La crise énergétique et économique aux États-Unis approche


Par Gail Tverberg – Le 18 octobre 2017 – Source OurFiniteWorld

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On m’a récemment demandé de donner une conférence intitulée « La crise énergétique et économique américaine qui approche ». En d’autres termes, comment les États-Unis pourraient-ils rencontrer des problèmes qui mènent à une crise ? Comme nous le verrons, de nombreux problèmes qui pourraient mener à une crise (tels que la disparité salariale accrue et la difficulté de percevoir suffisamment d’impôts) sont des problèmes que nous commençons déjà à rencontrer.

Dans cet exposé, je discute d’abord du lien entre l’énergie et l’économie. Sans ce lien, il n’est pas logique de parler d’une crise en matière d’énergie et d’économie. Je discute ensuite de sept questions qui pourraient mener à une crise énergétique et économique aux États-Unis.


La croissance économique est étroitement liée à la consommation d’énergie

Si nous regardons les données mondiales, il est clair qu’il existe un lien étroit entre la consommation d’énergie et la croissance économique.

Diapositive 2

Sur une base pays par pays, on peut croire que nous avons atteint une nouvelle situation où un pays n’a pas vraiment besoin d’un approvisionnement énergétique croissant pour sa croissance économique.

Diapositive 3

Par exemple, sur la diapositive 3, la ligne récente presque verticale pour les États-Unis suggère que l’économie américaine peut croître sans presque augmenter sa consommation annuelle d’énergie. Cette situation plutôt étrange découle du fait que le calcul standard oublie l’énergie incorporée dans les biens importés. Ainsi, si les États-Unis veulent externaliser une grande partie de leur fabrication en Chine, la consommation d’énergie utilisée pour fabriquer ces produits apparaîtra dans les données de la Chine, et non dans les données des États-Unis. Cela donne au pays qui a sous-traité son industrie manufacturière un très bon ratio, à la fois en ce qui concerne sa consommation d’énergie et ses émissions de CO2.

L’achat de pétrole brut importé d’autres pays (comme depuis l’Arabie saoudite) est également utile pour réduire la consommation d’énergie, car il faut de l’énergie de divers types pour extraire le pétrole. Si l’extraction de pétrole a lieu en Arabie saoudite, en utilisant des tubes en acier provenant de Chine, l’énergie utilisée dans l’extraction apparaîtra dans les données de ces deux pays. Ni la Chine ni l’Arabie saoudite n’obtiennent autant de croissance économique, par rapport à leurs dépenses énergétiques, que les États-Unis. Afin de donner un sens à ce qui se passe, nous devons regarder le total mondial.

Diapositive 4

Nous voyons que la croissance de la consommation mondiale d’énergie suit un schéma qui n’est pas très différent de celui de la Chine. Sa croissance n’est pas « une verticale ». Il faut de plus en plus d’énergie pour créer des biens et services supplémentaires. Nous devenons un peu plus efficaces dans ce processus au fil du temps, mais l’énergie est vraiment nécessaire dans de nombreux domaines de l’économie :

  • Par les entreprises, pour créer des biens, tels que de la nourriture et des services, tels que des voyages pendant les vacances ;
  • Par les gouvernements, pour créer des routes, des écoles et d’autres services publics ;
  • Par des citoyens individuels, pour cuisiner, chauffer leurs maisons et pour leur transport.

L’économie mondiale est organisée sur la base des lois de la physique

Il existe de nombreux systèmes auto-organisés qui semblent se développer de leur propre chef en présence des sources d’énergie disponibles (c’est-à-dire dans des systèmes thermodynamiquement ouverts). Les plantes et les animaux sont des exemples de systèmes auto-organisés en croissance. Les ouragans, les écosystèmes et les étoiles sont aussi de tels systèmes. Les économies semblent également être de tels systèmes. Le nom donné à un tel système est un système dissipatif.

Diapositive 5 – Source

Je vois l’économie mondiale comme un jeu de construction pour enfants. Elle se compose de nombreux éléments différents, dont certains sont énumérés sur la diapositive 5. Une économie est auto-organisée dans la mesure où de nouvelles entreprises se créent lorsque certains entrepreneurs voient une opportunité. Les consommateurs décident quel produit acheter en fonction du produit qui répond le mieux à leurs besoins et en fonction du prix. Les gouvernements décident de modifier les lois et les niveaux d’imposition, en fonction du fonctionnement de l’économie à un moment donné.

Ce système se développe progressivement au fil du temps, à mesure que de nouveaux clients et des entreprises s’ajoutent. À mesure que de nouveaux produits et de nouvelles entreprises sont ajoutés, les produits et les entreprises qui ne sont plus nécessaires sont retirés. Par exemple, lorsque l’automobile individuelle a été inventée, il n’y avait plus besoin de nourrir et d’abriter un grand nombre de chevaux pour le transport. Ainsi, le système s’est auto-organisé pour éliminer les services nécessaires aux soins des nombreux chevaux utilisés pour le transport.

Note du Saker Francophone

James Howard Kunstler explique lui que ce sont les transports en commun avec des tramways électriques qui avaient pris le relai des chevaux. La voiture individuelle n'a été « imposée » qu'après un intense lobbying  des compagnies pétrolières pour imposer la voiture et démanteler  une grande partie des transports en commun.

Même si nous voulions nous débarrasser des voitures et revenir aux chevaux, nous ne pourrions vraiment pas le faire maintenant. Dans un certain sens, la structure montrée sur la diapositive 5 est creuse, car des capacités antérieures qui ne sont plus nécessaires tendent à disparaître. La nature creuse de l’économie fait qu’il est presque impossible de revenir en arrière si nous perdons en quelque sorte nos capacités existantes – pas assez de pétrole, ou un problème d’électricité, ou un problème commercial international, ou un problème financier. Au lieu de cela, nous devrons construire de nouveaux systèmes qui fonctionneront dans le nouveau contexte : épuisement des ressources, niveau de population très élevé, niveau de pollution important et sols dégradés. Le système auto-organisé existant risque de s’effondrer et seule une partie pourra être maintenue.

Voici un aperçu des objectifs de cette présentation.

Sept façons par lesquelles une crise économique américaine peut survenir

  1. Les prix du pétrole augmentent trop pour les consommateurs ;
  2. Les prix du pétrole tombent trop bas pour les producteurs ;
  3. Les prix de gros de l’électricité chutent trop bas à cause des distorsions causées par les vents intermittents et l’énergie solaire ;
  4. La bulle de la dette croît sous l’impulsion de taux d’intérêt très bas, puis s’effondre ;
  5. Les promesses de pensions de retraite ne peuvent plus être payées ;
  6. Le gouvernement américain ne peut pas percevoir suffisamment de taxes ;
  7. Le piratage persistant sur Internet limite son utilisation.

1. L’augmentation des prix du pétrole sera trop haut pour les consommateurs

Diapositive 7

La diapositive 7 décrit le problème qui préoccupe la plupart des gens : les prix du pétrole augmenteront trop pour les consommateurs. En fait, nous avons clairement eu des problèmes avec les prix élevés dans un passé récent. Les prix élevés en 2007 et au début de 2008 semblent avoir brisé la bulle de la dette qui existait à ce moment-là, comme je l’explique dans un article universitaire intitulé « Limites d’approvisionnement en pétrole et crise financière persistante ».

Peu de temps avant que les prix du pétrole ne recommencent à remonter à la fin de 2008, les États-Unis ont mis en place une politique d’assouplissement quantitatif (QE) visant à réduire les taux d’intérêt et à encourager ainsi davantage de dettes. Une dette supplémentaire avec des taux d’intérêt bas peut « gonfler » l’économie de plusieurs façons :

  1. Une partie de cette dette à faible taux d’intérêt peut être utilisée par les gouvernements pour financer des prestations de chômage et des projets tels que la construction de routes ;
  2. Une partie de cette dette à faible taux d’intérêt peut être utilisée par les entreprises pour ouvrir de nouvelles usines et donc embaucher plus de travailleurs ;
  3. Une partie de cette dette à faible taux d’intérêt peut être utilisée par les citoyens pour acheter une maison, une voiture ou une éducation à l’université.

C’est le fait de gonfler l’économie avec une dette à faible taux d’intérêt qui semble stimuler l’économie d’une manière qui augmente les prix du pétrole. Lorsque les États-Unis ont mis fin à la troisième et dernière phase de l’assouplissement quantitatif à la fin de 2014 (figure « QE3 américain final » dans la diapositive 7), l’action de gonflette a commencé à disparaître et les prix du pétrole ont rechuté.