Est ce qu’une présidence Trump peut vraiment changer la donne en mieux ?


Par Brandon Smith – Le 16 mars 2016 – Source alt-market

Je veux commencer cette analyse en disant que je comprends parfaitement le tourbillon d’intérêt du public pour la campagne de Donald Trump. Cependant, pour ceux qui ne comprennent pas tout, permettez-moi de le décrypter pour vous.

Une partie importante de la population américaine se considère conservatrice. Plus de 38% des citoyens américains, selon Gallup, ont des opinions politiques et sociales conservatrices. Seulement 24% de la population se considère comme libérale. Maintenant, je me rends bien compte que le terme conservateur signifie différentes choses pour différentes personnes, et je voudrais donc appliquer une règle simple afin de les classer – un conservateur est plus facile à identifier par son dégoût pour les vues idéologiques normalement classées libérales. Au-delà, les différentes factions des conservateurs sont en désaccord sur toute une série de questions.

L’objectif de tout candidat conservateur qui espère être publiquement populaire, qu’il entende donner effectivement suite à ses promesses ou non, est de paraître être de toutes les tendances à toutes les factions à la fois ; d’éviter de s’aliéner une faction pour en apaiser une autre. Une fois élu (ou, après qu’il a été placé dans le Bureau Ovale par les pouvoirs en place), il peut cesser d’apaiser l’un ou l’autre de ses constituants. Jusque-là, il doit jouer le jeu afin que les Américains puissent maintenir leur foi dans le système pendant au moins un moment tous les quatre ans.

La popularité de Trump est fondée sur le fait que les derniers candidats républicains ont peu fait pour être amis avec des vrais conservateurs et n’ont pas cherché d’alliance avec les factions conservatrices en pleine croissance ces deux dernières décennies. En fait, les candidats républicains présentés aux citoyens ces derniers temps ont tous eu des caractéristiques plus proches des démocrates libéraux que des conservateurs inconditionnels. Mitt Romney, par exemple, était essentiellement une copie carbone de Barack Obama en matière de contenu politique et de choix de vote [au Congrès, NdT], avec comme seule différence notable son teint légèrement blond et le même arrière-plan religieux bien mystérieux.

Élection après élection, les conservateurs américains se sont vu proposer des candidats ayant seulement l’air républicain, les uns après les autres : des hommes politiques dont la rhétorique n’est que de principe, mais dont les votes sont alignés avec les grandes politiques gouvernementales, les violations constitutionnelles et un mépris pour les intentions des pères fondateurs. Il est très difficile de se prétendre conservateur en Amérique, sauf si vous respectez (ou au moins vous le prétendez) les principes de gouvernement limité, le droit constitutionnel et un respect pour l’héritage de nos principes fondateurs. Les conservateurs américains n’ont pas eu un candidat partageant leurs points de vue depuis longtemps.

Les Démocrates peuvent finalement être confrontés à un désenchantement similaire avec les candidats de l’establishment, compte tenu de la popularité surprenante de Bernie Sanders à cette élection. Le problème est que les démocrates sont enfermés dans leur besoin d’un gouvernement important et sont la plupart du temps une cause perdue. Leur candidat anti-establishment est un socialiste auto-proclamé, après tout. Le seul espoir pour un candidat soutenant un gouvernement constitutionnel allégé et un retour à nos principes fondateurs en politique repose dans les mains des républicains, sachant qu’un candidat indépendant serait étouffé avant d’obtenir une chance de mettre son pied dans la porte.

Donc, vous avez la plupart, sinon tous les candidats démocrates, travaillant à l’établissement d’un gouvernement plus gros et plus puissant, ce qui conduira à une augmentation de la corruption et à moins de liberté. Vous avez également la plupart des républicains travaillant pour la même chose. Et vous avez peu, ou pas, de candidats qui représentent la majorité des électeurs qui cherchent un gouvernement constitutionnel limité.

Certains d’entre nous dans le mouvement de la Liberté appelle cela un «faux paradigme gauche / droite». C’est la forme la plus insidieuse du contrôle social actuellement dans notre nation et cela transforme le processus électoral en farce. Cela revient à dire que les élections ne sont maintenant rien de plus qu’un moyen pour les financiers et les élites internationales de garder les masses bien calmes en leur permettant de croire (à tort) qu’elles ont un choix et donc le pouvoir de déterminer l’avenir de notre pays. En fait, notre choix est artificiel et nous n’avons aucun pouvoir politique quel qu’il soit. Le reste de l’Amérique commence enfin à prendre conscience de ce faux paradigme contre lequel nous, les partisans de la Liberté, avons mis en garde depuis des générations. Est-il étonnant que les gens en ont de plus en plus marre de ce système?

Le génie de Donald Trump, comme candidat à l’élection, est qu’il a peu ou même pas d’histoire politique. Il ne dispose pas d’un vaste dossier législatif ou de votes au Congrès sur lequel nous pouvons nous pencher rétroactivement, pour déterminer où il se situe. Ses affiliations politiques ont été changeantes, s’identifiant comme démocrate à un moment donné, républicain à d’autres moments, et même indépendant. La plupart d’entre nous ne peut pas vraiment juger son potentiel sur cette base. Zut, j’ai été un démocrate déclaré dans ma jeunesse, alors comment en tenir rigueur à Trump?

Au-delà de ce passé d’affiliation plutôt inquiétant et de l’amitié de Trump avec les Clinton, il a par ailleurs une ardoise politique vierge. Et avec cette ardoise vierge, Trump peut en effet présenter un visage différent à chacun.

L’autre aspect ingénieux de la campagne de Trump, est qu’il est vraiment en service commandé contre Hillary Clinton, candidate libérale encore plus détestée que Barack Obama. Elle est une candidate avec un casier judiciaire potentiellement grave et un penchant pour une vision communiste du monde pure et dure [ah bon? NdlR – note de la relectrice], bien au-delà de celle de Bernie Sanders. Ceux d’entre nous qui ont travaillé dans le domaine de l’écriture assez longtemps et ont touché à la fiction, savent que pour créer un héros fantastique, vous devez d’abord investir encore plus d’énergie à créer un méchant fantastique. Le héros n’est rien sans le méchant.

L’horreur absolue inhérente à la perspective d’une présidence Hillary Clinton est comme un ajout de nitroglycérine à la campagne de Trump. (Et oui, je suppose que, selon les résultats des primaires à ce jour, l’élection finale se fera entre Trump et Clinton).

Donald Trump semble être l’antithèse parfaite d’Hillary Clinton. Il est fort et bruyant et un peu désagréable. Il dit des gros mots et raconte ce qu’il veut au grand dam des libéraux. Il piétine le politiquement correct et ne se soucie pas d’être traité de raciste, de sexiste ou de misogyne. Et, les Américains ADORENT ça. Ils n’en ont jamais assez.

Les conservateurs sont tellement fatigués des marxistes culturels, des féministes folles, de la domination gauchiste des médias, du politiquement correct, des crimes de pensée, des politiques d’immigration forcée et de la protection de l’immigration clandestine, de payer pour les programmes de prestations sociales, etc., qu’ils sont prêts à exploser. Ils sont, en fait, prêts à aller en guerre. J’oserais même dire que la présidence Clinton conduirait directement à la guerre civile pure et simple. Ce n’est pas une exagération.

Donc, la vraie question est : est-ce que Trump est un reflet de la frustration et de la défiance de la population conservatrice, ou est-il une ruse habile de l’establishment pour coopter et apaiser la population conservatrice avant qu’elle ne se rebelle?

Encore une fois, sans beaucoup d’arrière-plan politique à examiner et sa seule rhétorique mise en avant, Trump est un mystère. Si Trump est un candidat légitime anti-establishment, alors voici quelques-unes des actions qu’il aurait à mettre en œuvre afin de le prouver.

1) Le retour en arrière complet sur chaque décret anticonstitutionnel de l’administration Obama et de l’administration Bush.

2) La poursuite de la suppression des dispositions relatives à la détention indéfinie et des tribunaux secrets contenues dans le NDAA [National Defense Authorization Act].

3) La suppression de la FISA [Foreign Intelligence Surveillance Act] et la fin de l’invasion de la vie privée et autres violations du quatrième amendement déposé par la NSA contre des citoyens américains.

4) La fin des pouvoirs exécutifs secrets sur les assassinats, y compris l’assassinat de citoyens américains sans procès.

5) Le démantèlement du Département de la sécurité intérieure à la lumière des violations des limites constitutionnelles.

6) Le retour en arrière complet sur l’Obamacare.

7) La fin immédiate de tous les programmes de réinstallation de réfugiés liés au Moyen-Orient et à la Syrie.

8) La véritable application des lois sur l’immigration clandestine et les contrôles aux frontières.

9) L’encouragement des États à faire valoir leur droit à protéger leurs frontières sur la base du dixième amendement.

10) Un appel immédiat d’une enquête indépendante sur les politiques d’immigration de l’administration Obama.

11) Une enquête immédiate indépendante sur les attaques de Benghazi.

12) Une enquête immédiate indépendante sur Fast and Furious, le programme de l’ATF [Bureau of Alcohol, Tobacco, Firearms and Explosives] sur les armes à feu.

13) Une enquête immédiate indépendante sur l’implication des agences de renseignement secrètes et le ministère de la Défense dans le financement et la formation d’EI.

14) Un appel immédiat pour une enquête indépendante sur la corruption au sein du processus électoral lui-même, ainsi que l’influence des banques et des sociétés internationales dans le processus électoral.

15) La suppression des restrictions inéquitables qui empêchent des tiers et des candidats indépendants de participer à des débats publics.

16) Un appel immédiat pour une enquête de vérification de la Réserve fédérale, ainsi que la poursuite du démantèlement de la Fed et le retour de l’Amérique à la création d’une monnaie dans un cadre constitutionnel sain.

17) Une enquête sur les relations américaines avec le Fonds monétaire international, la Banque mondiale et la Banque des règlements internationaux, avec l’intention de mettre fin à tous les liens avec les sus-dites organisations, si et quand un comportement criminel est découvert.

18) La fin du système du pantouflage des élites bancaires circulant à travers divers postes ministériels au sein de la Maison Blanche.

19) Une enquête immédiate sur l’influence des financiers internationaux et des think tanks globalistes, comme le Conseil sur les relations étrangères, et leurs efforts pour détruire la souveraineté nationale des États-Unis.

20) La fin de la mondialisation de la politique étrangère américaine et de la politique économique qui a affaibli l’Amérique et le retour à une infrastructure économique et une défense américaine plus indépendantes et s’appuyant sur nous-mêmes.

[21. La réouverture de l’enquête sur le 9/11. C’est déjà promis ! NdT]

Je suis sûr que les lecteurs peuvent penser à de nombreuses autres actions potentielles qui permettraient de prouver hors de tout doute que Donald Trump est le genre de brandon anti-establishment qu’il prétend être. Si Trump prend de telles mesures au cours de sa présidence, il peut alors être un président digne d’être soutenu, ou même pour qui se battre. S’il ne prend que peu ou aucune de ces mesures, alors nous pourrons être relativement certains qu’il n’est qu’une autre marionnette jouant son rôle dans le faux paradigme gauche / droite conduisant l’Amérique vers l’oubli.

Quel que soit Trump, sa popularité indique une marée montante de mécontentement au sein du pays. Le cirque de l’élection 2016 n’est pas un hasard; c’est une représentation parfaite des tensions débordantes qui imprègnent notre culture et mènent à un potentiel conflit d’éclatement de la nation. Gardez à l’esprit que la situation économique de l’Amérique a déjà été décidée en 2008, et qu’elle ne fera qu’empirer alors que nous entrons dans la saison des élections. Quelles que soient les tensions que nous voyons maintenant, elle ne feront que se multiplier alors que la crise financière devient plus évidente pour les masses.

L’idée que la présidence de Trump va changer quoi que ce soit est un peu farfelue, à mon avis. La popularité de Trump suggère seulement que les gens cherchent des alternatives. Les dommages causés à l’Amérique ont, pour la plupart, déjà été faits, et on ne pourra pas éviter les conséquences. Cela dit, la façon dont nous reconstruisons peut encore être déterminée. Aucun leader politique, y compris Trump, ne sera jamais capable de guérir le système américain ou la psyché américaine, mais les efforts de millions d’Américains indépendants et à l’esprit libre le peuvent. Nous avons une lutte longue et terrible devant nous, mais regardons d’un point de vue optimiste, au moins les Américains n’en peuvent plus de ce statu quo. C’est un début.

Brandon Smith

Liens

Bill Bonner dans la Chronique Agora : Donald Trump et les illusions

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Ludovic pour le Saker Francophone.

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