La guerre contre l’Iran. L’Iran devra lancer l’attaque pour éviter le piège du cessez-le-feu


Par Moon of Alabama – Le 5 juin 2026

Une tactique typique des États-Unis contre une cible stratégique consiste à « faire bouillir la grenouille » en augmentant lentement la température de l’eau dans laquelle elle se trouve. Le conflit en Ukraine en est un bon exemple. Les frappes contre la Russie, dirigées par la CIA, s’intensifient petit à petit pendant que la Russie hésite à prendre des mesures de dissuasion plus sévères.

La guerre actuelle contre l’Iran en est un autre exemple. Les États-Unis insistent sur un cessez-le-feu tout en essayant d’éroder la capacité de résistance de l’Iran en l’étranglant économiquement.

L’arme principale de l’Iran, le blocus du détroit d’Ormuz, aura besoin d’un mois ou deux de plus pour déployer pleinement son effet escompté sur l’économie américaine et mondiale. Pendant ce temps, les États-Unis tentent d’épuiser l’Iran avec une diplomatie malhonnête, des mesures économiques (son blocus) et des frappes ponctuelles.

Mais l’Iran est bien conscient de cette tactique. Il a décidé d’éviter ce piège du cessez-le-feu par une escalade graduelle :

Les États-Unis et Israël utilisent cette période [de cessez-le-feu] pour remodeler les réalités sur le terrain, affaiblir l’influence de l’Iran et parvenir à une table de négociations où la position de Téhéran aura déjà été discrètement érodée. Cette perception renforce ceux au sein de la République islamique qui soutiennent que la retenue diplomatique, dans les conditions actuelles, a ses propres coûts stratégiques.

Le retard dans la finalisation du protocole d’entente est de plus en plus interprété comme intentionnel plutôt que procédural et comme une tentative des États-Unis d’utiliser l’usure du temps comme instrument stratégique. La préoccupation est que chaque semaine de cessez-le-feu, avec la pression militaire et économique américaine qui se poursuit sans relâche et la retenue iranienne ne produisant aucune concession réciproque, représente une érosion nette de la position que Téhéran croit avoir assurée pendant les quarante jours de combats actifs.

L’Iran a décidé de répondre à cette tactique de « faire bouillir la grenouille » en augmentant le coût de la moindre attaque américaine. Il ne répond plus coup pour coup. Chaque frappe américaine est répondue en ripostant plus fort et contre plus de cibles. Comme Rob Campbell le raconte au sujet de l’escarmouche du 2 juin :

Tard dans la nuit, les Américains ont frappé un pétrolier iranien et les Iraniens ont riposté par une attaque contre un navire USraélien. Les Américains ont également ciblé la tour de contrôle sur l’île de Qeshm et les Iraniens ont répondu par des attaques contre les bases koweïtiennes américaines à Ali Al-Salem et Arifjan et la base de la Cinquième Flotte. Bahreïn a également été attaqué et son espace aérien fermé à tout trafic. On prétend que 136 drones Shahed ont été vus au-dessus du Koweït alors que de lourds dégâts ont été infligés au seul aéroport international du Koweït qui a été fermé.

Des images satellites indiquent des dommages à un hangar qui abritait des drones et des avions à la base aérienne d’Ali al-Salem au Koweït

Les Iraniens ont également attaqué le QG du groupe séparatiste kurde à Erbil (Kurdistan irakien).

L’Iran a averti les Américains qu’ils répondraient aux futures attaques avec une intensité accrue. Ce qu’ils semblent en train de faire.

Cette intensité accrue est conçue pour éviter le piège :

Alors que la pression économique monte, qu’Israël poursuit sa campagne contre le Hezbollah et que Washington s’efforce de réduire l’importance stratégique d’Ormuz avant la conclusion d’un accord, de plus en plus de voix au sein de la République islamique arrivent à la conclusion que l’effet de levier doit être activement défendu avant de pouvoir être négocié utilement.

L’Iran veut un accord avec les États-Unis, mais s’attend également à une nouvelle série de guerres et s’y prépare. Pour des raisons politiques, le président Trump essaie, pour l’instant, d’éviter à la fois un accord avec l’Iran et une reprise des combats. Il continue d’ignorer l’escalade iranienne. Mais il devra y répondre (archivé) si cela commence à couter la mort de soldats américains :

Le président Trump a déclaré à ses collaborateurs en privé qu’il envisagerait de mettre fin au cessez-le-feu avec l’Iran si Téhéran tuait des troupes américaines, ont déclaré des responsables américains, insistant sur le fait que la pause d’une semaine dans les frappes aériennes restait intacte malgré un flux constant d’escarmouches violentes.

La réticence du président à rallumer la guerre suggère qu’il pourrait être prêt à résister à des poussées plus petites pendant des semaines – voire des mois – pour éviter un conflit plus large au Moyen-Orient.

Trump suit les conseils des lobbyistes israéliens qui le pressent (archivé) d’attendre maintenant et de frapper l’Iran plus tard :

Mark Dubowitz de la Fondation pour la défense des démocraties a fait valoir que Trump devrait utiliser le cessez-le-feu pour remettre l’économie américaine sur les rails, puis seulement plus tard, à l’automne, pour “commencer à penser à reprendre des opérations militaires majeures mais ne pas le faire avant les élections de mi-mandat, lorsque les répercussions pourraient être très difficiles pour lui politiquement.”

L’Iran est bien conscient du dilemme actuel de Trump. Il est dans son intérêt de maintenir le conflit au chaud plutôt que de le laisser se calmer maintenant pour qu’il éclate plus tard. L’augmentation de la sévérité de ses frappes (de représailles) contre les actifs américains se poursuivra donc :

La marine iranienne a déclaré avoir tiré des missiles d’avertissement et des drones sur des navires de guerre américains dans le golfe d’Oman vendredi.

Il a accusé la marine américaine de harceler le trafic maritime et de saisir des navires commerciaux et des pétroliers, selon les médias d’État iraniens.

Jusqu’à présent, l’Iran n’avait frappé que des actifs terrestres américains dans la région du Golfe. Ces attaques ont causé de graves dégâts mais peu de victimes. Jusqu’à présent, l’Iran avait évité les frappes sur les navires de guerre, car de telles attaques ont tendance à faire plus de morts et de blessés.

Mais pour garder Trump engagé, il faudra des mesures plus sérieuses. L’Iran devra accroître son effet de levier avant que le temps ne commence à l’éroder.

Les « missiles d’avertissement » contre les navires de guerre américains sont un geste d’escalade. Mais ils ne sont pas encore suffisants pour faire bouger Trump.

Dans un jour ou deux, l’un des missiles « d’avertissement » atteindra probablement sa cible.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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