Le modèle de la révolution de couleur: le cœur du mécanisme


Par Andrew Korybko – Le 3 décembre 2014 – Source syncreticstudies.com

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Objectif

Les révolutions de couleur sont l’un des plus récents modèles de déstabilisation des États. Elles permettent aux acteurs externes d’avancer un déni plausible lorsqu’ils sont accusés d’interférer illégalement dans les affaires intérieures d’un État souverain et leur mobilisation massive du « pouvoir populaire » les rend très efficaces aux yeux des médias mondialistes. En outre, l’agglomération d’un grand nombre de civils protestant contre le gouvernement augmente également la pression exercée sur ce gouvernement et limite ses choix pour faire face efficacement à la déstabilisation en cours. Toutes les révolutions de couleur suivent de près le même modèle, et la compréhension de la nature de cette tactique appliquée de déstabilisation permettra aux États d’élaborer des contre-mesures appropriées contre elle.


Modèle

Les révolutions de couleur sont formées par une interaction complexe de nombreux facteurs, qui peuvent peuvent être répartis en plusieurs catégories d’infrastructure primaires :

  • Idéologie
  • Finance
  • Social
  • Entraînement
  • Information
  • Médias

Ces facteurs interagissent les uns avec les autres d’une manière spécifique dans une hiérarchie à cinq niveaux :

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L’interaction des facteurs ci-dessus crée un mouvement (m) qui se combine avec deux autres variables afin de produire une révolution de couleur :

  • Un Événement (e)
  • Une infrastructure physique (p)

La formule résultante pour une révolution de couleur (R) est la suivante:

m + e + p = R

Les chapitres suivants vont définir précisément toutes ces variables et expliquer leur interaction.

Description des variables

Cette section détaille les facteurs contributifs spécifiques qui définissent chacune des variables.

L’idéologie

L’idéologie est l’axe central de tout changement dans le monde, et c’est l’idée directrice qui motive tous les autres facteurs affectant une Révolution de couleur. Sans idéologie, tout ce qui suit est vide et dépourvu de sens et de but. L’idéologie traditionnelle qui motive toutes les révolutions de couleur est la démocratie libérale, et elle cherche à « libérer » les États ciblés de leurs gouvernements perçus comme des démocrates anti-libéraux (non occidentaux).

La démocratie libérale, dans sa manifestation post-moderne actuelle, est expansionniste et agressive. Elle ne se contente pas de systèmes idéologiques et de valeurs alternatives. Elle doit se propager dans la poursuite de la domination mondiale. En plus de la guerre directe contre les sociétés qui résistent à son avancement (Serbie, Libye), les États libéraux démocrates (l’Occident) ont appris à rechercher d’autres méthodes pour vaincre les États ciblés. Ces méthodes sont moins directes que la guerre pure, mais n’en sont pas moins efficaces. La pénétration idéologique d’une société s’intensifie finalement dans une explosion physique à l’intérieur de l’État lui-même, guidée par un segment des propres citoyens de l’État. L’État (et la société dans son ensemble) doit combattre une partie d’elle même qui « se dresse » contre le statu quo, entraînant un conflit d’intérêts et une guerre civile sociale. Selon le niveau de provocation lancé par les manifestants pro-libéraux démocrates, ainsi qu’en cas de mauvaise gestion de l’État face à cette révolte sociale, la guerre civile sociale peut éventuellement devenir violente et ressembler brièvement à une véritable guerre civile. C’est particulièrement le cas si les manifestants ont été armés par des forces en dehors du pays et s’ils décident d’attaquer les services de sécurité chargés de disperser les manifestations physiques de la révolution de couleur.

L’idéologie est donc l’initiatrice de toutes les révolutions de couleur. Elle propose une forme de développement opposé a celle en place, et motive des groupes de sympathisants dans la population à lancer des manifestations concrètes pour exiger des changements. On verra plus tard que la grande majorité de ces manifestants actifs ne savent même pas que leurs activités sont orchestrées par un pouvoir supérieur (ONG, gouvernement étranger). Au contraire, la plupart d’entre eux, à la suite d’une campagne d’information lourde visant à promouvoir l’idéologie déstabilisante, ont vraiment été amenés à croire que leurs actions sont spontanées et « naturelles » et qu’elles représentent le « progrès » inévitable que tous les pays du monde seront tenus de vivre tôt ou tard. L’idéologie de l’individu au-dessus du collectif (l’aspect social de la démocratie libérale) permet à chaque manifestant de constater qu’il a une influence unique et significative dans la réalisation de ce changement.

La finance

Toute idéologie doit disposer d’une infrastructure financière afin de faciliter sa pénétration dans une société. L’argent lubrifie la société et fournit des moyens supplémentaires pour répandre l’influence. À moins qu’il n’y ait un niveau élevé de soutien préexistant pour l’idéologie pénétrant dans le pays ciblé, le capital initial viendra probablement de l’étranger (l’État hôte encourageant l’idéologie). Ce fut le cas avec la première vague de Révolutions de couleur et de Printemps arabes. Les bailleurs de fonds étrangers ont fourni le capital nécessaire pour que les mouvements naissants grandissent rapidement à leurs débuts. Cependant si l’influence idéologique extérieure construit ses propres infrastructures sociales sans recourir à des moyens financiers, la variable sociale sera sévèrement limitée dans sa portée et son efficacité si elle ne dispose pas d’une base financière solide soutenant ses activités promotionnelles et sa formation.

Les finances seront l’épine dorsale de toute la Révolution de couleur. Elles transforment les idées du Mouvement social en actions tangibles (infrastructure physique), et fournit un « nid » pour l’éducation idéologique. Ces nids sont diverses institutions et organisations pro-démocratiques et autour des droits de l’homme (tels que définis par l’Occident). Le plus souvent, on peut les considérer comme des ONG, même si elles ont un lien direct avec un gouvernement étranger ou des éléments de l’opposition politique institutionnelle. De telles institutions et centres ont besoin d’argent pour fonctionner, ce qui crée l’importance cruciale d’une infrastructure financière en place.

L’infrastructure financière doit continuellement pomper de l’argent pour alimenter ses efforts, car toute interruption (aussi brève soit-elle) affectera directement l’efficacité de ses opérations sur le terrain et sur Intenet. Les subventions des institutions établies et des gouvernements étrangers peuvent fournir le capital de démarrage initial pour créer une institution / organisation pénétrante au sein de l’État ciblé, mais par la suite, une formation appropriée enseignera aux activistes comment collecter des fonds par eux-mêmes. La collecte de fonds vise à fournir un certain niveau d’autosuffisance financière qui atteint trois objectifs :

  1. Limiter l’impact négatif que toute interruption du financement étranger créerait
  2. Créer un réseau financier domestique qui peut échapper au regard attentif du gouvernement sur les transferts internationaux d’argent et la contrebande illégale d’espèces entre les frontières
  3. Créer une institution / organisation encore mieux implantée dans la société domestique grâce à des activités de sensibilisation

La finance permet à la Révolution de couleur de s’établir fermement dans la société, ainsi que de diffuser ses idées dans la durée. Plus il y a de finances, plus grand est le nombre d’institutions / d’organisations et de personnes qu’elles emploient. Combinée à l’infrastructure sociale, elle est directement soutenue par l’idéologie.

Le social

Ce type d’infrastructure traite des personnes réelles impliquées dans la Révolution de couleur et il est défini par des institutions / organisations. C’est le moteur direct de l’engagement de la révolution. Avant l’“Évènement”, il peut être divisé en trois niveaux:

  1. Le cœur (avant-garde)
  2. Les cohortes (travailleurs)
  3. Les civils (sympathisants)

L’« Évènement » permet à ces trois niveaux de fusionner en une unité singulière, donnant ainsi à la Révolution de couleur l’impression d’être une initiative unifiée venant du terrain. On prétend que l’infrastructure sociale est très hiérarchique et qu’une petite cabale d’individus d’avant-garde contrôle l’ensemble du mouvement. Ce fait est généralement invisible non seulement pour un observateur extérieur, mais aussi parmi les sympathisants civils, mais il est extrêmement important de le reconnaître et de le comprendre pour comprendre l’organisation de l’infrastructure sociale.

Le Cœur

Ces individus sont l’avant-garde de la Révolution de couleur. Ce sont les gens qui contrôlent les institutions / organisations se préparant à apporter les changements libéraux-démocrates. Ils sont hautement qualifiés et conservent un contact direct avec le client externe (idéologique et / ou financier). Le noyau constitue une petite quantité de militants qui se consacrent à la cause, en ce sens qu’ils sont totalement opposés au statu quo existant et cherchent activement à le perturber. Ils peuvent être définis comme des « extrémistes idéologiques ». Ils sont les personnes les plus puissantes du Mouvement au sein du pays ciblé et, lorsque la décision est prise de lancer la Révolution de couleur, ils peuvent porter des discours motivants le public en faveur de leur cause ou continuer à jouer leur rôle dans l’ombre dans l’organisation du Mouvement. La capture ou la compromission d’un individu de base réduit sévèrement l’efficacité organisationnelle de la révolution de couleur.

LES Cohortes

Ces personnes comprennent les travailleurs qui se situent au-dessous du noyau. Ils exercent des tâches administratives ou de recrutement employées par l’institution / organisation. Les cohortes sont le « visage » de l’organisation avec lequel la plupart des civils entreront au contact. Ils réalisent également la plupart des travaux pour l’institution / organisation, ce qui en fait l’épine dorsale laborieuse. Les cohortes sont dévouées à la cause, mais elles doivent encore prouver leur fidélité absolue pour intégrer l’élite, le cœur. Toutes les cohortes aspirent à entrer dans le noyau, d’où leur activisme forcené et leurs démonstrations publiques en faveur de leur idéologie. Si un membre de la cohorte ne fait pas partie intégrante du mouvement en tant que membre cœur, il est facilement jetable et remplaçable par l’organisation si nécessaire (c’est-à-dire qu’ils sont lancés dans des actions publicitaires provocatrices et, par la suite, arrêtés). Un grand nombre de ces membres des cohortes devient une force puissante et précieuse pour l’institution / organisation, un membre seul de cette cohorte n’est qu’un pion.

LES Civils

Les civils sont les citoyens ordinaires avec lesquels les cohortes sont en contact. Ils entrent dans l’infrastructure sociale uniquement lorsqu’ils deviennent des sympathisants de la cause. Les civils peuvent ou pas entrer dans l’infrastructure physique (c’est-à-dire participer à des marches de solidarité avec la Révolution de couleur), mais lorsqu’ils le font, ils offrent un précieux avantage en terme de soft power. Les images médiatiques de milliers de civils participant à un rassemblement de la Révolution de couleur peuvent influencer d’autres civils à participer à de telles activités. Comme pour les cohortes, un seul civil est un pion, mais en nombre, cela devient une « arme ».

En termes d’influence, le motif donne :

Cœur > Cohortes > Civils

En termes de nombres, le motif est inversé :

Civils > Cohortes > Cœur

À mesure que l’infrastructure sociale se construit et ajoute de nouveaux membres, elle augmentera également les fonds disponibles pour l’institution / l’organisation dans le cadre des activités de collecte de fonds des cohortes.

L’entraînement

La formation est indispensable à toute révolution de couleur, car elle forme la troisième partie du triangle inavouable (expliqué plus loin). Ce niveau d’infrastructure améliore les capacités de ses homologues financiers, sociaux et de l’information :

Finance : Les cohortes apprennent des techniques de collecte de fonds.

Social: Les cohortes apprennent à mener à bien des activités de sensibilisation pour augmenter leurs rangs et rassembler davantage de sympathisants civils.

Information : Les cohortes apprennent à créer de meilleurs sites Web, à fabriquer du matériel promotionnel plus efficace et à exploiter les médias sociaux.

La formation peut avoir lieu dans le pays ou à l’extérieur. Le cœur peut être formé à l’extérieur, alors que les cohortes seront probablement formées à l’intérieur du pays par le cœur. Il est important pour l’institution / organisation de fournir une dénégation plausible en termes de participation étrangère sinon les opérations domestiques seraient discréditées. Cela rend plus probable que l’élite puisse faire des voyages, tandis que les nombreuses cohortes resteront dans le pays pour leur formation.

La formation peut être dispensée en personne ou être virtuelle. Dans le cas où il est dangereux ou suspect pour les membres du cœur de quitter le pays pour cette formation, elle se déroulera via Internet. Cependant, la formation la plus efficace se fait en personne, et les « tutoriels » en ligne ne remplacent pas l’interaction en face-à-face entre le cœur et leurs sponsors. Il se peut que les commanditaires envoient un représentant dans le pays cible pour mener une formation dans de telles conditions, bien qu’un tel déplacement soit risqué pour le promoteur. S’il est pris en flagrant délit, le promoteur et l’institution / organisation perdront leur crédibilité auprès du public local, ce qui réduira bon nombre de leurs gains antérieurs.

Une institution / organisation sans formation effective est incomplète, handicapée et incapable d’atteindre son plein potentiel.

L’information

Ce niveau d’infrastructure traite de la diffusion idéologique et il est extrêmement important d’aider au recrutement d’infrastructures sociales (cohortes et civils). Il a deux éléments principaux :

  • Les médias sociaux
  • Le matériel de propagande

Ces éléments sont expliqués ci-dessous.

Les Médias sociaux

Les médias sociaux sont exploités pour diffuser