Un printemps russe


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Alexandre Latsa sort ces jours-ci un livre sur la Russie. Il y réside et y travaille comme chef d’entreprise. Blogueur et commentateur, il est également auteur de deux autres livres, Putin’s new Russia (en anglais et en russe) et Mythes sur la Russie. C’est donc avec un regard éclairé qu’il nous plonge dans la Russie contemporaine.

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Vous pouvez ici retrouver une interview d’Alexandre Latsa par Xavier Moreau pour le site Stratpol, où il revient sur son livre et précise son point de vue sur la Russie. Xavier Moreau est aussi un brillant analyste de la Russie et a sorti récemment un livre: Ukraine. Pourquoi la France s’est trompée.

Alexandre a aussi accepté de répondre à nos questions. Voici l’interview réalisée ces derniers jours.

Le Saker Francophone : – Bonjour Alexandre Latsa

L’écoute de l’interview de Xavier Moreau donne vraiment envie de lire ton livre. Peux-tu te présenter aux lecteurs du Saker Francophone ?

Alexandre Latsa : – Oui bien sûr, je suis français, je suis marié, j’ai deux enfants et je réside en Russie depuis 8 ans maintenant, où je dirige un petit cabinet de conseils en ressources humaines. En parallèle j’ai aussi une autre activité depuis 8 ans, comme blogueur et analyste. Je tente de commenter les réalités russes pour donner un autre regard sur la Russie d’aujourd’hui, en montrant les mensonges des médias mainstream occidentaux qui ont développé une puissante propagande sur ce pays.

Mon livre Un printemps russe est mon troisième ouvrage, mais le premier en langue française après La Nouvelle Russie de Poutine, publié en 2012 en anglais et en russe, et Mythes sur la Russie publié en 2013, uniquement en russe.

Ma volonté de m’exprimer est la traduction d’une position d’appartenance à la société civile.

– Quel regard portes-tu sur le travail du Saker US, sur notre blog du Saker Francophone et plus généralement de la blogosphère française ?

Si on parle de dissidence et de sources d’information alternative, alors la blogosphère française est dans une dynamique qui est sensiblement la même que toutes les blogosphères européennes, il me semble. D’un côté les médias mainstream appuient une vision du monde unipolaire, occidentalisante et atlantiste et de l’autre côté cette blogosphère française est, elle, dans une dynamique plus multipolaire, focalisée sur les intérêts nationaux et donc sur le retour à des dynamiques de restauration de la souveraineté nationale.

Le public a de moins en moins confiance dans cette presse mainstream, qui est une charge financière et censure de plus en plus des points de vue alternatifs. Eux, en revanche sont de plus en plus représentés dans la sphère de réinformation alternative. A ce titre le Saker fait partie indéniablement de ces sites qui contribuent à donner une autre vision du monde et fournit à ses lecteurs de nouvelles clefs de compréhension des grands évènements. J’ai d’ailleurs écrit une analyse sur la démographie russe pour l’ancienne version du site en français que l’on peut consulter ici.

– On parle beaucoup de Poutine et de géopolitique mais moins des Moscovites et des Russes en général, alors qu’ils sont au cœur du projet des élites russes. Comment perçois-tu sur place cette articulation entre le peuple et ses élites ?

Moscou et la Russie sont à la fois la même chose et à la fois deux Russies. Il y a en fait de nombreuses Russies qui coexistent sur un même territoire gigantesque. Certains réels spécialistes de la Russie tel Jean Robert Raviot définissent par exemple trois Russies : celles des deux grandes villes, celles des petites villes et la Russie des républiques ethniques.

La relation des citoyens et des administrés en Russie avec leur gouvernement (l’État) a toujours été lourde et complexe. Il est vrai qu’en Russie, l’État a toujours été une machine bureaucratique et lourde et même un monstre oppresseur et tyrannique sous les périodes tsariste et communiste. La situation ne s’est pas améliorée sous Eltsine et les années 1990, où l’État a disparu totalement, du moins dans ses fonctions de régulation et de protection des administrés ou pour assurer un cadre légal. On comprend bien toute la difficulté pour les autorités russes d’arriver à redonner un minimum de confiance et d’espoir aux citoyens. Le fonctionnaire politique a longtemps été vu en Russie comme inefficace et corrompu. Cela change très, trop lentement. C’est l’un des grands enjeux de la gouvernance Poutine et cela a en partie réussi puisque ce pacte de stabilité fonctionne, certes un peu par défaut mais c’est déjà énorme. Il y a aussi sans doute un effet de génération.

Mais au-delà de ces problèmes individuels, les Russes reconnaissent au pouvoir politique dans son ensemble le fait d’avoir redressé le pays, augmenté le niveau de vie, rétabli l’ordre et refait de la Russie une grande puissance. En ce sens la gouvernance Poutine est un total succès.

– Et comment les Russes perçoivent-ils les efforts des Occidentaux qui défendent chez eux le droit des Russes à choisir leur destinée ?

La blogosphère russe est très active et très libre. Mais la grande majorité des Russes ne parlant ni anglais ni français, ils ne savent donc sans doute pas que de tels courants de pensée existent ni même qu’existent de puissant supports alternatifs.

En plus d’être peu traduits, ces supports alternatifs n’ont sans doute pas encore une visibilité suffisante pour capter les masses russes et/ou l’opinion russe.

– Merci Alexandre Latsa.

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2 réflexions au sujet de « Un printemps russe »

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