Tu ne vas pas croire ce que je vais te dire


Le 11/07/2007 − Source Youtube

Arrêtez. Attendez, vous n’allez pas croire ce que je vais vous dire. Je vais vous dire des choses que vous n’allez pas croire et vous aurez de bonnes raisons de ne pas les croire, mais j’ai besoin que vous continuiez à écouter, peu importe ce que vous croyez. Je me fiche que vous soyez libéral, conservateur ou quelque part entre les deux. Je me fiche de savoir si vous aimez les chats, les chiens ou les tarentules, si vous êtes du matin ou du soir, si vous aimez l’iPhone ou Android, si vous aimez le Coca ou le Pepsi. Je m’en fiche. Tout ce qui m’importe, c’est que vous lisiez ce texte jusqu’à la fin.

Vous êtes d’accord ? Alors commençons.

Vous avez peut-être entendu dire que George Washington avait des dents en bois. Il a perdu la plupart de ses dents à l’âge de 20 ans et avait un dentier en bois. La vision du père fondateur, commandant en chef et premier président des États-Unis, claquant des dents pour manger un sandwich au jambon est troublante, sauf que ce n’est pas vrai. En 2005, au National Museum of Dentistry de Baltimore, des scans laser ont été effectués sur les dents vieilles de deux cents ans de Washington, les dentiers bicentenaires de Washington, et ont révélé qu’ils étaient faits d’or, de plomb, d’ivoire d’hippopotame, de dents de cheval et d’âne. Sa bouche était un zoo de cauchemars.

En apprenant cette information, je veux vous demander quelque chose : qu’avez-vous ressenti en apprenant ce nouveau fait sur les dents de George Washington ? J’ai dit une chose. J’ai fourni des preuves de ce que j’ai dit et je suppose que vous croyez maintenant ce que j’ai dit, que votre croyance dans la composition des dents de George Washington a changé avec peu ou pas de friction. Je présume que la prochaine fois que nous serons à une fête et que les dents de George Washington seront abordées dans la conversation, vous devrez fièrement transmettre ce nouveau savoir à nos compagnons de fête. Oui, c’est génial. Continuons.

Et si je vous disais que George Washington avait une autre paire de fausses dents. Et si je vous disais que l’autre dentier n’était pas fait de bois, d’ivoire ou d’un autre des matériaux mentionnés ci-dessus. Et si je vous disais qu’il était fait à partir de dents d’esclaves. Maintenant, essayons encore une fois. Qu’est-ce que ça fait d’apprendre ce fait sur George Washington, plus de friction ? Je l’ai mentionné plus tôt, avant que nous allions plus loin, permettez-moi de répéter que je ne suis PAS ici pour vous convaincre que George Washington était une mauvaise personne. Je pourrais passer en revue toutes les sources que j’ai citées et sélectionner les arguments qui déifient ou diabolisent George Washington.

Je pourrais peindre le portrait d’un monstre ou disculper un patriote, mais comme je l’ai déjà dit, je m’en fiche, ce n’est pas la question. Le but est de vous donner un baromètre émotionnel de ce que vous ressentez quand on vous présente de nouvelles idées parce que vous avez peut-être remarqué que le premier fait sur les dents de George Washington était plutôt facile à à accepter. Je parierais même que lorsque je vous ai dit le premier fait, vous l’avez accepté sans poser de questions, mais que lorsque je vous ai dit le deuxième fait, vous avez immédiatement vérifié mes sources et êtes en train de composer furieusement une réplique informée mais incendiaire que vous me livrerez hardiment sous la forme d’un commentaire aigrelet sur Facebook.

Et ce n’est pas grave. Cela fait partie du jeu. Faisons quelques brouillons. Napoléon Bonaparte n’était pas petit. Il mesurait 1m73, ce qui est plus grand que la moyenne Français de l’époque. Thomas Crapper n’a pas inventé les toilettes à chasse d’eau, pas plus que le mot « crap / merde » n’est apparu grâce à son nom. Les mouches domestiques vivent environ un mois, pas 24 heures. Les humains n’explosent pas quand ils sont dans le vide et ne bouillent pas non plus. Nous nous y évanouissons simplement par manque d’oxygène et nous en mourons. A nouveau lorsque vous lisez ces faits, faites le point sur ce que vous ressentez. Je suppose que vous vous êtes adouci assez facilement à ces derniers propos. Essayons d’aller un peu plus loin et nous aurons terminé.

Il n’y a aucune preuve que Jésus-Christ soit né le 25 décembre, le Serment d’Allégeance a été écrit par un socialiste, six des sept juges qui ont voté en faveur de Roe contre Wade ont été nommés par les Républicains. Comment avez-vous ressenti ces trois derniers faits. Selon vos croyances, j’imagine que ça a pu chauffer émotionnellement, mais vous pouvez au moins admettre que vous n’avez pas ressenti la même chose en entendant ces déclarations qu’en entendant celles sur Napoléon ou les mouches domestiques. Oui, mais pourquoi ?

Pourquoi nous sommes facilement réceptifs à certaines idées et pas à d’autres ? Pourquoi nous crispons nous quand on nous présente des preuves contraires à nos croyances ? Pourquoi non seulement nous ignorons ces preuves mais nous nous enfonçons encore plus profondément et croyons plus fortement à l’argument opposé ? Pourquoi fournir plus de preuves rend quelqu’un moins enclin à croire en une idée ?

Ça me semble rétrograde, et complètement insensé pour moi. Dans le monde des neurosciences, on l’appelle cela l’effet de retour de flamme et c’est un comportement psychologique bien documenté depuis peu. Il  y a quelques années l’Institut de Créativité du Cerveau de l’Université de Californie du Sud a mené une étude au cours de laquelle les participants ont été placés dans une machine IRM. Une fois à l’intérieur, on leur a présenté des contre-arguments à des croyances politiques fortement ancrées, par exemple que les lois limitant la possession d’armes à feu devraient être rendues plus restrictives ; que le mariage homosexuel ne devrait pas être légalisé ; pendant que les participants lisaient ces contre-arguments, diverses parties de leur cerveau ont été scannées pour détecter leur activité.

L’étude a révélé que la partie du cerveau qui réagit face à une menace physique réagit également face à une menace intellectuelle. Cette zone du cerveau est connue sous le nom d’amygdale et constitue le noyau émotionnel de votre esprit. Malheureusement, elle fait que nous sommes biologiquement câblés pour réagir à des informations menaçantes de la même manière que nous réagirions à l’attaque d’un prédateur, d’un point de vue évolutif et logique.

Si vous êtes un homme des cavernes et qu’un autre un homme des cavernes vous jette un rocher à la tête, vous ne réagirez pas biologiquement en débattant des avantages et des inconvénients de vous faire assommer. Les croyances fondamentales sont les croyances que les gens chérissent le plus profondément. Elles se développent généralement dès l’enfance et sont renforcées par les expériences de la vie. Les croyances fondamentales sont inflexibles, rigides et incroyablement sensibles à la remise en question.

Lorsque je vous ai dit que les dentiers de George Washington étaient fabriqués à partir d’os d’animaux, cela n’a probablement pas soulevé trop de poussières mais lorsque j’ai suggéré qu’ils étaient fabriqués à partir de dents d’esclaves, je suppose que cela a provoqué un conflit chez certains d’entre vous. Il y a des raisons culturelles évidentes à cela : l’esclavage est un sujet sensible et brûlant. Mais il y a aussi des raisons biologiques : l’amygdale de votre cerveau vous a mis en alerte pour un combat à mort. Certains d’entre vous ont une vision du monde selon laquelle George Washington était un patriote et un héros ; en présentant des informations négatives à son sujet, vous remettez en cause cette vision du monde.

Votre cerveau aime la cohérence. Il a construit une vision du monde comme on construit une maison. Il y a les fondations, un cadre et des fenêtres, des portes et il sait exactement comment tout s’assemble. Si une nouvelle pièce est introduite et qu’elle ne s’adapte pas, la maison entière s’écroule. Votre cerveau vous protège en rejetant cette pièce, puis construit une clôture et des douves et refuse de laisser entrer les visiteurs.

Pourquoi nous avons l’effet boomerang ? C’est une façon biologique de protéger notre vision du monde. Rappelez-vous que votre vision du monde n’est pas une maison parfaite qui a été construite pour durer pour toujours. C’est un appartement bon marché et au fil du temps, la plupart d’entre eux vont s’effondrer.

Alors que faire ? Certains d’entre vous ont probablement hoché la tête en attendant que que je vous donne une série de moyens intelligents et combatifs pour compenser l’effet de retour de flamme.

La vérité décevante est que je n’ai pas beaucoup de conseils à vous donner.

Je n’ai pas de moyen de changer le comportement de 7,5 milliards de personnes qui transportent leurs croyances comme des pierres précieuses enveloppées dans un filet de grenades à main. Bien sûr, il existe des moyens plus efficaces que d’autres pour faire changer les gens d’avis, mais en fin de compte, ils ne sont pas tous efficaces. Et cela est aggravé par l’Internet où n’importe quoi peut être cité comme source et où chaque désaccord se dégrade en une scène où les gens se jettent des excréments à la figure en guise de discussion. Le mieux que je puisse faire est de vous en faire prendre conscience afin que vous puissiez identifier l’effet retour de flamme dans votre propre cerveau, ce qui n’est pas facile. L’esprit ne peut pas facilement séparer le cortex émotionnel du cortex logique.

Et l’on pourrait dire que ce fond émotionnel est ce qui fait de nous des humains, mais je dirais que c’est aussi ce qui fait de nous des animaux. Il m’arrive de penser que l’amygdale de mon cerveau est égale à mon petit doigt de pied. Lorsqu’une croyance fondamentale est remise en question, je l’imagine en train de me crier dessus. Je le laisse crier, je le laisse vivre son moment. Je laisse le cortex émotionnel mener son petit combat et alors j’écoute et ensuite je change.

Parce que notre univers est si douloureusement beau. Ensemble, nous allons tous dans la même direction. Je ne suis pas là pour prendre le contrôle de la roue ou vous dire quoi croire.

Je suis juste ici pour vous dire que c’est normal de s’arrêter, d’écouter et de changer.

Traduit par Hervé, relu par Wayan pour le Saker Francophone

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