Et maintenant ?


Par James Howard Kunstler – Le 4 décembre 2017 – Source kunstler.com

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« Contact avec les Russes ». Des hommes et des femmes cultivés, ressassant encore et encore ce fantasme politique, répètent cette prière heure après heure à la télé et sur le Web comme pour essayer d’exorciser une nation possédée par des hôtes impies venant des enfers. Mais de tels vicaires des informations comme Wolf Blitzer, Rachel Maddow, Chuck Todd et Dean Baquet (du New York Times) ne font que rapprocher le pays d’une crise constitutionnelle.


Pour une certaine classe de personnes, une classe qui comprend beaucoup d’intellectuels-mais-stupides, comme Nassim Taleb les a surnommés, le président Donald Trump est une figure  surnaturelle du Malin qui doit être évincée à tout prix. Je n’ai pas voté pour Donald Trump et je ne l’admire pas ; mais je suis plutôt contrarié par la malhonnêteté dont il fait l’objet, notamment le mauvais usage des procédures judiciaires et la soumission de la nation à une propagande mensongère  pour arriver à cette fin.

Le général Mike Flynn, conseiller national à la sécurité, a échangé avec l’ambassadeur russe Sergueï Kislyak après les élections de 2016 sur deux questions urgentes : un vote à l’ONU orchestré contre Israël et des sanctions contre la Russie imposées par le président sortant Obama le 28 décembre, deux semaines avant la passation de pouvoir. Ces deux questions peuvent être considérées comme des actes délibérément conçus pour lancer des problèmes de politique étrangère dans les pattes de la nouvelle administration.

Les discussions de Flynn avec l’ambassadeur Kislyak ont abouti à ce qu’on appelle des « discussions par des canaux informels ». Ces communications informelles et probantes se produisent tout le temps et partout dans la politique étrangère américaine, particulièrement durant les mois de transition tous les quatre ou huit ans. Elles sont nécessairement secrètes car cela concerne des questions très sensibles. Au cours de ma vie, tous les nouveaux membres du personnel présidentiel (même si on remonte jusqu’à Dwight Eisenhower) ont mené des discussions avec les diplomates étrangers afin d’évaluer par eux-mêmes où en était la situation, loin des positions publiques et du baratin.

Et c’est ce qu’a fait Mike Flynn, en tant que nouveau conseiller à la Sécurité nationale, après huit ans d’une détérioration des relations avec la Russie sous le mandat Obama, que Trump s’est publiquement engagé à améliorer. Et maintenant, il est accusé d’avoir menti au FBI à ce sujet. Cela soulève des questions énormes et troublantes bien au-delà de la simple accusation, des questions qui suggèrent un gouvernement américain en guerre contre lui-même.

Par exemple, pourquoi Mike Flynn devrait-il mentir à propos de ses discussions avec Kislyak ? Cela devrait aller de soi, comme je l’ai dit plus haut : les pourparlers en arrière-plan sont nécessairement secrets. Mais pourquoi ne pas impliquer le vice-président Pence ou le FBI ? En ce qui concerne Pence, tous les responsables du gouvernement ne sont pas au courant de ces pourparlers informels, pour l’excellente raison que, plus petit est le nombre de personnes impliquées, moins grandes sont les chances de voir les pourparlers devenir publics.

Et le FBI ? Pourquoi, en décembre 2016, Trump et ses collaborateurs pouvaient-ils considérer le FBI comme une agence peu fiable ? Parce qu’ils savaient que les fonctionnaires du FBI sous la direction de James Comey avaient politisé l’agence en faveur de son adversaire lors des élections ; que l’agence s’était mal comportée dans l’enquête sur les e-mail de Clinton, la réunion à l’aéroport de Phoenix entre Bill Clinton et le procureur général Loretta Lynch, et l’affaire du dossier russe montée par Christopher Steele. Nous ne savons pas si, à ce moment-là, Trump et son personnel étaient au courant de la conduite du FBI dans l’affaire Uranium One. Mais il y avait beaucoup de preuves que la bureaucratie permanente de Washington voulait utiliser un FBI politisé contre Trump pour se débarrasser de lui de toutes les façons possibles.

Et ce week-end, Peter Strzok, le haut responsable du FBI chargé d’enquêter sur la collusion entre la Russie et les responsables de l’équipe de campagne de Trump, a été retiré de l’enquête après avoir échangé des messages anti-Trump et pro-Hillary Clinton avec sa maîtresse, qui était une avocate du FBI travaillant pour le directeur adjoint, Andrew McCabe. Cette information a été cachée au comité de surveillance du Congrès qui avait officiellement demandé l’accès au mail du FBI tout au long de l’année, mais qui a été bloqué par l’agence. Ainsi, maintenant, le comité menace de citations à comparaitre l’actuel directeur du FBI, Christopher Fry, et Rod Rosenstein, son adjoint.

Pourquoi le président Trump ne renvoie-t-il pas le procureur spécial Robert Mueller maintenant ? Mueller était le mentor de James Comey au FBI quand Mueller en était le directeur. N’y a-t-il pas une chaine d’association et de malhonnêteté qui implique une activité criminelle du FBI lui-même ? Et si Trump le fait et pardonne à Mike Flynn pour son non-crime sur ces « discussions par des canaux informels », un nouveau procureur spécial sera-t-il nommé par le procureur général pour enquêter sur les activités du FBI en 2016 et 2017 ? Et après tout cela, l’État profond trouvera-t-il un autre moyen de passer outre ?

Accrochez vous !

James Howard Kunstler

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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