La Fed a le doigt sur le bouton nucléaire de la dette


Par Brandon Smith – Le 15 mars 2018 – Source alt-market.com


J’entends beaucoup de discussions dernièrement dans les médias alternatifs (et même les médias traditionnels) sur une potentielle Troisième Guerre mondiale. L’hypothèse générale lorsqu’on entend ce terme est que le « conflit nucléaire » est imminent. Mais une guerre mondiale ne doit pas nécessairement se faire avec des armes nucléaires. Par exemple, nous sommes peut-être déjà témoins des premiers coups de feu d’une guerre économique mondiale alors que l’administration Trump est prête à mettre en place un vaste plan de tarifs douaniers. Cette action pourrait servir à couvrir (ou justifier) les attaques destructrices contre le système financier américain par la Chine, le Japon, la Russie, l’UE, les pays de l’OPEP, etc. L’attaque finale serait une vente massive de leurs avoirs américains et la mort du dollar comme monnaie de réserve mondiale.


Bien sûr, une « guerre mondiale » économique entre les nations serait en soi un écran de fumée pour cacher une guerre interne encore plus insidieuse menée contre l’économie mondiale par les banques centrales.

Il y a une idée fausse qui a la vie dure selon laquelle les banques centrales manipulent toujours les conditions économiques pour les faire paraître « saines » et que la principale préoccupation des banquiers centraux est de « défendre la poule aux œufs d’or ». C’est faux. Selon les preuves disponibles et les déclarations publiques des banquiers centraux, ces institutions privées ont, tout au long de l’histoire, délibérément créé des crises financières et des effondrements.

La question que me posent toujours les personnes nouvelles dans le domaine de l’économie alternative est la suivante : « Pourquoi les banquiers centraux casseraient-ils un système dont ils bénéficient? » Cette question est tirée d’une mauvaise compréhension de la situation.

Premièrement, il y a l’hypothèse que les systèmes économiques sont statiques plutôt que fluides. En réalité, de vastes quantités de richesse peuvent être transférées dans et hors du système financier sur un coup de tête et à la vitesse de la lumière. L’effondrement d’une ou de plusieurs économies n’inclut pas nécessairement la destruction de la richesse des banquiers. Même si la richesse était leur principal objectif (ce qui n’est pas le cas), les banques mondiales et les banques centrales ne considèrent pas une économie particulière comme une « vache à lait » ou une « poule aux œufs d’or ». De par leur comportement et leur tactique dans le passé, ils considèrent probablement les économies nationales comme de simples conteneurs de stockage.

Les banques peuvent déverser leur richesse, qu’elles créent à partir de nulle part, dans un ou plusieurs de ces nombreux conteneurs disponibles. Elles peuvent faire circuler cette richesse dans le conteneur pendant un certain temps et ensuite vider toute cette richesse à un moment donné. Tel conteneur ne leur est pas plus précieux que n’importe quel autre, et parfois en sacrifier un peut être bénéfique.

La destruction perçue d’une économie nationale peut souvent être exploitée comme un moyen d’atteindre une fin plus grande. Habituellement, cette « fin plus grande » signifie exploiter la crise pour justifier la centralisation du pouvoir ou le transfert du pouvoir populaire entre les mains d’une classe élitiste.

J’ai décrit l’histoire de tels transferts à de nombreuses occasions, y compris la crise de liquidité de 1914 (juste après la création de la Réserve fédérale) menant à la Première Guerre mondiale et l’accumulation subséquente du pouvoir financier par les banques ainsi que la création de la Société des Nations.

Ou que diriez-vous de la bulle artificielle dans plusieurs classes d’actifs créées par la Réserve fédérale dans les années 1920 grâce à des taux d’intérêt bas? Une bulle qui a ensuite éclaté en conséquence de la hausse agressive des taux d’intérêt au début de la Grande Dépression. Cet accident a coïncidé avec d’autres catastrophes économiques fabriquées en Europe et en Asie, conduisant au désespoir social, à la montée du communisme et du fascisme et à la Seconde Guerre mondiale. Cette crise a grandement profité à l’establishment bancaire, car des milliers de petites banques indépendantes ont été écrasées et une poignée de grandes banques ont dévoré tous les actifs. Et, n’oublions pas que la Seconde Guerre mondiale a conduit à la création d’édifices mondialistes comme les Nations Unies, le FMI, la Banque mondiale, les racines naissantes de l’Union européenne, etc.

Chaque nouvelle calamité économique semble consolider la propriété et le contrôle bureaucratique entre les mains de la même classe de technocrates. Et chaque calamité est liée à un facteur économique très important – la dépendance massive à la dette.

Alors, passons rapidement sur la crise naissante actuelle et sur la façon dont les banques centrales comme la Fed nourrissent le feu de la catastrophe. Je voudrais surtout me concentrer sur notre situation d’endettement pour illustrer comment la Fed peut et va déclencher une explosion, une démolition contrôlée de notre système financier. Quelle est notre situation d’endettement aux États-Unis aujourd’hui?

La bombe de la dette des consommateurs

La dette totale des ménages américains a explosé au-delà de 13 000 milliards de dollars à la fin de 2017, bien au-delà des sommets historiques. Il s’agit de la cinquième année consécutive d’augmentation de la dette des ménages, notamment celles des cartes de crédit, des prêts automobiles, des hypothèques, des prêts étudiants, etc. Cette tendance indique que la « reprise économique » ne repose pas sur la création ou la résurgence de richesses légitimes mais sur une dépendance encore plus grande à l’égard de la même dette qui a contribué à l’effondrement de 2008. L’impression de l’argent de la Fed n’a PAS eu de retombées sur les consommateurs, comme cela avait été initialement promis.

Alors que ces secteurs de la dette des consommateurs ne bénéficiaient pas nécessairement des mêmes taux presque nuls que les banques et les sociétés ont obtenus après le krach et la manne financière pour leur renflouement, leurs taux augmentent maintenant avec les hausses de taux de la Fed. Cela affecte de nombreuses catégories d’actifs, y compris les marchés du logement et les prêts automobiles.

La dure réalité est que lorsque la Fed augmente les taux d’intérêt, tous les autres secteurs de l’économie sont sous pression. Le citoyen moyen, avec son niveau d’endettement record, est maintenant soumis aux machinations de la banque centrale à travers le déplacement arbitraire d’un seul point pour une statistique comme celle de l’« inflation ».

La bombe de la dette des entreprises

Cette bombe de dette est probablement la plus subversive et la moins comprise. J’ai mis en garde sur la façon dont la dette des entreprises et la hausse des taux d’intérêt pourraient causer un krach boursier depuis un certain temps, mais ce n’est que récemment que les analystes traditionnels ont rejoint cette perception.

Aujourd’hui, des institutions comme S&P Global Ratings démontrent qu’au moins 37% des 13 000 sociétés examinées ont un ratio dette/bénéfices de cinq, ce qui en fait des établissements « très endettés ». Ce niveau d’endettement est même plus élevé qu’en 2007 juste avant effondrement de Lehman et le début de la crise du crédit.

L’inquiétude va au-delà des avoirs en dette. Considérez le fait que les sociétés ont exploité des taux d’intérêt bas pour emprunter des sommes incroyables d’argent dans le seul but d’acheter leurs propres actions. Les rachats d’actions sont essentiellement une forme juridique de manipulation du marché où les entreprises rachètent des actions du public et réduisent considérablement le nombre d’actions existantes circulant sur le marché, augmentant ainsi artificiellement la valeur de chaque action et gardant le Dow Jones dans le vert.

Les rachats d’actions ont été le principal carburant pour le marché haussier le plus long de l’histoire, un marché haussier si faux que même les médias traditionnels ont remis en question sa validité ces derniers temps. Les rachats d’actions sont entièrement dépendants d’une dette bon marché, et la dette bon marché disparaît à mesure que la Fed continue de relever ses taux d’intérêt. La réaction naturelle des marchés boursiers sera un krach.

Certaines personnes peuvent se demander si la Fed est en train de le faire « délibérément » ou si elle est tout simplement ignorante. Je les renvoie aux minutes de la Fed de 2012, publiées récemment, dans lesquelles Jerome Powell, maintenant président de la Réserve fédérale, a parlé à plusieurs reprises de la réaction négative qui se produirait sur les marchés une fois que la Fed commencerait à réduire son bilan et à augmenter ses taux directeurs après avoir rendu les marchés des actions accros à la drogue de profits faciles.

Jerome Powell lui-même est connu comme sachant exactement ce qui se passera lorsque les taux d’intérêt augmenteront, et il continue de les augmenter malgré tout, tout en réduisant le bilan de la Fed beaucoup plus rapidement que ce qui avait été annoncé au public. Comment quelqu’un peut-il raisonnablement soutenir que la Fed ne saborde pas délibérément l’économie américaine?

La bombe de la dette nationale

Cette bombe de la dette a une mèche beaucoup plus longue que les deux autres, mais à la suite d’une guerre commerciale mondiale potentielle (la Troisième Guerre mondiale), la question se pose de savoir combien de temps il faudra aux grands détenteurs d’obligations du Trésor américain comme la Chine pour exercer des représailles.

Alors que Trump refuse de prendre position contre la hausse continue du plafond de la dette nationale et avec l’ajout de son plan de dépenses d’infrastructure de 1500 milliards de dollars, il ne fait aucun doute que notre dette nationale continuera d’augmenter. Par conséquent, l’investissement de fonds étrangers est essentiel.

Il est important de se rappeler que la Réserve fédérale était le plus gros acheteur de la dette américaine ou « l’acheteur en dernier ressort ». Maintenant, la Fed a mis fin à l’assouplissement quantitatif et elle réduit rapidement son bilan. Ainsi, les seuls acheteurs restants sont les banques centrales étrangères et les investisseurs. Ma prédiction est que la Fed n’interviendra pas si une guerre commerciale dégénère en une vente massive des bons du Trésor. Ou qu’elle ne va pas intervenir jusqu’à ce qu’il soit trop tard pour stopper la crise qui en résultera.

Au cours des huit années de présidence de Barack Obama, la dette nationale a été pratiquement doublée. C’est un taux d’émission de dette insoutenable, même pour une nation adossée à la monnaie de réserve mondiale. Si nous perdons les investissements de l’étranger et le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar, cette accumulation de dette reviendra nous hanter.

Il est important de se rappeler que, quoi qu’il arrive dans notre économie et dans l’économie mondiale, les banques centrales comme la Fed ont entièrement facilité les bulles produites ainsi que leur éclatement prévisible. La Fed sait exactement ce qu’elle fait. Et tous les autres facteurs, des guerres commerciales de Trump à la vente des bons du Trésor américains et de leurs dollars par les étrangers, seront une distraction pour permettre aux élites bancaires vraiment coupables de se cacher.

La guerre économique peut dans certains cas être tout aussi dévastatrice que la guerre nucléaire. Elle peut anéantir des populations entières, donner naissance à des tyrans et asservir les esprits à travers la militarisation de la pénurie de ressources. De telles guerres, bien que psychologiquement moins immédiates que nos craintes cinématographiques d