La guerre contre l’Iran 3.0


Par Alastair Crooke – Le 9 juillet 2026 – Source Conflicts Forum

Lorsque la marine américaine, en coordination avec le Qatar et Oman, a tenté de faire passer un convoi de quatre navires dans le détroit d’Ormuz, via les eaux omanaises, mardi soir – plutôt que de passer par la route officiellement approuvée par l’Iran – Trump a peut-être imaginé (ou on lui a dit) qu’avec les funérailles massives du défunt Guide suprême Ali Khamenei en cours que l’Iran ne réagirait pas si la Marine américaine tentait d’ouvrir de force un couloir américain. Trump cependant, a mal interprété le jibe iranien — Ormuz est vraiment son « arme atomique« . L’Iran n’y renoncera pas.

Trump insiste – en contradiction flagrante avec les termes énoncés au paragraphe cinq du mémorandum d’entente – sur le fait que l’Iran n’a pas le droit d’interférer avec tout navire essayant de transiter par le détroit d’Ormuz. L’Iran agit néanmoins dans les termes du cadre de désescalade convenu et a averti à plusieurs reprises qu’il frapperait tout navire contournant le mécanisme de contrôle iranien.

L’Iran a répondu directement au défi lancé par Trump au contrôle iranien du détroit en frappant deux navires avec des missiles et un troisième avec un drone armé. Un quatrième pétrolier appartenant au Qatar, chargé de gaz naturel liquéfié, a été incendié, forçant son équipage à abandonner le navire accidenté.

Ces ripostes iraniennes ont incité Trump à ordonner des frappes aériennes américaines contre des cibles iraniennes ; à réimposer des sanctions sur les exportations de pétrole de la République islamique ; et à révoquer le protocole d’accord qu’il avait signé avec ce qu’il a appelé la “racaille iranienne” ; mettant ainsi fin au cessez-le-feu. « Nous les avons durement frappés la nuit dernière », a déclaré Trump lors du sommet de l’OTAN à Ankara. « Nous les frapperons probablement encore durement ce soir ».

Trump a de nouveau frappé l’Iran mercredi soir alors même que l’Iran n’avait pas attaqué d’autre navire cherchant à contourner le corridor iranien. En réponse, l’Iran a lancé des missiles balistiques et des drones sur des bases américaines au Koweït, à Bahreïn, aux Émirats arabes Unis et sur la base aérienne de Muwaffaq Al-Salti en Jordanie.

Le vice-président Vance dit à l’Iran « si vous essayez de fermer le détroit d’Ormuz, l’armée américaine répondra. C’est aussi simple que cela ». C’est-à-dire que soit l’Iran garde le détroit entièrement ouvert à tous soit les États-Unis continueront à le frapper, comme ils l’ont fait mardi soir.

L’Iran insiste sur le fait que ce sont les États-Unis qui ont violé le Protocole d’entente et (via le porte-parole de la Commission parlementaire de la sécurité nationale iranienne) avertit que de nouvelles attaques des États-Unis contre l’Iran se solderont par une offensive surprise totale de l’Iran et potentiellement par d’autres options également, comme un retrait iranien du TNP, un changement de la doctrine nucléaire du pays et la fermeture du détroit de Bab al-Mandab, en plus du détroit d’Ormuz.

Ainsi, le vice-président Vance dit que si l’Iran restreint Ormuz (c’est-à-dire qu’il ne reste ouvert qu’aux navires des États amis), les États-Unis intensifieront leurs attaques. Et l’Iran répond à cette menace en avertissant qu’il va intensifier son action militaire – deux frappes pour chaque frappe américaine – et qu’il pourrait également adopter de nouvelles doctrines de guerre.

Essentiellement, Trump a plongé dans le piège de l’escalade, apparemment en partie à cause de l’effondrement de ses sondages aux Etats-Unis. Il s’est cependant directement mis dans cette situation en essayant de « faire le beau » pendant que les iraniens étaient « préoccupés » par les cérémonies funéraires de Khamenei afin d’essayer d’obtenir une « victoire rapide« .

Combien de temps durera cette nouvelle escalade ? Certes, cela ne conduira pas à l’ouverture du détroit ; ni n’apportera un retour du statu quo ante qui a précédé la guerre. Tant que l’Iran maintiendra sa capacité à exercer un contrôle sur Ormuz, rien ne permet de supposer que la situation redeviendra à ce qu’elle était.

Au contraire, et plus probablement, la crise accélérera l’apparition d’une crise économique mondiale imminente qui pourrait durer jusqu’à ce que la douleur économique devienne trop aiguë, à mesure que la baisse du kérosène se poursuit et que les effets sur l’économie réelle en Occident deviennent bien visibles.

Avec les pénuries de munitions et le retrait des moyens aériens au Moyen-Orient qui commencent déjà, Trump n’a probablement pas les moyens de se lancer pleinement dans une « guerre contre l’Iran 3.0« .

La chronologie de ce nouvel épisode de mésentente est donc probablement dictée par les stocks de raffineries aux États-Unis ; mais aussi par l’ampleur de la « blessure » subie par Trump aux Etats-Unis, dans le contexte de la disparition de ses perspectives politiques mais aussi par son aversion pour toute humiliation personnelle.

Pourquoi tout cela s’est-il mal passé ? Peut-être que le point crucial vient du moment où le nouveau Guide suprême iranien, Sayyed Mojtaba, a publié sa déclaration selon laquelle il avait une opinion différente sur le Protocole d’accord de celle de l’équipe de négociation, mais avait accepté de le signer après avoir reçu l’assurance du Président iranien qu’il assurerait et tiendrait compte des principes fondamentaux de l’Iran en ce qui concerne les relations avec les États-Unis.

La déclaration du Guide suprême Mujtaba Khamenei mettait en garde à la fois les États-Unis et les négociateurs iraniens que l’approbation du Protocole d’accord par l’Iran n’était pas un mandat ouvert, mais plutôt étroitement liée aux 10 principes énoncés à l’origine par le nouveau Guide suprême.

À un moment donné, les dirigeants iraniens en sont apparemment arrivés à la conclusion que l’Iran était manipulé par les États-Unis ; que le protocole d’entente était une tromperie :

« et que l’ensemble des événements depuis l’annonce du protocole d’accord reflétait une stratégie américaine basée sur l’idée que lors du précédent cycle de la guerre contre l’Iran – [lorsque les États – Unis et Israël] n’avaient pas atteint leurs objectifs – nécessitant un arrêt de la confrontation, quoique temporairement, afin de se regrouper et de se préparer « plus en profondeur » pour un nouveau cycle lorsque les bonnes conditions se présenteront ».

Cela a conduit l’Iran à réévaluer que les composantes d’Ormuz et du Liban constituaient le levier vital pour s’engager dans une nouvelle guerre alors que l’Occident intensifiait la pression en tant que stratégie de maintien et que les États-Unis et Israël se préparaient pour le prochain cycle de guerre.

La stratégie intérimaire des États-Unis n’est pas un changement des objectifs américano-israéliens, mais plutôt un ajustement de leurs mécanismes opérationnels pour prévoir certains compromis que Washington juge nécessaires (c’est-à-dire une collaboration plus étroite avec la Turquie et via Erdogan pour engager le syrien Jolani) pour remanier le jeu au Liban, puis pour « évaluer où les choses en seront« , comme l’a souligné Vance.

Il n’est pas certain que cette nouvelle politique américaine fonctionne. Le monde change rapidement. Leur triomphe attendu d’Israël sur le Moyen-Orient s’est soldé par un échec. Le stratagème du protocole d’entente de Trump pour ouvrir Ormuz échouera probablement aussi.

La guerre connexe contre la Russie et le siège de la Chine faiblissent également et l’emprise (jusqu’à présent inattaquable) d’Israël sur les États-Unis est également remise en question. Un Démocrate américain de haut rang, Rahm Emanuel, et candidat Démocrate potentiel à la présidentielle américaine de 2028, s’est exprimé hier en Israël. Il a averti en termes clairs qu’Israël « a perdu le soutien du monde, est devenu un « paria régional », [et que son] alliance avec les États-Unis est « à la croisée des chemins » ».

Finalement, un « cygne noir » peut maintenant être observé nageant dans des eaux de plus en plus ensoleillées ; Eric Katz écrivant dans Notus « qu’un projet de rapport au sein du département du Trésor américain devrait mettre en garde contre les risques posés par le marché de l’intelligence artificielle, assimilant des aspects clés de celui-ci à la bulle dot.com qui a bouleversé l’économie américaine lorsqu’elle a éclaté au début des années 2000 ».

Les analystes du Trésor ont écrit :

« Les analystes professionnels du Trésor ont constaté que les entreprises d’IA sont plus profondément ancrées dans l’économie américaine que leurs prédécesseurs de la période dot.com et entraineraient des risques significatifs à l’ensemble du système si les conditions financières changeaient, si les objectifs de productivité ne sont pas atteints ou si divers goulots d’étranglement freinaient la croissance ».

« Un ralentissement du marché de l’IA enverrait des ondes de choc dans tout l’écosystème économique ».

Un ralentissement du marché aux États-Unis, exacerbé par une crise énergétique, pourrait être un désastre pour les espoirs de mi-mandat de Trump.

Alastair Crooke

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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