La guerre contre l’Iran. Non, s’emparer de l’Île de Kharg n’est pas une option


Par Moon of Alabama – Le 10 mars 2026

Lorsque les iraniens ont sérieusement commencé à exporter leur pétrole, elles ont rapidement rencontré un problème. La côte iranienne est relativement peu profonde. Les gros pétroliers ont beaucoup de tirant d’eau. Il était donc difficile pour l’industrie pétrolière iranienne de livrer de grandes quantités de pétrole brut à de gros navires.

Heureusement, il y avait une île près des eaux profondes à environ 15 miles au large des côtes iraniennes. Des tuyaux ont été posés depuis la partie continentale productrice de pétrole de l’Iran jusqu’à l’île et des jetées ont été construites pour pouvoir charger de très gros navires transportant du pétrole brut. Le nom de l’île est Kharg. Aujourd’hui, c’est pour 90% de tous les produits le principal terminal d’exportation de pétrole produit en Iran.

Pendant des décennies, certains politiciens amateurs américains stupides ont rêvé d’aller s’emparer de Kharg pour prendre le contrôle de la production pétrolière iranienne :

Dans une interview accordée à un journal britannique en 1988, un magnat immobilier prometteur de New York, Donald Trump, a été interrogé sur ses projets pour l’avenir. Fidèle à lui-même, il avait beaucoup à dire, se vantant qu’il pourrait un jour se présenter à la présidence et jurant de regagner le « respect » de l’Amérique sur la scène mondiale. Il a également eu des mots sévères pour la République islamique d’Iran, déjà un ennemi juré de l’Amérique à la suite de la crise des otages américains de 1979.

« Ils nous ont battus psychologiquement, nous faisant passer pour une bande d’imbéciles », a déclaré Trump au Guardian. « Une balle tirée sur l’un de nos hommes ou navires, et ils verront à propos de l’île de Kharg. J’envahirais et je la prendrais ».

Plusieurs personnalités de l’administration Trump actuelle ont également estimé que prendre Kharg donnerait aux États-Unis une emprise sur toutes les exportations de pétrole iranien – maintenant et à l’avenir :

« Ce que nous voulons faire, c’est retirer des réserves de pétrole aussi massives en Iran des mains des terroristes », a déclaré Jarrod Agen, conseiller à la Maison Blanche, dans une interview accordée ce week-end à Fox Business, qui a laissé entendre que Kharg est un élément central de la justification de l’opération Epic Fury.

Kharg est une île relativement plate de 4 miles de long et 2 miles de large avec peu de caractéristiques. Il est difficile de la défendre.

Les États-Unis ont récemment annulé un exercice militaire (archivé) de la 82e Division aéroportée qui pourrait être l’unité principale pour une opération américaine visant à prendre Kharg.

Mais il y a deux problèmes avec cela.

Le premier est de prendre et de tenir une île située très proche de l’Iran :

L’idée de prendre l’île de Kharg est un projet totalement insensé. Vous ne pouvez pas le faire sans avoir supprimer la capacité de tirs iranienne. Non seulement elle est entièrement exposé aux missiles et aux drones iraniens, mais elle est aussi à portée de frappe de l’artillerie mobile iranienne. Si vous débarquez une division des marines, ils devront être évacués dans les heures qui suivent après avoir subi des dizaines, voire des centaines de victimes. L’ensemble du plan suppose que les États-Unis ont supprimé les tirs iraniens, alors que la suppression des tirs iraniens est le problème même qui doit être résolu par l’armée américaine.

Les rédacteurs du Telegraph semblent penser que le problème peut être surmonté en déployant les moyens de la marine américaine :

Selon Ian Bremmer, consultant en risques politiques écrivant pour le site Web d’affaires mondiales GZERO Media : “L’île (Kharg) elle-même est moins de la moitié de la taille de Manhattan, n’est pas largement fortifiée et se trouve suffisamment isolée pour que les destroyers américains et les systèmes de défense aérienne rapprochés puissent établir un périmètre défensif crédible bien au large.

Comment pourrait-on déployer des destroyers américains dans le golfe Persique lorsque le détroit d’Ormuz est fermé ? Et combien de temps ceux-ci survivraient-ils tout en étant à portée des missiles anti-navires iraniens ?

Toute opération sur Kharg doit être faite par voie aérienne. Mais comment les soldats qui y sont déployés seraient-ils ravitaillés ? Comment évacuerait-on les lourdes pertes probables ?

Ce que The Telegraph omet de dire est que Bremmer est au courant du problème. Il ne voit pas une attaque contre Kharg comme une solution à quoi que ce soit :

L’Iran a encore des milliers de missiles à courte portée et de drones qui ne peuvent pas être supprimés. Ils ont montré qu’ils pouvaient frapper des navires et abattre des avions. Une opération pour s’emparer de Kharg nécessite de masser les forces américaines dans des eaux contestées contre un adversaire avec l’avantage du terrain et rien à perdre. Même un commandement et un contrôle iraniens dégradés peuvent se coordonner suffisamment pour transformer un assaut amphibie en un bain de sang que Trump ne serait pas en mesure de tolérer politiquement.

Et s’en emparer n’est que la moitié de la bataille. Admettons que les États-Unis prennent Kharg proprement et le tiennent. Maintenant, vous êtes coincé à occuper indéfiniment des infrastructures critiques au milieu du golfe Persique, à vous défendre contre un État hostile avec toutes les incitations à la reprendre en utilisant des drones, des mines, du sabotage, des attaques par procuration, du terrorisme et une lente attrition qui vous saignera pendant des années.

Considéré comme un problème opérationnel militaire, Kharg peut être prise, bien qu’au prix de lourdes pertes, et peut-être retenue pendant un mois à un an.

Mais ensuite, vous devrez faire face au deuxième problème.

Le Guide suprême iranien martyr Ali Khamenei avait menacé de renvoyer la balle pour tout ce qui est fait à l’Iran dans l’ensemble de la région du Golfe. Si l’Iran ne peut pas produire de pétrole, aucun autre pays ne pourra le faire. Si l’Iran est empêché d’exporter ses produits d’hydrocarbures, d’autres pays du Golfe le seront également. Comme l’a déclaré le secrétaire du Conseil de sécurité nationale iranien :

Ali Larijani – 10 mars 2026 à 12h28 UTC

Le détroit d’Ormuz sera soit un détroit de paix et de prospérité pour tous, soit un détroit de défaite et de souffrance pour les bellicistes.

Prenez Kharg et tous les ports d’exportation de la région du Golfe subiront des attaques soutenues à coup de missiles iraniens. Les dix jours de guerre passés ont déjà montré que l’Iran peut le faire. Aujourd’hui, la raffinerie d’Al Ruwais aux Émirats arabes Unis, la plus grande du Golfe avec une capacité de 900 000 barils par jour, a été fermée après avoir été attaquée par des drones iraniens.

Si Kharg est prise et occupée par des soldats américains, les ports d’exportation de pétrole – Al Başrah en Irak, Mina Al Ahmadi au Koweït, Fujairah aux Émirats Arabes Unis, Ras Laffan et Mesaieed au Qatar et Ras Tanura en Arabie saoudite – seront tous soumis à des tirs iraniens soutenus.

Alors non. Prendre Kharg n’est pas une option.

Militairement, ce serait compliqué, causerait de graves pertes et s’avérerait insoutenable. Économiquement, ce serait catastrophique car l’Iran, une fois empêché d’exporter ses produits, pourra empêcher d’autres pays du Golfe de le faire.

Espérons que le Trump de 1988 soit depuis devenu un peu plus intelligent.

Moon of Alabama

Traduit par Wayan, relu par Hervé, pour le Saker Francophone.

   Envoyer l'article en PDF