L’économie ukrainienne se prépare au désastre et Zelensky fait face à un nouveau défi politique


Par Simplicius – Le 18 août 2026 – Source Blog de l’auteur

The Economist a tiré la sonnette d’alarme sur les frappes russes contre les infrastructures ukrainiennes à la suite des frappes ukrainiennes contre la chaîne Wildberries. Il rapporte que l’économie ukrainienne fait face à des dommages sans précédent en conséquence des frappes russes incessantes et débilitantes:

À cours d’intercepteurs, l’Ukraine ne gagne plus la guerre aérienne. https://www.economist.com/europe/2026/08/18/russian-attacks-are-doing-severe-harm-to-ukraines-economy

Vraisemblablement pour ne pas étouffer le dernier vestige d’espoir des pro-Ukrainiens, l’article commence par donner une longue liste des frappes en profondeur que l’Ukraine a menées contre la Russie et les conséquences économiques qui en ont résulté. Mais ensuite, les auteurs admettent que la Russie a réagi et que l’Ukraine est beaucoup plus vulnérable dans cette destruction économique au coup pour coup :

Mais l’étouffement va maintenant dans les deux sens, et l’Ukraine est plus vulnérable. Les ports d’Odessa, la bouée de sauvetage économique du pays, ont été les premiers à ressentir la pression. Menacés au début de la guerre, les ports en eau profonde avaient rouvert grâce à un accord céréalier négocié par la Turquie, puis un corridor protégé pour l’Ukraine en 2023. La Russie a continué à cibler les infrastructures portuaires, mais les exportateurs toléraient le risque, transportant 210 millions de tonnes de marchandises au cours des trois années suivantes. Le calcul a changé à la mi-juillet lorsque la Russie a commencé à frapper les navires eux-mêmes. Le 19 juillet, des missiles de croisière ont touché et coulé un cargo turc alors qu’il quittait Tchornomorsk, l’un des trois grands ports de la région. Dix personnes ont été tuées. Depuis lors, chaque navire entrant ou sortant d’Odessa a été pris pour cible. Quelques navires osent encore se déplacer, mais les ports sont commercialement morts.

Le moment pourrait difficilement être pire, avec 50 millions de tonnes de récolte encore à transporter. Les alternatives ne sont pas attrayantes. « Un navire de 100 000 tonnes équivaut à 5 000 camions, 5 000 chauffeurs et 5 000 procédures aux frontières », déclare Dmytro Barinov, président de l’association Ukrport. La situation est pire qu’elle ne l’était en 2022, dit-il, lorsque les ports du Danube compensaient une partie des pertes. Maintenant, le faible niveau d’eau de la rivière et les attaques russes rendent cette route plus difficile à utiliser.

Fait intéressant, les auteurs de The Economist démystifient les affirmations « exagérées » de l’Ukraine sur les dommages économiques que la Russie a subis des attaques de l’Ukraine, affirmant que les dommages réels sont le 1/10e de ceux revendiqués par l’Ukraine :

Les deux côtés gonflent les statistiques. L’état-major ukrainien a déclaré que cela avait causé des pertes de 13,5 milliards de dollars à l’industrie russe du raffinage depuis août 2025. Sergei Vakulenko du Carnegie Endowment, un groupe de réflexion, estime que les pertes réelles et immédiates pour les entreprises représentent peut-être un dixième de cela, et qu’elles ont à peine touché les revenus de l’État. “Les frappes ont fait mal, mais pas où ni à l’échelle de temps revendiquée par l’Ukraine”, dit-il.

The Economist prédit que les choses ne feront qu’empirer si la Russie persiste avec cette nouvelle campagne, car la saison des semis d’hiver en Ukraine pourrait être entièrement annulée, résumant ces coups pour coups avec des images claires :

C’est comme si nous jouions au football avec les Brésiliens”, raconte un ancien haut fonctionnaire. « Nous avons marqué trois buts et nous célébrons, mais ils en ont marqué 13 ».

Les fermiers ukrainiens désespèrent car le blocus de la Mer noire coince leur récolte. https://www.reuters.com/world/ukraines-farmers-despair-russias-black-sea-blockade-traps-their-harvest-2026-08-13/

L’article se termine par un avertissement selon lequel la poursuite des frappes russes pourrait provoquer un exode massif hors de Kiev, admettant que le plan primordial est maintenant une simple survie jusqu’au printemps prochain—ce qui ne semble guère optimiste ou réconfortant, si vous êtes ukrainien :

Un collègue me racontait comment ils avaient eu une grande réunion hier appelée Actions d’automne, sur les plans pour l’automne”, dit-il. « Aujourd’hui, elle a déjà un nouveau nom : Survivre jusqu’en avril ».

Mais l’aspect le plus important que l’article cache intentionnellement est que la guerre s’est complètement retournée contre l’Ukraine. Ce que The Economist et d’autres publications occidentales ont sournoisement fait, c’est de présenter la dernière crise autour de l’épuisement des missiles Patriot par l’Ukraine comme capitale, la solution naturelle étant proposée sous la forme d’une implication et d’un investissement occidentaux supplémentaires afin de réapprovisionner ces intercepteurs très convoités.

CNN déplore un lanceur Patriot ukrainien abandonné quelque part dans un champ parce qu’il n’a pas de missiles à tirer—vidéo ci-dessous :

Christiane Amanpour@amanpour – 17 août 2026 – 17h30  

En Ukraine, @npwcnn assiste à un spectacle rare de première main : un lanceur de missiles Patriot, vide et inutilisé, alors qu’ils plaident pour plus de missiles intercepteurs. C’est le seul moyen pour Kiev de détruire les missiles balistiques russes, mais ce lanceur n’a pas été utilisé depuis 10 semaines, selon son ingénieur.

Il s’agit d’une dissimulation délibérée du fait que l’Ukraine frise la défaite de pratiquement toutes les manières quantifiables. En créant un faux dilemme, puis une solution fabriquée pour cela, ils peuvent recadrer la situation désastreuse de l’Ukraine comme étant basée sur un petit problème pouvant être corrigé. Et la solution à ce problème se trouve être quelque chose qui cherche justement à lier davantage le monde occidental au conflit, en particulier à un moment où l’intérêt et le soutien politique diminuent considérablement.

L’Europe est à court de missiles Patriots alors que l’Ukraine se résigne aux attaques de l’hiver.

Cela reflète entièrement la dure réalité : l’Ukraine saigne à blanc dans tous les domaines mesurables, et aucune solution miracle n’existe. L’arnaque des Patriots est une erreur d’orientation astucieuse destinée à perpétuer le récit selon lequel l’Ukraine est toujours en train de gagner ou de “renverser la vapeur”, et que la Russie est sur le point de perdre, tant que l’Ukraine est réapprovisionnée en missiles supplémentaires. Rien ne pourrait être plus éloigné de la vérité ; même lorsque l’Ukraine avait beaucoup de Patriots, ils ne pouvaient pas faire grand-chose pour arrêter les attaques balistiques russes, et il n’y a toujours aucune preuve qu’un seul Iskander ait réellement été abattu par ces systèmes.

D’autre part, une publication allemande dans Euromaidan Press a révélé que la Russie abat pratiquement tous les missiles Flamingo ukrainiens:

La Russie a trouvé comment arrêter les missiles les plus puissants de l’Ukraine. https://euromaidanpress.com/2026/08/12/fp-5s-shot-down/

La Russie a abattu la plupart des meilleurs missiles de croisière à longue portée ukrainiens, aussi vite que l’Ukraine peut les lancer. Juste un ou deux des missiles Fire Point FP-5 Flamingo coutant 500 000 $ pièces ont atteint leurs cibles ces dernières semaines.

Cela signifie que les défenses aériennes russes fonctionnent pour l’instant. La question cruciale pour les planificateurs de frappes ukrainiens est de savoir si elles continueront à fonctionner.

Fait intéressant, ils attribuent le taux de réussite élevé aux avions AWACs russes A-50U, qui patrouillent désormais régulièrement les routes des Flamingo et peuvent les repérer de loin, puis déléguer les solutions d’interception aux unités terrestres appropriées.

Certes, le 15 août, l’Ukraine a réussi à frapper une importante entreprise de Roscosmos à Samara, en Russie, prétendument avec deux missiles Flamingo de ce type qui ont réussi à contourner les défenses. Il s’agit de l’usine russe Soyouz où sont fabriquées les fusées qui amènent dans l’espace les satellites russes “Rassvet”, l’équivalent russe des Starlinks.

L’ennemi publie des images satellites montrant les conséquences d’une frappe de deux missiles FP-5 « Flamingo » sur l’un des ateliers de la Rocket Space Corporation « Progress » à Samara le 15 août.

Vous pouvez estimer la taille de l’un des cratères.

Pour rappel, la Rocket Space Corporation « Progress » est une entreprise russe de premier plan dans le domaine des fusées et de l’espace qui fabrique des fusées porteuses « Soyouz », y compris celles utilisées pour lancer en orbite des dispositifs Internet par satellite « Bureau-1440« , qui suscitent actuellement de vives inquiétudes pour l’Ukraine.

Par conséquent, il est probable que l’ennemi continuera à cibler cette entreprise pour tenter d’empêcher la Russie de développer un équivalent au système américain Starlink, et également de saper considérablement l’ensemble de l’industrie spatiale. La protection d’un actif aussi important devrait être une priorité absolue.

Mais le complexe est massif et il est peu probable que les dégâts aient beaucoup d’effet :

Ces immenses espaces industriels ont des plafonds tapissés de portiques métalliques massifs et d’autres types de structures variées. De telles attaques ne font généralement qu’un trou dans le toit, et comme on peut le voir sur l’une des photos ci-dessus où la grille du portique est visible, ne pénètrent pas au-delà, jusqu’au sol de l’atelier.

La faible vitesse des missiles ne leur donne pas assez d’inertie pour le faire – seules des choses comme les Iskanders hypersoniques russes descendant verticalement peuvent vraiment souffler à travers de tels ateliers industriels jusqu’au rez-de-chaussée et au-delà.

Pendant ce temps, la situation en première ligne de l’Ukraine continue de se dégrader. Un blog de premier plan dirigée par un officier de la brigade d’assaut aérien ukrainienne a récemment partagé la perspective « réaliste » suivante :

J’ai peur de vous écrire quelque chose aujourd’hui. Désolé mais on est dans la merde. La situation est si tendue et difficile que je ne veux pas choisir les mots exacts et prétendre que tout est sous contrôle. Trop de problèmes se sont accumulés dernièrement en nous commençons à en voir les conséquences. Je ne veux pas surréagir mais je ne veux pas non plus cacher l’évidence. La situation est sérieuse, très sérieuse.

Dans une nouvelle plus troublante, l’ancien ministre vedette de la Défense Fedorov, que Zelensky a impopulairement démis de ses fonctions lors du remaniement du mois dernier, a maintenant décidé de jouer dur, en plein milieu de la proposition présentée aujourd’hui par Zelensky à la Verkhovna Rada pour la nomination du général de division Yevhen Khmara au poste de ministre de la Défense. Fedorov a publié une vidéo appelant à des élections ukrainiennes, essentiellement une menace contre le régime de Zelensky et un défi à celui-ci :

Voir la vidéo sur le site original

« La démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie.”

Il est clair que des forces se rassemblent contre Zelensky. Sans pigeons comme Yermak à jeter sous le bus, cet hiver pourrait voir l’arrivée d’un point de rupture politique pour le dirigeant ukrainien assiégé, de plus en plus isolé et impopulaire.

Pour ceux qui sont intéressés, le média ukrainien Strana a publié une analyse très complète et intéressante des intrigues politiques impliquées dans le dernier mis-à-l’écart de Fedorov, et de ce que cela pourrait signifier pour l’avenir politique de l’Ukraine :

« Les déclarations coordonnées de l’ancien ministre de la Défense Fedorov et de son groupe de soutien, concernant une crise de la gouvernance de l’État et la nécessité de tenir des élections avant la fin de la guerre, semblent être une tactique soigneusement planifiée avant le vote sur la nomination de Khmara au poste de ministre de la Défense. Cela rejette effectivement les demandes du mouvement « cartons du Maidan » de réintégrer Fedorov.

L’objectif maximum est de semer le doute parmi les députés (en particulier parmi les « serviteurs du peuple » : « Est-il nécessaire de voter pour Khmara et d’aller contre Fedorov, si des élections et un changement de pouvoir sont imminents ?« . Alternativement, cela peut être pour persuader Khmara lui-même de se retirer de son poste. L’objectif minimum est, même s’il y a suffisamment de votes pour Khmara, de donner un nouveau sens aux actions du “Cartons du Maidan”, qui auront désormais lieu non pas pour ramener Fedorov, mais pour organiser des élections.

En Ukraine, pendant une guerre, seules des élections présidentielles peuvent théoriquement avoir lieu. Les élections législatives sont interdites par la Constitution, qui ne peut être modifiée pendant l’état d’urgence. Les élections présidentielles sont également interdites, pas par la Constitution mais par deux lois (le Code électoral et la loi sur la loi martiale), qui peuvent être modifiées par un vote majoritaire à la Verkhovna Rada.

En d’autres termes, Fedorov et son groupe de soutien (qui est en grande partie composé d’organisations financées par des subventions, auparavant proches du Parti démocrate américain, et maintenant soutenues par l’Europe – ceux que leurs détracteurs appellent “Sorosites”) veulent mettre en œuvre un système dans lequel des élections sont organisées dans le pays pendant la guerre, et leur représentant (Fedorov) devient président, leur permettant ainsi de remodeler rapidement à la fois la majorité parlementaire et l’ensemble de la structure du pouvoir.

Les outils pour forcer Zelensky à le faire comprennent des manifestations, des affaires pénales du NABU et du SAP contre son entourage et des pressions de l’Europe.

Zelensky est contraint de renoncer au pouvoir – on lui propose d’annoncer des élections, de les perdre (ce qui est indiqué par tous les sondages) et de quitter ses fonctions. Il est fort possible que cela soit suivi de poursuites pénales. Et certainement, cela entraînera la chute de tout son groupe économique et politique (”sa Famille”). Ce n’est clairement pas l’avenir que Zelensky envisage pour lui-même. Par conséquent, il essaiera probablement de résister. Par exemple, il peut ordonner au SBU de frapper la NABU/SAP et son groupe de soutien (un tel scénario est en discussion même au sein des cercles financés par des subventions).

Une autre question est de savoir si l’Europe exercera une pression, et dans quelle mesure. C’est un point clé, car Zelensky peut résister aux manifestations, et même aux prochaines affaires pénales contre Yermak et ses associés, mais si les Européens (qui financent actuellement l’Ukraine) font directement pression, il lui sera beaucoup plus difficile de résister. L’année dernière, lors de la tentative de l’administration présidentielle de placer le NABU et le SAP sous son contrôle, une telle pression a été exercée. Mais elle ne fut pas aussi forte en ce qui concerne la démission de Fedorov. Et on ne sait pas encore si l’Europe insistera pour des élections.

Troisièmement, les sondages montrent que Fedorov est loin d’être le seul candidat ayant une chance de gagner. Zaluzhny a une cote d’approbation plus élevée que lui, et Budanov n’est que légèrement en dessous. Les deux sont-ils prêts à regarder silencieusement Fedorov arriver au pouvoir ? Ou s’engageront-ils pleinement dans la lutte, s’opposant farouchement à l’ancien ministre ? Tout cela pourrait ajouter des éléments d’imprévisibilité radicale au processus de “restauration des processus démocratiques”.

Quatrièmement, le sujet “L’Ukraine a besoin d’élections” commencera à gagner du terrain dans le pays, ce qui pourrait fortement intensifier le débat public sur « l’illégitimité » de Zelensky. Incidemment, c’est ce qui a été constamment affirmé en Russie, exigeant que des élections pour le président de l’Ukraine soient organisées afin d’avoir un “chef d’État légitime” avec lequel des négociations puissent être menées. Et si des élections ont lieu pendant la guerre, alors, formellement, la demande du Kremlin sera satisfaite. Bien sûr, il est peu probable que Fedorov adoucisse la position de négociation par rapport à Zelensky. Plus probablement le contraire – son groupe de soutien lance souvent des appels à un resserrement de la mobilisation, à une réduction de l’âge de la conscription, à une intensification de la lutte contre les “évadés” et la “cinquième colonne”, etc… Cependant, n’importe lequel des autres candidats “viables” pourrait prudemment (pas personnellement, mais leur groupe de soutien) commencer à promouvoir l’idée que « Zelensky était un obstacle à la paix, parce que Poutine ne voulait pas lui parler. Si je deviens président, je pourrai négocier des conditions normales pour mettre fin à la guerre » Et il n’est pas exclu qu’une telle position puisse s’avérer plus populaire que diverses variantes de “se battre jusqu’au bout”.

Que dire d’autre ? Préparez le pop-corn.

Simplicius

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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