Chantage, balivernes et Brexit « bidon »


Tom LuongoPar Tom Luongo – Le 12 mars 2019 – Source  tomluongo.me

Après beaucoup de drames, la première ministre britannique, Theresa May, est revenue de Bruxelles avec une avancée décisive sur le Brexit.

Sauf que ce n’était pas le cas.

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Bien que les modifications apportées au protocole régissant la mise en œuvre du système irlandais de sécurité constituent une amélioration, elles sont loin d’être suffisantes pour dissiper les craintes légitimes des Brexiteurs et des Irlandais du Nord.

Depuis le début de ce processus, l’UE est en mode chantage. Elle a clairement fait savoir qu’elle ne négocierait pas de bonne foi, et même pas du tout. Cela a été clair.

La question la plus importante était de savoir si May travaillait elle-même dans l’intérêt supérieur du peuple britannique ou si elle s’imposait simplement en Cheval de Troie pour la poursuite de l’intégration de l’ensemble du continent européen.

N’oubliez jamais que l’UE a des ambitions impériales. Ceux qui en ont été les architectes y ont vu un regain de puissance alors que les États-Unis se sabordaient pour maintenir un empire dans le monde entier, luttant contre la montée de la Russie et de la Chine.

L’UE est submergée par les difficultés, produisant des loi bureaucratiques byzantines et construisant une union fiscale et politique par des portes dérobées.

Et les peuples européens se sont réveillés. Les Britanniques ont voté pour quitter l’UE à cause de cela. Les manifestations euro-sceptiques se multiplient à travers l’Europe. La dernière rébellion de l’UE a eu lieu à Salzbourg, en Autriche, un fief traditionnel du centre-gauche qui vient de voter pour une majorité nationaliste et populiste du style Ligue du Nord italienne.

Des personnes comme Theresa May – qui n’a jamais soutenu le Brexit – utilisent cette période de négociation pour donner à l’UE tout ce qu’elle souhaite dans l’accord de retrait et faire chanter le peuple britannique afin qu’il accepte un arrangement encore pire qu’avant le vote du Brexit.

Ce point ne peut être sous-estimé.

Parce que c’est le modèle selon lequel l’UE combattra l’opposition croissante à son régime idéologique.

L’accord de retrait a été élaboré par l’Allemagne, et non négocié par Jean-Claude Juncker et Michael Barnier, pour punir le Royaume-Uni de s’être opposé à l’inéluctabilité de l’UE.

C’est un message et un avertissement pour l’Italie, la Hongrie et la Pologne.

Il a été conçu pour causer des dommages irréparables au Royaume-Uni avec les effets à long terme de la destruction des partis politiques majoritaires et l’exacerbation des instincts séparatistes au pays de Galles et en Écosse.

Et personne n’est plus à blâmer pour ce gâchis que les membres du Parlement qui continuent à décrire les horreurs d’un non-accord qui effraie chaque jour de moins en moins les Britanniques. Sondage après sondage, on constate un rejet massif de l’accord de May de Merkel, ainsi que l’appui croissant à un Brexit sans accord.

Et si les députés, qui continuent à vivre la pantomime d’une crise existentielle, la laissaient de côté et disaient simplement que c’est comme ça, pas d’accord, cela mettrait fin à l’incertitude et à l’inquiétude qui dominent actuellement dans la presse.

Les entreprises délocalisent, les livraisons cessent, etc. Tout cela à cause du Brexit, affirment-ils. Non, tout cela à cause des députés qui refusent d’accepter la situation telle qu’elle se présente et de comprendre que la souveraineté est plus importante que seulement un ou deux crans de ceinture à serrer et quelques paperasses ennuyeuses.

En outre, la plus grande crainte à l’heure actuelle est que la Grande-Bretagne finisse par être mieux lotie si elle se débarrasse, non seulement des entraves de l’UE, mais aussi de son propre leadership corrompu et, franchement, traître.

La performance de Theresa May au Parlement avant le dernier vote était presque convaincante. Mais, comme toujours, quand on vous donne un ultimatum, mon chemin ou le chaos, cela masque un choix alternatif.

Le Democratic Unionist Party et le European Research Group, au sein des conservateurs le comprennent bien. Je soupçonne que, au fond de son cœur, Jeremy Corbyn, dirigeant du Labour, le parti travailliste, le comprend aussi.

Et la raison en est que May a toujours été de leur côté (de l’UE). Ce n’est pas une négociation quand une seule partie est représentée. C’est pourquoi Juncker et les autres ont refusé de négocier de manière significative.

Ils n’ont pas à le faire.

Et c’est simplement du chantage.

Ce qui est évident, à regarder les parlementaires britanniques à cette étape tardive, c’est que la majorité d’entre eux ne veulent pas faire face à la réalité que l’UE n’est pas dans leur meilleur intérêt. Parce que toute organisation qui ferait du chantage plutôt que de négocier n’est pas une organisation dont une personne honnête voudrait faire partie.

Les craintes d’un Brexit sans accord sont exagérées. Si ces mêmes députés, qui s’inquiétaient tant de l’incertitude créée par le processus du Brexit, mettaient tout simplement fin à cette incertitude en appuyant un non accord, la certitude reviendrait.

Ce n’est peut-être pas la certitude qui est la chose la plus facile à avaler des deux côtés, mais au moins ce sera une certitude.

M. Juncker a précisé qu’il n’y aurait rien de mieux à venir. C’est une insulte et le Parlement devrait la traiter comme telle.

Mais cela ne se produira pas,  les députés vont continuer comme avant, se déculotter devant Juncker et se plaindre de l’injustice de tout cela dans le courant de la semaine.

Ils ne peuvent pas voir la situation dans son ensemble : que c’est l’UE qui a en main la donne la plus  faible, pas eux. Ils sont trop aveuglés par l’idéologie et craignent de voir ça.

Tom Luongo

Note du Saker Francophone

En toile de fond, ce sont les intérêts de la City qui sur-détermine le comportement des dirigeants anglais. Le reste, y compris les désirs de la population, ne compte pas.

Traduit par jj, relu par Cat pour le Saker Francophone

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