur notre sol ou contre les forces américaines à l’étranger. Alors, attendez-vous à un scénario de type choc et effroi rapidement…

Troisièmement, il y a, bien sûr, la question en cours de savoir quand les forces américaines et russes vont « se rentrer dedans » et que quelqu’un soit tué. La majorité des analystes dans le mouvement de la liberté s’attendent à ce que cela soit inévitable. Je suppose que je suis d’accord, mais je ne crois pas que les élites aient investi des milliards de dollars dans la technologie du contrôle par maillage, dans toutes les grandes villes du monde, pour la voir être vaporisée dans une chaîne de champignons atomiques (ce maillage de contrôle comprend les villes russes – jetez un œil sur les lois Yarovaya de Poutine, qui pourraient rendre la NSA envieuse).

Il me semble que la progression naturelle de ces tensions se terminera par des représailles économiques de l’Est contre l’Occident, et non par des représailles nucléaires. C’est en fait le pire scénario.

Avec un conflit nucléaire, la perte de la conscience du spectre complet pour les élites est immédiate. Ils perdent leur maillage de surveillance, ils perdent les moyens de maintenir une armée en bonne santé, ils perdent les moyens de dicter le récit, parce que les médias traditionnels ne fonctionneront plus à ce moment-là, etc. Pendant une crise économique, ils peuvent facilement transférer leur richesse dans des refuges, ils peuvent affaiblir certaines forces militaires tout en en renforçant d’autres. Ils conservent leur appareil de contrôle et peuvent l’utiliser efficacement contre les citoyens tant qu’il n’y a pas de résistance civile importante, et la liste continue.

Avec la guerre nucléaire, il y aurait un chaos total. Avec la crise économique, il y aura un chaos contrôlé. Les élites préfèrent la dernière option.

Les nations de l’Est et leurs alliés détiennent toujours dans leurs coffres des obligations du Trésor américaines pour des montants considérables, et elles utilisent toujours le dollar en grande partie comme monnaie de réserve mondiale (bien qu’elles préparent le terrain pour un arrêt de l’utilisation du dollar, depuis au moins 2008). De plus, beaucoup de ces pays ont également la possibilité de ne plus utiliser le dollar en tant que pétro-monnaie et d’écraser notre monopole sur la façon dont le pétrole est commercialisé à l’échelle mondiale. Si l’une de ces mesures est prise par des pays comme la Russie, la Chine et l’Arabie saoudite, la structure économique des États-Unis perdra le dernier pilier qui la maintient au-dessus de l’eau. Nous passerons effectivement au statut de pays du Tiers Monde en quelques années.

Ce ne sont pas des dangers hypothétiques, ce sont des dangers très réels, qui ont déjà été mentionnés publiquement par les intérêts de l’Est dans leurs propres médias. Ils sont également des dangers qui servent à long terme le programme globaliste. Comme je l’ai noté maintes et maintes fois dans le passé avec de nombreuses preuves, les gouvernements orientaux, y compris la Russie et la Chine, soutiennent ouvertement et avidement le Fonds monétaire international et continuent d’appeler le FMI à prendre en charge la gestion globale de toute la politique monétaire pour former un Système monétaire mondial unique. Ils peuvent être « anti-U.S. » dans leur rhétorique, mais ils ne sont pas anti-mondialistes.

La Syrie reste un catalyseur très utile, pour que les mondialistes obtiennent la crise dont ils ont besoin pour faire avancer leur grande réinitialisation. Étant donné qu’ils ont essayé de pousser les Américains dans ce bourbier tant de fois au cours des dernières années, je pense qu’il est sûr de dire qu’ils envisagent d’utiliser la Syrie comme point de déclenchement, que nous coopérions ou non.

Brandon Smith

Traduit par Hervé, vérifié par Julie, relu par nadine pour le Saker Francophone

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