Les États-Unis d’Amérique, un État violent, avec permis de tuer

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Le 20 juin 2015 – Source : La Jornada

 

 

 

Aucun pays dans l’histoire de l’humanité n’a été responsable d’autant d’agressions, directes ou indirectes, contre d’autres nations.

En réaction au massacre perpétré mercredi dernier dans une église de Charleston, Caroline du Sud, le président US Barack Obama a de nouveau abordé l’un des sujets non résolus par son administration : la nécessité de régler la vente d’armes dans son pays, où chaque jour plus de 80 personnes meurent par coups de feu. Le président a déclaré qu’il s’était exprimé sur ce problème « trop de fois » et a regretté que des innocents meurent parce que quelqu’un ayant l’intention de faire du mal a eu un accès facile à un pistolet ou à un fusil mitrailleur.

Bien que les assassinats par armes à feu soient lamentablement courants aux États-Unis d’Amérique, le massacre commis contre l’Église Africaine Méthodiste Episcopal Emanuel a eu la singularité grave d’être un indubitable crime de haine, perpétré par un blanc contre une congrégation religieuse afro-étasunienne et avec la ferme intention d’agresser les membres de cette minorité. Dans une année marquée par des manifestations massives contre les homicides de jeunes noirs des mains de policiers blancs, le crime due mercredi peut être un signe de renforcement de vieilles idéologies de haine, enfouies sous la correction politique, mais jamais éradiquées de la mentalité de beaucoup de membres de la majorité anglo-saxonne dans ce pays.

Le fait est que, causés par des motivations différentes, ces massacres se répètent périodiquement dans des écoles maternelles, des églises, des centres commerciaux, des universités et même des installations militaires des États-Unis d’Amérique. Devant cette réalité, Obama a prié instamment ses concitoyens de réfléchir pourquoi cette violence massive n’arrive pas avec une fréquence si alarmante dans d’autres pays développés. Cette interrogation évoque et actualise celle exprimée par son prédécesseur à sa place, George W. Bush, après les attaques terroristes du 11 septembre 2001 : « Pourquoi le monde déteste-t-il tant les États-Unis d’Amérique ? » Dans le fond, la question formulée par le politique démocrate est pourquoi les étasuniens se détestent-ils tant eux même?

Il y a une réponse qu’Obama et Bush, ainsi que la classe politico-patronale et de vastes secteurs de la société étasunienne, se refusent à reconnaître : la superpuissance est structurellement un État violent, où l’usage de la force comme mécanisme de résolution des différents est pris comme exemple par tous les citoyens.

Aucun pays dans l’histoire humaine n’a été responsable d’autant d’agressions, directes ou indirectes, contre d’autres nations : des invasions militaires, des bombardements, des occupations, du parrainage d’actes terroristes, des sabotages, des blocus, des déstabilisations, des assassinats ciblés et des séquestrations extrajudiciaires. Toute cette panoplie fait partie des méthodes avec lesquelles les États-Unis d’Amérique ont imposé leurs intérêts dans des dizaines de nations d’Afrique, d’Asie, d’Europe et d’Amérique y compris le Mexique et à plusieurs occasions.

La barbarie de guerre vers l’extérieur a une corrélation domestique dans l’usage démesuré, abusif et impuni de la violence de la part de l’État envers les citoyens et les collectivités. Si dans une nation démocratique le recours à la violence légitime doit se comprendre comme une pratique exceptionnelle et extrême de gouvernement, les instances fédérales de pouvoir étatiques et municipales du pays voisin [NDT: texte écrit depuis le Mexique] l’ont transformé en quelque chose de courant, quotidien et jusqu’à devenir la norme. Cela va depuis l’épidémie d’homicides policiers déjà mentionnée, jusqu’à la criminalisation de secteurs complets de la population, comme le démontre clairement le pourcentage disproportionné d’inculpations et d’emprisonnement de noirs et de Latinos.

Dans ce contexte, la course citoyenne effrénée et même paranoïaque  n’est pas surprenante  aux armements : un tel phénomène reflète le sentiment de larges secteurs sur la légitimité supposée des méthodes violentes. Cela explique que les armureries enregistrées reçoivent annuellement, en moyenne, plus de 16 millions de demandes d’achat d’armes à feu.

Paradoxalement, les institutions du gouvernement se montrent beaucoup plus préoccupées à combattre le terrorisme externe qu’à mettre un frein à l’acquisition insatiable, sur leur propre territoire, d’engins faits pour tuer, bien que les étasuniens ont une possibilité entre 22 000 d’être assassinés par un compatriote avec une arme à feu et seulement une sur 3.5 millions d’être victimes d’une attaque terroriste.

Face à la récente tragédie, Obama a abordé le problème de la course aux armements d’une façon routinière et formaliste. Bien que son signalement soit par essence politiquement correct, il manque de crédibilité parce qu’il le formule dans la dernière partie de son mandat, avec un Congrès défavorable et une capacité de mobilisation érodée et déclinante.

Traduit de l’espagnol pour El Correo

Note du Saker Francophone

Il est à noter que la possession d’armes à feu par des citoyens plonge ses racines dans la capacité de ces citoyens à s’organiser en milice contre les abus de l’État. cette violence interne entre communautés pose aussi la question de la structure multiculturelle des États-Unis à un moment ou le gâteau économique se réduit. Les communautés, forcées à vivre ensemble sans l’avoir désirées (Afro américains issus de l’Esclavage, Mexicains poussés par la misère économique), découvrent avec l’effondrement économique des USA leur non assimilation. Se pose donc cette question : Est ce que la violence inter communautaire, exacerbée par la possession d’armes  à feu, n’est-elle pas consubstantielle de la structure multiculturelle du monde anglo-saxon ?

La question se pose aussi en ce moment ou des forces extérieures tentent de détruire le modèle d’intégration à la Française. Les câbles wikikeaks ont montré l’activisme de l’Ambassade Américaine (mais pas qu’elle) pour favoriser le multiculturalisme à l’américaine en travaillant en profondeur et dans la durée (voir les liens de Cohn Bendit avec la CIA au moment de Mai 68 déjà) la société française en appuyant les revendications communautaires des minorités musulmanes ou LGBT, sans parler des politiciens avec la French American Foundation (Juppé, Hollande, Belkacem …). Pour revenir aux armes, la même question et les mêmes conséquences sont au bout du chemin quand des politiques cherchent à utiliser la violence légitime de l’État contre leur propre citoyen, (cad nous) et que des armes circulent quasiment aux vues de tous dans certains milieux.

Liens :

Chaos-USA : les flics post-Ferguson et l’Ukraine

Comme un signe, le site dedefensa.org propose ce 25 Juin un article qui continue à dérouler son analyse de la déstructuration en cours des États-Unis dont voici un extrait :

Il s’agit du dilemme où nous met le Système depuis le développement de ses diverses politiques qui finissent par s’entrechoquer, sinon s’entre-détruire ou, plus encore, s’autodétruire. Le Système, qui s’exprime essentiellement par le libéralisme postmoderne, suscite parallèlement trois dynamiques ; 

en premier lieu un hyper-développement sécuritaire qui n’est nullement producteur de “sécurité” dans le sens d’apaisement et d’harmonie, mais d’une façon bien différente producteur de terrorisation dans le sens d’une pression soupçonneuse constante et d’une tension psychologique extrême, de crainte de tout ce qui peut le mettre en danger d’être contesté, lui, le Système ; 

en second lieu, une pratique de l’individualisme à outrance de type-libertaire, aboutissant à une politique sociétale et multiculturelle mettant en cause, avec tous les encouragements du système de la communication, le principe d’autorité autant que le respect de la puissance publique régalienne ; 

en troisième lieu, une obligation d’une “pensée-conformiste” écrasante, à partir de “valeurs” qui produisent une autre sorte de terrorisation, plutôt de caractère intellectuel, conduisant à une critique systématiquement faussaire des effets dévastateurs des deux précédentes dynamiques. 

(Ce tryptique est bien entendu également valable dans d’autres pays du bloc BAO, notamment en France bien sûr ; mais aux USA, il a un effet instantanément explosif et dissolvant à cause de l’extrême communautarisation du pays, de son individualisme, de la puissance des pouvoirs locaux liés à des groupes d’intérêt ou à des communautés, et enfin à l’effet évident de la prolifération extraordinaire d’armes à feu.)
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