La guerre contre l’Iran. La guerre autour de l’énergie passe de la perturbation à la destruction


Par Moon of Alabama – Le 18 mars 2026

La guerre contre l’Iran continue d’être le sujet le plus important qui mette le monde en émoi.

Israël et les États-Unis poursuivent leur campagne d’assassinat de responsables iraniens. Il a été confirmé aujourd’hui qu’Ali Larijani, le chef du Conseil suprême de la sécurité nationale d’Iran, a été tué par une frappe aérienne israélienne sur la maison de sa fille. La frappe a fait plusieurs dizaines de victimes supplémentaires. Larijani était un pragmatique très compétent, pas un partisan de la ligne dure. Sa mort est une perte pour tous ceux qui cherchent la paix au Moyen-Orient.

Deux des dirigeants de la milice volontaire iranienne Basji ont également été tués dans des frappes aériennes israéliennes, tout comme le ministre iranien du Renseignement, Esmaeil Khatib.

Aucune de ces morts n’affaiblira la volonté ou la capacité de résistance de l’Iran. Il sait qu’il est capable d’étrangler l’économie mondiale via son contrôle du détroit d’Ormuz et aura donc le dessus sur le long terme dans ce conflit. À un moment donné, les États-Unis devront accepter (archivé) les conditions de l’Iran pour mettre fin à cette guerre :

L’objectif stratégique de l’Iran est maintenant d’imposer des coûts si élevés aux États-Unis et aux États du Golfe que Trump optera pour un cessez-le-feu incluant une restriction sur les futures actions israéliennes. En substance, l’Iran veut le forcer à choisir entre les intérêts sécuritaires d’Israël et la stabilité des marchés mondiaux. L’essentiel est que la guerre déclenchée par Trump n’aura pas de bonne fin.

Pourtant, Israël aujourd’hui ne se sent lié par aucune restriction. Il vient de lancer une attaque, avec le soutien des États-Unis, contre le principal champ gazier iranien de South Pars et d’autres installations énergétiques iraniennes :

Israël vient de bombarder la plus grande installation de traitement de gaz naturel d’Iran dans la province de Bushehr. Israël a déclaré qu’il avait mené cette attaque en totale coordination avec les États-Unis.

L’attaque est conforme à la stratégie d’Israël visant à détruire non seulement les industries militaires iraniennes, mais également sa base industrielle et son économie. L’objectif d’Israël n’est pas un changement de régime mais un effondrement de l’État.

Dans ce cas particulier, il y a, je crois, une motivation supplémentaire derrière l’attaque israélienne. L’Iran a indiqué à plusieurs reprises que si ses infrastructures énergétiques étaient attaquées, cela franchirait une ligne rouge vif et qu’il riposterait par des attaques contre les infrastructures énergétiques dans tout le golfe Persique.

Si l’Iran réagit effectivement de cette manière, les perspectives de participation directe à cette guerre des États du Conseil de coopération du Golfe (CCG) augmentent considérablement. C’est exactement ce qu’Israël aimerait voir, et cela expliquerait aussi pourquoi les États-Unis, qui déconseillaient auparavant de telles attaques, les soutiennent maintenant et participent même à leur exécution.

Cette attaque n’est pas seulement une démonstration des capacités américano-israéliennes, mais aussi de l’échec stratégique américano-israélien et sans doute aussi d’un désespoir croissant.

La production de gaz iranien est principalement utilisée au niveau national. Sa production d’électricité dépend en grande partie de ses infrastructures gazières. La frappe est également un coup contre la Turquie qui reçoit 15% de sa consommation de gaz de l’Iran.  L’Irak sera également durement touché car sa production d’électricité dépend également du gaz iranien. Un porte-parole du ministère des Affaires étrangères du Qatar a condamné l’attaque.

La réponse la plus rationnelle pour l’Iran sera de frapper l’infrastructure énergétique d’Israël. Des frappes sur Haïfa et les installations gazières israéliennes viendront également, mais la réponse immédiate de l’Iran, comme promis, a été l’ordre d’évacué cinq installations énergétiques dans les pays voisins du Golfe Persique :

  • La raffinerie de SAMREF-Arabie Saoudite
  • Le champ gazier d’Erna Al Hosn-EAU
  • Le complexe pétrochimique de Jubail-Arabie Saoudite
  • Le Complexe pétrochimique Mesaieed et Holding Mesaieed (affilié à Chevron) – Qatar
  • La raffinerie de Ras Laffan (Phases 1 et 2) – Qatar.

Selon Bloomberg, les installations sont en cours d’évacuation. Les prix de l’énergie sur le marché à terme des matières premières ont augmenté à la suite des frappes même s’ils sont, en raison de manipulations, encore bien inférieurs aux prix mondiaux réels (archivé) :

La perturbation croissante des approvisionnements a conduit un certain nombre de références régionales de prix à des sommets historiques, alors même que le marqueur mondial Brent est retombé juste au-dessus de 100 dollars le baril après avoir bondi à près de 120 dollars au début de la guerre en Iran.

Le prix du baril de pétrole à Oman — qui exporte depuis des ports situés à l’extérieur du détroit d’Ormuz — a grimpé à près de 154 dollars mardi, entraîné par une concurrence intense pour les petits volumes qui quittent encore le Moyen-Orient.

En ce moment, on a l’impression que le marché papier et le marché physique se sont disloqués”, a déclaré Ole Hansen, responsable de la stratégie des matières premières chez Saxo Bank. « [C’est] la plus grande perturbation depuis les années 1970 et le Brent peut à peine dépasser les 100 dollars.”

Le 100 dollars/baril est destiné au brut léger doux alors que le marché a besoin de variantes plus lourdes ainsi que de produits transformés :

Les cours au comptant actuel du prix de l’essence, du diesel et du kérosène sur la Côte Ouest apparaissent pêle-mêle à 147 $le baril; $162-170 dollars/baril; et $186/b jusqu’à ce que l’on considère que les raffineurs en Chine, en Inde, le Japon et la Corée du Sud soient face à des coûts réels du brut supérieurs à $150-$-155 $/bbl.

La frappe sur les installations énergétiques en Iran va mener à un autre niveau sur le front de la guerre économique.

Empêcher les navires de passer par Ormuz est perturbant. Frapper les installations énergétiques est destructeur.

Il faudra beaucoup de temps pour réparer les dégâts.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

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