Un post de Jacques Chastaing – Le 13 juin 2026 – Source Facebook
Aujourd’hui, après que la mobilisation populaire ait forcé, le 10 juin, le renoncement – pour le moment – du pouvoir à utiliser l’état d’urgence face au risque pour lui de déclencher une insurrection en envoyant l’armée, mais avec un soulèvement populaire émietté sans direction démocratique nationale, avec d’une part toutes les directions des organisations syndicales qui ont trahi et d’autre part l’embryon de direction nationale démocratique auto-organisée à El Alto décapitée par le gouvernement avec l’arrestation de son dirigeant, la pression d’en bas continue et s’amplifie, sentant sa force et la faiblesse du pouvoir, mais en même temps sentant son manque de coordination, cherche partout à mieux coordonner ses forces auto-organisées pour pallier à sa principale faiblesse, sans encore pour l’instant reposer la question d’une direction nationale démocratique qui avait été ouverte par le cabildo de La Paz les 2 et 5 juin et qui avait fait faire un énorme pas en avant à tout le mouvement. Mais le mouvement monte toujours et le gouvernement est de plus en plus impuissant.
Note du Saker Francophone
Comment différencier une authentique révolution populaire d’une révolution de couleur ? Les médias ne parlent pas de la première alors que la deuxième remplit leurs « pages internationales ».
Selon ce critère, la révolution populaire en train de secouer la Bolivie est donc bien authentique car elle fait l’objet d’une censure quasi totale par les médias grand public. Voici un post Facebook qui fait le point sur cette révolte contre le nouveau gouvernement de « centre droit » qui vient d’être élu il y à peine 6 mois.
- Ce vendredi 12 juin, après 43 jours de conflits, la tension a encore monté d’un cran dans la ville d’El Alto (800 000 habitants, la banlieue ouvrière de La Paz : trois marches massives ont convergé vers la ville. Des points de blocage sont maintenus à Senkata, la route vers Laja et la route vers Copacabana, rendant tout le trafic interprovincial qui passe par là quasi impossible. Dans le district 7 de El Alto, les habitants ont manifesté contre les autorités de la ville qui négocient en douce avec le gouvernement alors qu’ils n’ont aucun mandat pour ça. Désormais, ils ne représenteront plus la population.
- A El Alto toujours dans la zone de Casa Amarilla (route de Laja), un groupe d’habitants a intercepté, agressé et déshabillé des policiers de la « Force spéciale de lutte contre la violence » qui tentaient de briser un blocage et d’arrêter des militants. Ce sont les policiers qui ont été arrêtés, déshabillés, renvoyés en sous-vêtements et leurs uniformes et véhicules brûlés. Un nouvel échec des tentatives de répression de gouvernement qui en dit long sur les rapports de force actuels.
- Les chauffeurs de camions en grève – qui ont viré leurs dirigeants syndicaux – avertissent qu’ils pourraient prendre des mesures bien plus radicales contre le gouvernement dans les prochaines heures.
- Dans la ville de Sucre, alors que la police venait pour débloquer un barrage, elle a préféré s’enfuir devant la détermination des bloqueurs
- Les mineurs de fond de Huanini appartenant au syndicat COB ont annoncé qu’ils étaient prêts à bloquer La Paz et demandent à la direction de la COB à lancer le mot d’ordre
- Les « ponchos Rojos » organisation autochtone radicale de la province d’Omasuyos sont en train de se concentrés pour envisager la radicalisation de leur lutte tandis qu’une autre organisation, « les fils de Tomas Katari » a annoncé qu’elle allait s’installer à La Paz tant que Rodrigo Paz n’aurait pas démissionné.
- Hier 12 juin 2026 ont eu lieu de nombreuses assemblées auto-organisées qui toutes ont confirmé la continuation de la lutte et le besoin de se coordonner avec demande un partout et d’appels à des AG régionales, avec la plus importante d’entre elles hier à Pukarani, où la province de Los Andes (une des 20 provinces du département de La Paz, le long du Titicaca et au nord de La Paz) s’est levée dans un cabildo (AG de démocratie directe) unitaire . Face à la situation critique que traverse le pays, les bases ont mis en place des mesures de pression radicales et immédiates :
Principales résolutions du Cabildo de Pukarani représentatives de ce qui se décide ailleurs :
- Exigence immédiate : Liberté pure et simple pour tous les détenus.
- Démission exigée : Nous exigeons la démission du président Rodrigo Paz et de son cabinet ministériel.
- Massification de la lutte : les 23 centrales syndicales agricoles et 21 centrales féminines de Bartolina Sisa entament le blocage des routes et la prise d’institutions. L’alimentation en eau et l’électricité sera coupée jusqu’à ce que la démission soit obtenue !
- Respect de notre identité : Assez de la criminalisation de nos vêtements originaires et d’enfreindre la Constitution et la loi sur les syndicats.
- Avertissement aux dirigeants des organisations : toute négociation avec le gouvernement est interdite. Tout dirigeant qui trahira les bases sera sanctionné.
- Unité régionale : les 20 provinces sont convoquées pour effectuer le blocage de La Paz. Nous donnons 24 heures pour radicaliser les mesures en suivant l’héritage du Mallku.
- Délai pour les secteurs d’El Alto : Nous donnons 24 heures aux 14 districts d’El Alto, au secteur minier, aux transports et au magisterial pour rejoindre la mobilisation
- Aux autorités locales : Maires, conseillers municipaux et députés de la circonscription 19 : ils doivent être à côté de leur village ou ils seront immédiatement débarqués.
- Aux forces de l’ordre : Le repli des policiers et des militaires est exigé et nous les appelons à combattre aux côtés de leur peuple.
LE BLOCAGE EST ILLIMITÉE !
La province de Los Andes ne reculera pas. Le combat continue jusqu’à la démission de Rodrigo Paz.
Jacques Chastaing