2017 : L’année où débutera la chute de l’économie mondiale


Par Gail Tverberg – Le 7 janvier 2017 – Source OurFiniteWorld

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Certains diront que 2016 a été l’année où l’économie mondiale a commencé à se défaire, avec le Brexit et l’élection de Donald Trump. Que ce processus ait commencé en 2016 ou non, à mon avis, nous allons voir beaucoup plus d’étapes dans cette direction en 2017. Permettez-moi d’expliquer quelques-unes des choses que je vois.

[1] De nombreuses économies se sont effondrées dans le passé. L’économie mondiale est très proche d’un tournant où l’effondrement va sérieusement commencer

Figure 1
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L’histoire des civilisations antérieures, qui s’élèvent et finissent par s’effondrer, est bien documentée (voir, par exemple, Les cycles séculaires).

Pour démarrer un nouveau cycle, un groupe de personnes doit trouver une nouvelle façon de faire des choses qui permettent de produire plus d’aliments et d’énergie (par exemple, ajouter de l’irrigation ou abattre des arbres pour obtenir plus de terres pour l’agriculture). Pendant un certain temps, l’économie se développe, mais finalement un décalage se produit entre les ressources et la population. Les ressources sont trop faibles (peut-être à cause de l’érosion ou des dépôts de sel dans le sol), ou la population est trop élevée par rapport aux ressources, ou les deux.

Même lorsque les ressources par habitant commence à baisser, les économies continuent d’avoir des frais généraux, comme le besoin de payer des hauts fonctionnaires et de financer des armées. Ces frais généraux ne peuvent pas facilement être réduits et peuvent même croître, à mesure que le gouvernement tente de contourner les problèmes. L’effondrement se produit parce que les ressources par habitant ont diminué (par exemple, les exploitations ont diminué de taille) et que les gains des travailleurs ont tendance à baisser. Dans le même temps, la nécessité pour les impôts de couvrir ce que j’appelle les frais généraux tend à croître. Les taux d’imposition deviennent trop élevés pour permettre aux travailleurs de gagner leur vie, déduction faite des impôts. Dans certains cas, les travailleurs succombent à des épidémies en raison de la mauvaise alimentation. Ou les gouvernements s’effondrent, faute de recettes fiscales suffisantes pour les soutenir.

Notre économie actuelle semble suivre un modèle similaire. Nous avons d’abord utilisé les combustibles fossiles pour permettre à la population de se développer, à partir de 1800. Les choses se sont plutôt bien passées jusqu’aux années 1970, lorsque les prix du pétrole ont commencé à augmenter. Plusieurs solutions de contournement (mondialisation, baisse des taux d’intérêt et utilisation accrue de la dette) ont permis à l’économie de continuer à croître. La période depuis 1970 pourrait être considérée comme une période de « stagflation ». Maintenant, l’économie mondiale connaît une croissance particulièrement lente. Dans le même temps, nous nous retrouvons avec des « frais généraux » qui continuent de croître (par exemple, le paiement des retraites et le remboursement de la dette avec intérêt). Le modèle des civilisations passées suggère que notre civilisation pourrait également s’effondrer.

Historiquement, les économies ont mis de nombreuses années à s’effondrer. Je montre une fourchette de 20 à 50 ans dans la figure 1. Nous ne savons pas vraiment si notre effondrement prendrait autant de temps. Aujourd’hui, nous dépendons d’un système financier international, d’un système commercial international, de l’électricité et de la disponibilité du pétrole pour faire fonctionner nos véhicules. Il semblerait que cette époque d’effondrement pourrait venir beaucoup plus rapidement.

Avec un effondrement de l’économie mondiale aussi proche, certains pays sont encore plus près de s’effondrer. C’est pourquoi nous pouvons nous attendre à des ralentissements marqués dans la fortune de certains pays. Si la contagion n’est pas trop problématique, d’autres pays peuvent continuer à bien se débrouiller, même si des petits pays individuellement échouent.

[2] Les chiffres qui vont sortir en 2017 et dans les années à venir devraient indiquer que le pic de la consommation mondiale de charbon est survenu en 2014. C’est important car cela signifie que les pays qui dépendent fortement du charbon comme la Chine et l’Inde peuvent s’attendre à avoir une croissance économique beaucoup plus lente et plus de difficultés financières

Alors que les rapports sur la production internationale de charbon pour 2016 ne sont pas encore disponibles, les articles de presses et les données sur chaque pays suggèrent fortement que la production mondiale de charbon a dépassé son pic. L’EIA signale également une baisse substantielle de la production de charbon pour 2016.

Figure 2. World coal consumption. Information through 2015 based on BP 2016 Statistical Review of World Energy data. Estimates for China, US, and India are based on partial year data and news reports. 2016 amount for "other" estimated based on recent trends.
Figure 2. Consommation mondiale de charbon. Information jusqu’en 2015 basée sur les données BP 2016 Statistical Review of World Energy. Les estimations pour la Chine, les États-Unis et l’Inde sont basées sur des données partielles et des rapports d’actualité. Pour Other en 2016, il s’agit d’une estimation sur la base des tendances récentes.

La raison pour laquelle la production de charbon est en baisse est due à la faiblesse des prix, à la faible rentabilité pour les producteurs et à la surabondance de stocks. En outre, les comparaisons entre les prix du charbon et les prix du gaz naturel induisent la substitution du charbon par le gaz naturel. Le problème, comme nous le verrons plus loin, est que les prix du gaz naturel sont aussi artificiellement bas par rapport au coût de production. Ainsi, le changement se fait pour un autre type de combustible fossile à un prix insoutenable.

Les prix du charbon en Chine ont récemment augmenté, grâce à la fermeture d’un grand nombre de mines non rentables et à une réduction obligatoire des heures travaillées pour les autres mines de charbon. Même si les prix ont augmenté, la production peut ne pas croître pour correspondre aux nouveaux prix. Un article rapporte:

. . . Les compagnies charbonnières sont réticentes à augmenter la production, puisque la majorité des mines du pays perdent encore de l’argent et qu’il faudra du temps pour récupérer des pertes subies ces dernières années.

En outre, on peut imaginer qu’il pourrait être difficile d’obtenir un financement, si les prix du charbon ont seulement « fait semblant » de remonter.

J’ai écrit l’année dernière sur la possibilité que la production de charbon pourrait atteindre son maximum. C’est un graphique que j’ai publié, avec des données jusqu’en 2015. Le charbon est le deuxième carburant le plus utilisé dans le monde. Si sa production commence à diminuer, il sera difficile de compenser la perte de son utilisation par l’utilisation accrue d’autres types de carburants.

Figure 3. World per capita energy consumption by fuel, based on BP 2016 SRWE.
Figure 3. Consommation mondiale d’énergie par habitant par carburant, sur la base de BP 2016 SRWE.

[3] Si nous supposons que les approvisionnements en charbon continueront de diminuer et que la production d’autres produits augmentera modérément, nous pouvons nous attendre à ce que la consommation totale d’énergie soit à peu près stable en 2017.

Figure 5. World energy consumption forecast, based on BP Statistical Review of World Energy data through 2015, and author's estimates for 2016 and 2017.
Figure 4. Prévision de la consommation mondiale d’énergie, basée sur les données de BP Statistical Review of World Energy jusqu’en 2015, et estimations de l’auteur pour 2016 et 2017.

D’une certaine façon, c’est une évaluation optimiste, car nous savons que des efforts sont en cours pour réduire la production de pétrole, afin de soutenir les prix. En effet, nous supposons soit (a) que les prix du pétrole n’augmenteront pas vraiment, de sorte que la consommation de pétrole croîtra à un rythme semblable à celui d’un passé récent ou alors (b) que les prix du pétrole augmenteront de façon significative pour aider les producteurs, les consommateurs ne réduiront pas leur consommation en réponse à la hausse des prix.

[4] Parce que la population mondiale est en hausse, la prévision de la figure 4 suggère que la consommation d’énergie par habitant est susceptible de diminuer. La diminution de la consommation d’énergie par habitant met le monde (ou certains pays dans le monde) en risque de récession.

La figure 5 montre la consommation d’énergie par habitant, sur la base de la figure 4. Il est clair que la consommation d’énergie par habitant a déjà commencé à se rétrécir et devrait diminuer davantage. La dernière fois que cela s’est produit, c’était lors de la grande récession de 2007-2009.

Figure 5. World energy consumption per capita based on energy consumption estimates in Figure 4 and UN 2015 Medium Population Growth Forecast.
Figure 5. Consommation mondiale d’énergie par habitant en fonction des estimations de la consommation d’énergie de la figure 4 et de la prévision de croissance démographique moyenne des Nations Unies pour 2015.

Il y a généralement une forte corrélation entre la croissance économique mondiale et la consommation mondiale d’énergie, car l’énergie est nécessaire pour transformer les matériaux en de nouvelles formes et pour transporter des marchandises d’un endroit à un autre.

Dans le passé récent, la croissance du PIB a été légèrement supérieure à celle de l’utilisation des produits énergétiques. Une des raisons pour lesquelles la croissance du PIB a été d’un point de pourcentage ou deux de plus que la croissance de la consommation d’énergie, c’est parce que, comme les économies deviennent plus riches, les citoyens peuvent se permettre d’ajouter plus de services à la combinaison de biens et services qu’ils achètent (des coupes de cheveux plus élaborées ou des leçons de piano, par exemple). La production de services tend à utiliser proportionnellement moins d’énergie que la création de biens; par conséquent, le passage à une combinaison plus grande de services tend à conduire à des taux de croissance du PIB légèrement supérieurs à la croissance de la consommation d’énergie.

La deuxième raison pour laquelle la croissance du PIB a tendance à être un peu plus élevée que la croissance de la consommation d’énergie, c’est que les dispositifs (tels que les voitures, les camions, les climatiseurs, les fours, les machines industrielles) deviennent plus efficaces. La croissance de l’efficacité se produit si les consommateurs remplacent les vieux appareils inefficaces par de nouveaux