Les règles pour gouverner


Le 24 octobre 2016 – Source CGP Grey 

Auteurs des sous-titres (Français) / LSM74000, piranha031091, verger francois, chaimoss1

Vous voulez gouverner ? Vous voyez les problèmes de votre pays et vous savez comment les résoudre. Si seulement vous en aviez le pouvoir …

Eh bien, vous êtes venu au bon endroit, mais avant que nous commencions cette leçon sur le pouvoir politique, posez-vous cette question : pourquoi les dirigeants ne sont-ils pas aussi lucides que vous ?

Pourquoi, à la place, agissent-ils de manière aussi égoïste et destructive, sans considérer les conséquences ? Sont-ils stupides, les hommes les plus puissants de la planète, ou y a-t-il autre chose ? De loin, le trône semble être omnipotent, mais les apparences sont trompeuses.

Installez-vous sur le trône pour agir, et c’est le trône qui agira sur vous. Acceptez ceci, ou faites demi-tour immédiatement, pour que nous puissions parler des règles pour gouverner.

1. Les dictatures

Peu importe l’éclat des rayons de n’importe quel roi-soleil, personne ne dirige seul. Un roi ne peut construire des routes seul, faire appliquer les lois seul, ne peut défendre la nation ou se défendre lui-même seul. Le pouvoir du roi n’est pas d’agir, mais de faire agir les autres à sa place, avec le trésor dans son coffre. Un roi a besoin d’une armée et de quelqu’un pour la diriger, d’un trésor et de quelqu’un pour le collecter, de lois et de quelqu’un pour les faire appliquer. Les individus nécessaires à la réalisation de ces impératifs sont, pour le roi, les clés du pouvoir.

Toutes les réformes que vous souhaitez instaurer ne sont que fantaisies, si les clés ne suivent pas vos directives. Dans une dictature, où la force fait le droit, le nombre de clés du pouvoir est limité, peut-être juste une douzaine de généraux, de bureaucrates et de dirigeants locaux. Ralliez-les à votre cause, et vous obtiendrez le pouvoir de diriger, mais n’oubliez jamais : si vous les mécontentez, ils vous remplaceront.

Tous les pays se placent sur un spectre, allant de celui où le dirigeant n’a besoin que de quelques porteurs de clés, jusqu’à celui où le dirigeant en a besoin de beaucoup plus. C’est cette origine du pouvoir qui rend les pays différents, mais qu’il y ait beaucoup de clés, ou seulement quelques unes, les règles sont les mêmes.

Premièrement : ralliez-les porteurs des clés à votre cause. Avec eux, vous avez le pouvoir d’agir, vous avez tout. Sans eux, vous n’avez rien. Afin de conserver ces clés du pouvoir, vous devez deuxièmement, contrôler le trésor. Vous devez vous assurer que votre trésor est prélevé et remis entre vos mains, pour votre rude tâche consistant à le redistribuer aux clés qui vous sont nécessaires pour conserver votre position. Ceci constitue votre réel travail en tant que dirigeant : trouver le meilleur moyen de prélever et de redistribuer les ressources, afin que le château de cartes sur lequel repose votre trône ne s’écroule pas.

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Ned Starck

Vous, dictateur bienveillant en herbe, vous pouvez avoir envie de venir en aide à vos citoyens, mais c’est le contrôle que vous avez sur le trésor qui vous attire des rivaux, c’est pourquoi vous devez conserver la loyauté des clés.

Sauf que le trésor dans votre coffre est limité, la richesse que peut produire votre pays est limitée, alors prenez garde : chaque pièce du trésor dépensée pour les citoyens ne cultivera pas la fidélité des porteurs de clés. Ainsi, faire un beau geste en dépensant la richesse de la nation pour le bien des citoyens, c’est donner à vos rivaux un outil pour s’emparer du pouvoir. La partie du trésor qui est déversée pour les routes, les universités, les hôpitaux, est une partie du trésor qu’un rival peut promettre aux porteurs de clés, pour peu qu’ils passent de son côté. Les dictateurs bienveillants peuvent dépenser leur propre part pour les citoyens, mais les porteurs de clés doivent obtenir leur récompense, car même si vous vous êtes entouré des collaborateurs les plus fidèles et les plus angéliques, ils ont le même problème que vous, seulement un échelon plus bas.

Être une clé du pouvoir, c’est occuper une position de pouvoir. Eux aussi doivent se prémunir des rivaux venant d’en-dessous, ou d’au-dessus, c’est pourquoi ils doivent dépenser le trésor qu’ils reçoivent pour conserver leur position. Les fidèles et les idiots resteront à vos côtés quoi qu’il arrive, mais les intelligents porteurs de clés examineront toujours l’équilibre du pouvoir, prêts à changer d’allégeance au moindre de vos signes de faiblesse, dans ce réseau d’alliances changeant. Dans les pays où il y a peu de clés, les récompenses sont grandes et quand la violence règne, les plus impitoyables sont attirés et les anges qui font de bonnes actions perdront contre les démons qui n’en font aucune.

Alors achetez-vous toute la loyauté possible, car la loyauté, dans tout type d’organisations dictatoriales, est tout, pour le dirigeant, du moins. C’est ça, la dictature : un roi qui a besoin de sa cour pour lever le trésor afin de conserver la loyauté de la cour et continuer de faire gonfler le trésor.

Ceci est le noyau auto-suffisant du pouvoir. Tout ce qui est en dehors est contingent. Un roi qui a trop de porteurs de clés a de sérieux problèmes : leurs dépenses, mais aussi leurs besoins contradictoires et leurs rivalités sont difficiles à équilibrer. Plus le réseau financier et social entre les clés est complexe, plus il est possible qu’un rival s’attire un nombre suffisant de collaborateurs. En moyenne, plus un dirigeant a de porteurs de clés, plus son règne est court, ce qui nous amène à la troisième règle des dirigeants : minimisez le nombre de porteurs de clés.

Si une clé dans votre cour devient inutile, que ses compétences ne sont plus requises, vous devez vous en débarrasser. Après un coup d’État réussi, le nouveau dictateur procédera à une purge parmi ceux qui l’ont aidé à accéder au pouvoir, tout en travaillant avec les sous-fifres du précédent dictateur, ce qui peut sembler, de l’extérieur, une très mauvaise idée.

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Game of Thrones – Varys

Pourquoi abandonner vos camarades révolutionnaires ? Les partisans de l’ancien dictateur ne représentent-ils pas un danger ? Mais les clés nécessaires à la prise du pouvoir ne sont pas les clés nécessaires à sa conservation. Continuer d’employer quelqu’un qui était capital par le passé, mais qui est inutile maintenant, c’est la même chose que de dépenser de l’argent pour les citoyens. Du trésor gâché inutilement.

Par définition, un dictateur qui réussit un coup d’État a promis plus de richesses à ceux qui passeraient de son côté. Mais la taille du coffre n’a pas changé, donc le trésor doit être partagé par moins de personnes. Un dictateur qui influence les bonnes clés, qui prend le contrôle du trésor, réduit les dépenses superflues et tue les clés inutiles, aura une longue carrière pleine de succès.

En voyant la structure se découvrir, vous pouvez vous sentir motivés à vous y mettre et contrôler un pays pour pouvoir, vous et vos potes, profiter de la vie. Ou bien vous pouvez vous sentir abattus, souhaitant faire le bien, mais en prenant conscience des obstacles structurels, vous tourner vers la démocratie pour votre salut. Alors parlons des dirigeants en tant que représentants. Vous avez certainement, encore, de superbes rêves sur l’utopie que vous souhaitez fonder, mais personne ne dirige seul et ce n’est jamais aussi vrai qu’en démocratie.

2. Les démocraties

Les présidents et premiers ministres doivent négocier avec leurs sénats et parlements et vice-versa, et ils ont chacun leurs propres porteurs de clés à gérer. Dans une démocratie bien conçue, le pouvoir est divisé entre plusieurs et est pris, non par la force, mais par des mots, ce qui veut dire que vous devez avoir des milliers ou des millions de citoyens qui vous aiment le jour de l’élection, ou qui du moins vous préfèrent à vos opposants. Avec autant de votants et un pouvoir aussi fracturé, il est impossible de faire comme un dictateur et de suivre ces règles et d’acheter de la loyauté. Mais est-ce vraiment impossible ? Bien sûr que non.

Ne voyez pas les citoyens comme des individus avec leurs désirs individuels, mais divisez-les plutôt en blocs. Les personnes âgées ou les propriétaires, les propriétaires d’entreprises ou les pauvres. Vous pouvez récompenser les blocs collectivement. Si les lois et codes sur les impôts dans les démocraties sont affreusement compliqués, ce n’est pas par accident, mais pour récompenser les blocs qui maintiennent les représentants au pouvoir.

Par exemple, les subventions agricoles n’ont aucun rapport avec les besoins en nourriture d’une nation, mais avec l’importance de la clé qu’est le vote des membres du bloc des agriculteurs. Les pays où les votes des agriculteurs ne pèsent pas dans les urnes n’ont pas de subventions agricoles. Si un bloc ne vote pas, comme celui des jeunes, inutile de leur attribuer une récompense. Même s’ils sont nombreux, ils sont inutiles pour accéder au pouvoir.

C’est une bonne nouvelle pour vous. Cela vous fait un bloc de moins à influencer et le trésor que vous redistribuez à vos blocs clés doit bien venir de quelque part. Si vous voulez profiter d’un long mandat, la règle numéro 3 (l’élimination des clés) est votre amie dans une démocratie, aussi vraie que dans une dictature. Vous ne pouvez pas éliminer ceux qui ne votent pas pour vous, mais il y a beaucoup d’autres choses que vous pouvez faire. Une fois au pouvoir, rendez le vote plus facile pour vos blocs clés et plus compliqué pour les autres, élaborez des systèmes de suffrage qui réduisent le nombre de blocs nécessaires pour être élu si vous avez plus de rivaux. Très pratique, n’est-ce-pas ?

Dessinez les frontières électorales pour prédéterminer vos résultats et ceux de vos associés et instaurez des élections primaires aux règles alambiquées pour déterminer pour qui les blocs pourront voter. Mélangez le tout pour une conservation du pouvoir encore plus efficace. Quand votre popularité sera au plus bas, mais que votre chance d’être réélu sera au plus haut, vous saurez que vous avez réussi. Arrêtons de penser aux citoyens, maintenant.

Même en démocratie, il y a toujours des individus très influents qui sont des porteurs de clés et que vous devez avoir de votre côté, car c’est leur argent, ou leur influence ou leurs faveurs qui vous maintiennent au pouvoir. Vous ne pouvez pas leur promettre de leur transmettre directement une part du trésor, comme le ferait un dictateur, mais vous pouvez créer des vides législatifs pour leurs investissements, faire passer des lois qu’ils ont écrites ou leur donner des cartes « vous êtes libéré de prison » pour leurs erreurs. Ne laissez pas une pleine brouette d’or sur le pas de leur porte, mais signez des contrats pour leurs entreprises. Vous, en tant que dirigeant, avez des routes à construire, des ordinateurs à entretenir, ou bien des bâtiments à reconstruire. Personne ne dirige seul, après tout. Ou vous pouvez faire ce qui est moral et ignorer les grosses clés, mais vous vous retrouverez à vous battre contre ceux qui les prennent en compte. Bonne chance.

La corruption n’est pas qu’un crime mineur, mais plutôt un outil de pouvoir, que ce soit en démocratie ou en dictature. Mais, nous en reparlerons une prochaine fois.

Alors acceptez les faveurs, influencez les blocs clés et vous accéderez au pouvoir. Dirigez en faisant des actions qui semblent contradictoires et stupides à ceux qui ne comprennent pas les règles du jeu, comme aider discrètement une puissante industrie que vous avez dénoncée publiquement, ou bien faire passer des lois qui nuisent à un bloc qui a voté pour vous. Votre travail n’est pas d’avoir une éthique de dirigeant compréhensible et cohérente, mais d’équilibrer les intérêts de vos clés de pouvoir, les petites comme les grandes. Voilà comment rester en poste.

Avec cette migraine que vous cause votre rôle de représentant, vous pouvez vous demander, en regardant la règle 3, pourquoi vous ne pouvez pas vous dispenser d’influencer les blocs et d’acheter des faveurs et à la place soudoyer l’armée pour prendre le pouvoir. Finalement, nous devons nous intéresser aux impôts et aux révoltes.

Vous devez comprendre la règle 2, comment le trésor est levé et utilisé pour garantir le fonctionnement d’un pays. Si on représente sur un graphe le taux d’imposition d’un pays en fonction du nombre de clés dont son dirigeant a besoin, il y a une relation évidente. Plus de démocratie = moins d’impôts. Si vous êtes confortablement installé dans une démocratie, vous pouvez ricaner devant ceci, mais vos concitoyens qui ne gagnent pas assez ne paient pas d’impôt sur le revenu et ont droit à des ristournes, ce qui diminue le taux d’imposition en moyenne.

Dans une dictature, ça ne se passe pas comme ça. Les dictatures outrepassent souvent la paperasse administrative des impôts en s’emparant directement des richesses. Il n’est pas rare de voir un dictateur contraindre les agriculteurs à lui vendre leurs produits à moindre coût pour que lui même puisse les vendre sur le marché libre et empocher la différence de prix, ce qui correspond à un taux d’imposition équivalent inimaginablement élevé. Ainsi, les impôts dans les démocraties sont bas en comparaison des dictatures, mais pourquoi les représentants amoindrissent leur part du trésor ?

Eh bien, réduire les impôts permet de plaire à la masse ; les dictateurs n’ont pas besoin de plaire à la masse et peuvent donc imposer plus fortement leurs citoyens pauvres, pour pouvoir payer les porteurs des clés. Mais les représentants, dans une démocratie, peuvent prendre une plus petite part des richesses de chacun de leurs citoyens pour payer leurs porteurs de clés, car leurs citoyens, plus libres et plus éduqués, sont plus productifs que les paysans. Dans une démocratie, plus il y a de productivité, mieux les dirigeants se portent, c’est pourquoi ils construisent des universités, des hôpitaux, des routes et accordent des libertés. Ce n’est pas seulement dû à la bonté de leur cœur, mais cela augmente la productivité des citoyens, ce qui gonfle le trésor qui revient au dirigeant et aux porteurs des clés, même si le taux d’imposition est plus faible.

Il vaut mieux vivre dans une démocratie que dans une dictature, pas parce que les représentants sont de meilleures personnes, mais parce qu’il se trouve que leurs propres besoins sont partagés par une majorité de la population. Les choses qui rendent les citoyens plus productifs sont aussi celles qui rendent leurs vies meilleures, les représentants veulent que tout le monde soit productif, donc c’est autoroute pour tout le monde. Les pires dictateurs sont ceux dont les motivations sont partagées seulement par une minorité, ceux qui ont le moins de clés de pouvoir, et c’est ce qui explique pourquoi les pires dictatures ont toutes quelque chose en commun : elles possèdent de l’or, du pétrole, des diamants ou assimilés.

Si la richesse d’une nation est principalement obtenue en creusant dans le sol, c’est une nation où la vie est terriblement difficile, car une mine d’or, même si elle grouille d’esclaves mourants, peut toujours produire d’importantes richesses. C’est plus compliqué avec le pétrole, mais par chance, les entreprises étrangères peuvent l’extraire et le raffiner sans aucune intervention des citoyens. Les citoyens étant en dehors de ce cycle, ils peuvent être ignorés, et le dirigeant est récompensé et la loyauté des clés du pouvoir est conservée.

Nous vivons donc dans un monde où les meilleures et les plus cultivées des démocraties sont stables, où les pires et les plus riches des dictatures sont stables, et au milieu se trouve une vallée de la révolution.

Les dictateurs pleins de ressources construisent des routes uniquement de leur port à leurs ressources, et de leur palais à l’aéroport, et le peuple ne dit mot, non pas parce que « tout va bien », ou même parce qu’ils ont peur, mais parce que la dure vérité est que des illettrés affamés et complètement déconnectés ne font pas de bons révolutionnaires. Par ailleurs, un dictateur moyen avec peu de ressources doit, comme mentionné précédemment, s’emparer directement d’une grande part des richesses de ses pauvres fermiers et ouvriers. Ainsi, deux routes ne suffisent pas et il doit maintenir une qualité de vie minimale pour ses citoyens, mais garder la main-d’œuvre un tant soit peu interconnectée et un tant soit peu éduquée et un tant soit peu en bonne santé avec le risque de citoyens plus aptes à se révolter.

Comprenez bien que l’image épique du peuple qui passe les portes du palais et qui renverse le dictateur n’est principalement qu’un fantasme. Si vous êtes à la tête d’une dictature moyenne, le peuple prend le palais d’assaut quand l’armée les laisse faire pour qu’ils vous renversent car vous avez perdu le contrôle de vos clés et que vous allez être remplacé. C’est pourquoi après chaque « révolution populaire » dans une dictature moyenne, le nouveau dirigeant est souvent du même genre que le précédent, si ce n’est pire. Le peuple n’a pas remplacé le roi, c’est la cour qui a remplacé le roi, en utilisant les protestations du peuple qu’elle a laissé s’exprimer.

Un dictateur bienveillant qui souhaite traverser cette vallée doit construire les choses qui drainent le trésor des clés du pouvoir et qui rendent les citoyens plus aptes à se révolter, ce qui mène souvent à l’ascension d’un nouveau dirigeant qui préfère soutenir ses clés que de franchir la vallée. De l’autre côté, les démocraties sont stables, non seulement grâce au grand nombre de clés et des conflits d’intérêts qui rendent les révoltes dictatoriales quasiment impossibles à organiser, mais aussi parce qu’une telle révolte détruirait le trésor dont elle essayerait de s’emparer : la productivité des citoyens.

De plus, ceux qui aident l’aspirant dictateur dans une démocratie savent qu’il éliminera les porteurs de clés une fois arrivé au pouvoir. C’est ça, un coup d’État.

Les porteurs de clés potentiels doivent comparer leurs probabilités de survivre à la purge et d’être récompensés, avec les risques de se retrouver en dehors d’une démocratie qu’ils ont aidé à établir. Dans une démocratie stable, c’est un très mauvais pari à faire. Vous deviendrez éventuellement incroyablement riche, mais vous serez probablement mort, et aurez rendu affreuse la vie de tous ceux que vous connaissiez. Les mathématiques ne jouent pas en votre faveur. Être du bon côté d’un coup d’État dans une dictature vous garantit d’avoir les ressources pour que vous et votre famille puissiez acquérir ce que les paysans n’ont pas : soins médicaux, éducation, qualité de vie…

C’est ce qui rend si rude la compétition pour le pouvoir, mais dans une démocratie, la majorité a déjà accès à ces choses, alors pourquoi prendre le risque ? Ainsi, plus la richesse d’une nation provient de la productivité des citoyens, plus le pouvoir est divisé et plus la qualité de vie de ces mêmes citoyens doit être améliorée par le dirigeant, et inversement.

Maintenant, si une démocratie stable devient très pauvre, ou si une ressource plus importante que la productivité des citoyens est découverte, les chances de gagner ce pari augmentent et la prise du pouvoir par un petit groupe est facilitée. Car si la qualité de vie actuelle est pitoyable, ou si la richesse ne dépend pas des citoyens, les coups d’État valent la peine de prendre le risque. Ce sont les principales raisons de la chute d’une démocratie.

Conclusion

Les règles pour gouverner nous expliquent non seulement pourquoi certains hommes sont monstrueux et d’autres miséricordieux, mais aussi tout ce qui touche à la politique, des guerres aux aides internationales, des dynasties politiques à la corruption – ce dont nous pourrons parler une prochaine fois.

Mais pour l’instant, vous, aspirant dirigeant, vous pouvez vous sentir dégoûté du monde de la politique, et avoir décidé de l’ignorer complètement. Mais vous ne pouvez pas, car les dirigeants prennent plusieurs formes. Des rois, des présidents et des premiers ministres, d’accord, mais aussi des doyens, des parrains, des maires, des PDG, des chefs.

Ces règles s’appliquent pour tous et expliquent leurs actes, du PDG de la plus grosse multinationale qui doit satisfaire son conseil d’administration, jusqu’au président de la plus petite des associations de propriétaires, qui gère les votes et dépense les frais de cotisation. Vous ne pouvez pas échapper aux structures du pouvoir, vous ne pouvez que faire semblant de ne pas les comprendre.

Et si vous voulez voir le changement dont vous rêvez se produire un jour, il y a une règle 0 que vous ne pouvez pas ignorer. Sans pouvoir, vous ne pouvez agir sur rien. Vous n’aimez peut-être pas ces règles, mais il est certainement préférable que ce soit vous qui soyez sur le trône, plutôt que quelqu’un d’autre. Et qui sait ? Peut-être serez-vous différent.

Cette vidéo et ses suites sont largement basées sur « Le manuel du dictateur » par Bruce Bueno de Mesquita et Alastair Smith, qui est simplement le meilleur livre de politique jamais écrit. Vous y trouver