La dangereuse tromperie appelée la Présidence Trump


F. William Engdhal
F. William Engdhal

Par William Engdahl – Le 21 novembre 2016 – Source New Eastern Outlook

4353423423123Nous sommes à tout juste deux mois du commencement formel du projet appelé la Présidence Trump. Et pourtant déjà les espoirs et les fantaisies de la plus grande partie du monde transforment Donald Trump en quelque chose ou quelqu’un qu’il n’est définitivement pas. Malgré tout cela, Donald Trump est en fait un autre projet de la part des mêmes vieux patriarches ennuyeux, qui essayent encore et encore de créer un Nouvel Ordre Mondial qu’ils pourraient contrôler absolument, un Nouvel Ordre Mondial auquel l’un des proches soutiens de Trump s’est référé une fois sous le terme de « fascisme universel ». Ignorons la rhétorique parfois fine de certains de ses discours, les mots ne valent pas grand-chose. Si nous considérons plutôt l’agenda qui prend forme, dès ces premiers jours de la nomination du Cabinet, nous pouvons alors voir que Donald Trump endosse le même agenda de guerre et d’Empire global qu’Obama, comme Bush avant lui, comme Bill Clinton auparavant et comme le « tuteur » de Clinton, George H.W. Bush encore avant lui. Il n’y a pas de bons côtés dans ce que le monde va bientôt expérimenter avec le président Trump.


« Mesdames et Messieurs, c’est l’heure du spectacle ! » Aujourd’hui nous vous offrons Donald Trump. Il va vous dire précisément ce que beaucoup d’entre vous voulez entendre 1. Trump, l’homme de spectacle, va vous dire qu’il veut rendre l’Amérique grande à nouveau ; Trump va vous dire qu’il veut renvoyer au moins 3 millions d’immigrants illégaux au-delà des frontières du Rio Grande ; Trump va présenter une loi pour déclarer les Frères musulmans organisation terroriste ; Trump va ramener les emplois en Amérique depuis la Chine et les autres pays à bas salaires ; Trump va s’asseoir avec Poutine et travailler sur un accord afin de calmer les choses ; Trump va envoyer aux oubliettes l’accord sur le nucléaire avec l’Iran d’Obama…

Souvent durant sa campagne électorale, qui était plutôt une série hollywoodienne de série « D » plutôt qu’un honnête débat sur les idées et les politiques, le candidat Trump a produit des déclarations qui ont résonné dans l’esprit de la « majorité silencieuse », qui n’est plus constituée uniquement aujourd’hui de travailleurs aux cols bleus, mais aussi d’une classe moyenne déclassée dont les salaires ont décru en termes réels depuis les années 1970. Et Trump, comme un autre Président-acteur nommé précédemment, Ronald Reagan, possède le talent de se rendre lui-même sincère quand on l’entend.

Trump est-il une Révolution populaire ?

Nous devons à présent imaginer une seconde, que la « Patriarchie » (ces adorables vieux messieurs comme David Rockefeller ou George Herbert Walker Bush, ou d’autres que nous ne nommerons pas ici…), a été tellement submergée par le génie politique du candidat Trump, émergeant toujours plus puissant après chaque nouveau scandale, qu’elle a été surprise, laissée sur place, et s’est contentée de grogner en laissant faire.

La Présidence Trump a été planifiée et minutée en détail par eux-mêmes et leur think tanks [cercles d’influences, NdT]. Assez simplement, comme ils continuaient leur politique représentée par Hillary Clinton (des guerres et confrontations contre la Russie, contre la Chine, avec des révolutions colorées déstabilisant tout dirigeant politique opposé, qu’il s’agisse de Kadhafi, Moubarak ou même Poutine), ils ont vu qu’ils étaient en train de perdre du pouvoir sur de grandes parties du monde, essentiellement un pouvoir géopolitique.

Quand un Président d’une ancienne colonie américaine relativement petite n’a plus peur d’attaquer ouvertement un président américain en le qualifiant de « fils de pute », et déclarant en Chine la « séparation » de ses Philippines par rapport aux États-Unis, quand un pays après l’autre se rapproche d’une coopération économique et politique avec la Russie, avec la Chine et leur cohésion économique grandissante en Eurasie, autour de leurs grands projets d’infrastructures eurasiatique « Une Ceinture, Une Route » 2, il était clairement temps d’installer un Président en forme de Plan B.

Le plan B, c’est le magnat des casinos Donald Trump, équivalent à une table rase en politique : une personne possédée par le pouvoir avec un potentiel de chantage qui fait qu’il va pouvoir s’intégrer dans leur programme de leur point de vue [du point de vue de la Patriarchie], un « mâle Alpha » qui est assez doué pour faire peur aux gens.

Si nous devions utiliser des définitions psychologiques conventionnelles, je dirais que le mot sociopathe correspond : « un trouble de la personnalité antisociale caractérisé par un manque d’égard pour les standards moraux et légaux d’une culture donnée ». Le narcissisme serait un autre terme correspondant: « une extrême suffisance, avec une vision grandiose de ses propres talents et un désir désespéré d’être admiré ». Lisez à présent sa propre autobiographie et ses propres descriptions de ses bouffonneries passées avec son avocat populaire et mentor, Roy Cohn, au studio 54 bien connu pour son sniffage de cocaïne, et regardez de plus près la réelle histoire de sa vie, pas uniquement ce qu’il élude comme constituant des « conversations de vestiaire », tenues il y a onze ans avec Billy Bush 3. Il n’est certainement pas JFK ou Charles de Gaulle, il n’est pas même comparable…

Je déclare clairement ma conviction, et souvenez-vous en s’il vous plaît quand les politiques de cette Présidence Trump vont se dévoiler après le 20 janvier 2017, afin de voir si mes vues se seront avérées exactes ou pas : Donald Trump a été mis aux affaires pour préparer l’Amérique à la guerre, une guerre que les banques de Wall Street et le complexe militaro-industriel américain ne sont pas en position de gagner, économiquement ou industriellement ni même autrement : géopolitiquement. Son rôle va être de repositionner des États-Unis en leur faveur, de renverser la tendance d’une désintégration de l’hégémonie globale américaine afin, comme Dick Cheney et Paul Wolfowitz l’avaient énoncé dans leur rapport de septembre 2000 du Projet pour le nouveau siècle américain (PNAC), de « Rebâtir les Défenses de l’Amérique » 4.

Afin de préparer cela, une stratégie de tromperie qui va avoir pour but fatal d’affaiblir les liens profonds se développant entre la Russie et la Chine, sera une priorité. Elle a déjà commencé. Nous avons eu un appel amical du Donald à Vladimir le Terrible à Moscou. Les médias russes sont euphoriques au sujet de cette nouvelle ère des relations americano-russes après Obama. Et tout d’un coup, nous entendons le chef fauteur de guerre de l’OTAN, Stoltenberg, qui ronronne des mots doux à la Russie. Il flotte également l’idée que la membre du Congrès de Californie et connaissance de Poutine, Dana Rohrabacher, serait pressentie en tant que possible Secrétaire d’État.

Il s’agit là d’une classique géopolitique d’équilibre des pouvoirs « à la Kissinger » (le fait de s’allier avec le plus faible des deux ennemis mortels, la Russie, afin d’isoler le plus fort, la Chine). Nous pouvons tout de même présumer que Vladimir Poutine ne sera pas si naïf ou stupide pour tomber dans le piège, mais voilà l’intrigue ourdie par les manipulateurs de Trump. Une telle stratégie de prévention d’une coopération russo-chinoise grandissante a été appelée urgemment par Zbigniew Brzezinski dans ses déclarations de l’été dernier.

Parce qu’il a été sélectionné (et pas par nous, chers votants) pour jouer un rôle défini (pour changer de tactique 5 dans la domination mondiale, d’après les bases de la doctrine Bush-Wolfowitz posées dès 1992, afin d’empêcher 6 n’importe quelle nation aux groupes de nations d’Eurasie type de défier l’hégémonie de l’Unique Superpuissance américaine). La sélection de son cabinet et de ses conseillers politiques clés, est vitale. Ici nous pouvons d’ores et déjà voir se dessiner les contours du casting, à travers les personnages qui ont été choisis pour remplir ce jeu de théâtre appelé la Présidence Trump, et la nouvelle intrigue qui émerge afin de reconfigurer la stratégie de l’Unique Superpuissance.

La dramatis personae 7.

Alors que j’écris ces lignes, un certain nombre de personnes aux positions clés ont déjà été nommées. Sont inclus le général trois étoiles Mike Flynn en tant que conseiller à la Sécurité nationale [National Security Advisor] du Président ; le Membre du Congrès Mike Pompeo du Kansas en tant que directeur de la CIA ; Jeff Sessions en tant que ministre de la Justice et Stephen K. Bannon au sein d’un poste nouvellement créé au sein de la Maison-Blanche : Chef stratège [Chief Strategist] et conseiller senior du Président.

Dans cet article, je vais examiner de plus près le cas de Mike Flynn, l’ancien général trois étoiles qui va être le très important conseiller à la Sécurité nationale de Trump au sein de la Maison-Blanche.

Car jusqu’ici les blogueurs et analystes perspicaces ont accueilli le rendez-vous de Flynn avec des acclamations de joie. Ils citent son opposition au soutien américain sous couverture à l’État islamique et aux groupes terroristes islamiques comme le front al-Nosra d’al-Qaïda ; et on se rappelle qu’il a qualifié l’invasion de l’Irak en 2003 de « faute stratégique ». De plus, Flynn est opposé à la guerre rampante contre la Russie et a appelé, au lieu de cela, à mener la guerre contre État islamique et les autres organisations terroristes radicales. En fait, Obama a viré Flynn de son poste de chef de la DIA (Defense Intelligence Agency) lorsque ce dernier s’est opposé à la décision de président de mener en priorité la guerre anti-russe plutôt que la guerre anti-djihad, ayant appelé à une coopération avec le Président syrien Assad en vue d’y mettre fin 8.

La position de Flynn concernant la guerre contre l’EEIL, et on peut le présumer aussi contre la Confrérie des Frères musulmans si choyée par Hillary Clinton et l’administration Obama, n’est pourtant pas celle d’un homme de paix. Il s’agit plutôt d’un calcul froid en tant que militaire professionnel, un professionnel militaire qui préfère travailler avec le Likoud de Netanyahou afin de pousser en avant l’agenda mondial de la guerre.

Les déclarations de Flynn concernant Assad, l’EEIL et l’Irak, doivent être interprétées comme celles d’un spécialiste du Renseignement militaire, qui considère que la politique menée depuis des décennies par la CIA et le Pentagone, consistant à entraîner les terroristes des Frères musulmans et autres fanatiques, afin de mener par procuration les guerres de l’Empire, a engendré un mauvais retour de flamme. Non pas uniquement le coup d’État manqué le 15 juillet par la CIA contre la Turquie, utilisant les réseaux Fethullah Gülen, mais plutôt chacun des « I » soutenus par la CIA, depuis la guerre de la secrétaire d’État Clinton contre Moubarak, Kadhafi, contre la plus grande partie du monde islamique afin d’essayer d’imposer des régimes de terreur issus de la Confrérie des Frères musulmans, soutenus par les États-Unis et loyaux à Washington. Tout ceci a échoué. Et le contrecoup en termes d’effets a été de pousser la plus grande partie du monde loin de Washington et de leurs constantes guerres par procuration.

Un stratège militaire intelligent dirait alors qu’il est temps de changer de plan. Et voilà ce qu’est Flynn. Il va promouvoir un glissement dans la politique de Washington, prenant ses distances avec l’utilisation de la Confrérie des Frères musulmans et des organisations de terreur alliées pour s’engager plutôt dans une restauration plus intime et une pleine coopération avec le gouvernement d’extrême droite du Likoud de Netanyahou en Israël.

Walid Phares, le Conseiller de Donald Trump sur le terrorisme et les affaires moyen-orientales, a dit sur un média égyptien dans des commentaires rapportés par le bloc conservateur de Ben Shapiro, le Daily Wire, que Donald Trump allait soutenir les efforts visant à rendre hors-la-loi la Confrérie des Frères musulmans en tant qu’organisation terroriste, ce que l’administration Obama avait refusé avec véhémence et empêché le Congrès de faire 9.

Quiconque aura lu mon dernier livre, L’hégémonie perdue : celle que les dieux eux-mêmes détruiraient, saura que je ne suis pas un ami de la Confrérie des Frères musulmans, qui ont été impliqués dans une sombre alliance avec la CIA depuis les années 1950 10. Cependant la réalité n’est pas aussi simpliste que cela, « les ennemis de mes ennemis sont mes amis… » : Walid Phares, le Conseiller clé de Donald Trump’s sur le terrorisme et le Moyen-Orient, est aussi un membre senior d’un tout petit cercle d’influence pro-Netanyahou appelé la Fondation pour la défense des démocraties.

La Fondation pour la défense des démocraties ?

La Fondation pour la défense des démocraties (FDD), basée à Washington, fut créée dans le sillage du 11 septembre 2001 par un ancien directeur de communication du Comité national républicain (CNR [Republican National Committee – RNC]), Clifford May afin, comme il le déclare sur son site Internet, de « promouvoir le pluralisme, défendre les valeurs démocratiques et combattre les idéologies qui gouvernent le terrorisme ».

Le point notable au sujet de cette FDD, dont le membre senior Walid Phares guiderait le Président élu Trump pour le Moyen-Orient et le terrorisme, ce sont les flux financiers qui sont derrière. Elle a en effet été fondée et est financée par un groupe de milliardaires américains étroitement liés à Benjamin Netanyahou et son agenda géopolitique israélien. Les donneurs incluent le notoire Sheldon Adelson, magnat des casinos de Las Vegas et Macao qui, d’après la presse israélienne, a donné à la campagne de Trump quelque 25 millions de dollars dans ses derniers jours qui furent critiques 11. D’autres soutiens financiers de la FDD incluent un autre juif américain ayant une longue histoire de financement des organisations pro-israéliennes : Bernard Marcus, cofondateur du Home Depot ; les héritiers des whiskies Samuel et Edgar Bronfman ; les spéculateurs milliardaires de Wall Street Michael Steinhardt et Paul Singer, et Leonard Abramson, fondateur du système de soins américain (US Healthcare) 12.

Ce n’est donc pas une surprise que le principal cercle d’influence à avoir appelé à témoigner contre l’agenda d’Obama incluant un accord nucléaire avec l’Iran et la levée des sanctions ait été cette même Fondation pour la défense des démocraties, qui témoigna 17 fois contre ce « plan Iran ». Le directeur exécutif de la FDD, Mark Dubowitz, a même aidé à concevoir les sanctions ayant frappé le régime iranien et ses ventes de pétrole, qui furent mises en place en 2010.

De plus, la plupart des autres prises de position de la FDD font écho à celle du régime de Netanyahou à Tel-Aviv. Toby Dershowitz, qui passa 14 années à la tête de la communication de l’AIPAC, est également le vice-président de la FDD pour les relations avec le gouvernement et la stratégie 13. L’AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] (Comité pour les Affaires Publiques Israelo-Américaines), fut décrit par John Mearsheimer, professeur à l’Université de Chicago, comme « un agent du gouvernement israélien tenant à la gorge le Congrès des États-Unis par son influence et son pouvoir ». Trump fut invité en tant que conférencier externe en mars 2016, à la réunion annuelle de l’AIPAC 14.

Mike Flynn et Mike Ledeen

Revenons à présent au haut conseiller à la Sécurité nationale anti-Confrérie des Frères musulmans, Mike Flynn. Flynn, de concert avec le di