La Corée du Sud forme une unité spéciale pour tuer le dirigeant nord-coréen


Par Andrei Akulov – Le 18 janvier 2017 – Source Strategic Culture

On a beaucoup parlé du programme nucléaire et des tests de missiles de la Corée du Nord. Une guerre totale est à peine envisageable et les perspectives de pourparlers sont assez sombres. Il est tout à fait possible que le problème soit résolu par le raid d’un commando. On livre des attaques visant à décapiter le sommet pour éliminer le gouvernement d’un adversaire afin de désorganiser ou de détruire sa chaîne de commandement au moment où une crise est sur le point d’éclater. La Corée du Nord et celle du Sud sont encore techniquement en guerre puisqu’elles ont signé un armistice mais pas un traité de paix à la fin de la Guerre de Corée en 1953.

La Corée du Sud est sur le point de finir la mise au point des plans soutenus par les États-Unis visant à éliminer le dirigeant nord-coréen Kim Jong Un. Elle forme cette année une brigade militaire spéciale chargée de supprimer le gouvernement de Corée du Nord puisque Séoul cherche des moyens de contrer le potentiel émergent des missiles nucléaires de Pyongyang.

Le ministre sud-coréen de la Défense Han Min-Koo a déclaré que l’unité spéciale connue sous le nom de plan de Châtiment et de représailles massifs de la Corée (KMPR dans son sigle anglais) pourrait lancer son attaque cette année. Sa première cible est le dirigeant de la Corée du Nord Kim Jong Un. L’opération serait placée sous le commandement de la Corée du Sud, mais des agents spéciaux américains prêtent assistance.

Le détachement spécial devrait compter 1 000 à 1 200 hommes. Il sera formé sur le modèle des Forces d’opération spéciales étasuniennes (SOF dans leur sigle anglais) pour inclure des soldats de l’Armée sud-coréenne, de la Marine et de l’Aviation. Un officier sud-coréen de haut rang, spécialiste de la guerre, dirigera l’unité qui fonctionnera sous le commandement conjoint des forces d’opération spéciales de Séoul et Washington si une guerre éclate.

Les SOF américaines prendront leurs ordres auprès du commandant de la brigade.

Ce n’est pas la première « unité de décapitation » constituée en Corée du Sud. Il a été rapporté en mars 2016 que le Corps des marines de Corée du Sud formait une nouvelle unité chargée de mener des opérations spéciales en Corée du Nord pour parer à toute éventualité. En temps de guerre, la mission principale du nouveau régiment, nom de code Spartan 3000, sera de détruire les « installations militaires clés à l’arrière du Nord pendant les événements imprévus ». La nouvelle unité pourra opérer pendant 24 heures au niveau du régiment.

Au cours des exercices militaires annuels Key Resolve et Foal Eagle de 2016, les forces américaines et sud-coréennes ont exécuté pour la première fois l’OPLAN 5015, un plan classifié de guerre signé en 2015, qui comprend des frappes chirurgicales contre les installations nucléaires, de missiles et de commandement de la Corée du Nord. Il a expressément appelé à des raids de « décapitation » par les Forces spéciales pour neutraliser les hauts dirigeants de la Corée du Nord.

Le plan KMPR  — que Séoul déclare nécessaire en guise de dissuasion nucléaire – faisait partie du rapport politique du ministre de la Défense Han Min Koo au Premier ministre Hwang Kyo-ahn, devenu responsable du gouvernement après la destitution de la présidente Park Geun-hye dans le cadre d’un scandale de corruption. Initialement prévue pour être accomplie en 2019, l’opération a été avancée parce que la Corée du Nord a accéléré son programme nucléaire.

Selon l’agence de presse Yonhap, la Corée du Sud a déjà conçu un plan pour anéantir la capitale nord-coréenne de Pyongyang par des bombardements intensifs au cas où le Nord manifesterait le moindre signe d’attaque nucléaire. La source a déclaré que toute campagne utiliserait des missiles balistiques sol-sol Hyunmoo 2A, 2B et Hyunmoo 3, qui ont respectivement des portées de 300 km (185 miles), 500 km (310 miles) et 1000 km (620 miles), pour pulvériser la capitale du Nord.

Les exercices militaires conjoints États-Unis–Corée du Sud intègrent des simulations de frappes préventives de « décapitation » ciblées visant à assassiner le dirigeant nord-coréen et à renverser son gouvernement en cas de crise.

Selon Strategic Digest 2016, une publication de la USFK J5 Strategic Communication Division [Division communication stratégique des forces étasuniennes en Corée du Sud J5] , « la faculté de tirer parti d’une capacité de réponse à une crise avec les Forces d’opération spéciales opérationnelles ou d’utiliser une combinaison unique de capacités d’opérations spéciales offre à l’armée américaine et aux dirigeants nationaux des options stratégiques pour dissuader ou vaincre les menaces asymétriques de la Corée du Nord ». Il y aura plus d’exercices conjoints en 2017.

Cette nouvelle a fait les gros titres des grands médias bien qu’il n’y ait rien de vraiment nouveau ici. Les forces spéciales étasuniennes et sud-coréennes ont commencé à s’entraîner ensemble depuis qu’elles ont mené un exercice Teak Knife commun en 2013. Elles se sont régulièrement entraîné ensemble ces trois dernières années à Fort Bragg, en Caroline du Nord. Elles utilisent aussi l’infrastructure du Commandement spécial de l’armée sud-coréenne (ROK-SWC dans son sigle en anglais).

En fait, l’élimination par des unités spéciales d’un seul homme ou d’un groupe de gens représentant les dirigeants de la Corée du Nord n’est guère possible. Dans le cas de la Corée du Nord, cela ne peut être seulement une opération éclair d’infiltration pour éliminer un groupe de gens. Les forces opérationnelles spéciales doivent repartir, l’infrastructure militaire doit être attaquée pour empêcher des représailles. D’autres actions devraient être entreprises pour garantir que la « décapitation » cause vraiment des ravages dans l’arrière-cour nord-coréenne.

Ce ne sera pas une sinécure. Contrairement à l’Afghanistan, par exemple, des activités bien coordonnées devront être conduites dans le silence radio. La Corée du Nord est fortement déboisée, ce qui complique les opérations des hélicoptères. Les points de contrôle situés dans les montagnes peuvent surveiller de vastes étendues de terrain, empêchant les mouvements des forces opérationnelles spéciales.

Même si Kim et ses proches collaborateurs étaient tués, il y en aurait d’autres pour prendre la relève. Et si le plan de « décapitation » ne répond pas aux espérances, l’armée sud-coréenne soutenue par les États-Unis devra affronter une force armée comprenant 950 000 soldats, 5 500 chars, 2 200 véhicules de combat d’infanterie, 8 600 pièces d’artillerie et 4 800 systèmes de lance-roquettes multiples. La Corée du Nord revendique 100 000 hommes dans ses forces d’opération spéciales bien entraînés et l’un des plus grands arsenaux biologiques et chimiques au monde. En comparaison, l’inventaire de l’armée sud-coréenne comprend environ 2 500 chars, 2 700 véhicules blindés de combat, 5 800 pièces d’artillerie, 60 systèmes de missiles guidés et 600 hélicoptères. Ces immenses forces se heurteront avec des conséquences imprévisibles.

La fuite de l’information sur les opérations projetées par les SOF a peut-être eu lieu pour intimider la Corée du Nord. Elle pourrait avoir l’effet inverse, provoquer Pyongyang à renforcer ses capacités guerrières ainsi que son idée que son potentiel nucléaire est indispensable à sa survie. Il n’est pas garanti que le plan sera un succès. Souvenez-vous de l’amère expérience américaine en Iran (Operation Eagle Claw en 1980) et de l’échec du raid éclair des États-Unis en Somalie – la Bataille de Mogadiscio ou Le Jour des Rangers – en 1993.

Il est important de mentionner un autre aspect du problème. Supposons que les plans se déroulent comme prévu et que la Corée du Nord soit ravagée. L’une des conséquences sera un immense afflux de réfugiés en Corée du Sud, au Japon, en Russie et en Chine. En outre, il faudrait des milliards de dollars pour remettre l’économie plongée dans le marasme sur les rails. Qui paiera la facture ? Tout cela amène à la conclusion que l’effondrement de la chaîne de commandement nord-coréenne pourrait être plus dangereuse que la préservation de celle-ci.

Supposons que les deux Corées se réunifient, le coût sera immense. La Corée du Sud sera difficilement capable d’en supporter le fardeau.

Cela dit, il n’y a rien de mieux que le retour aux pourparlers à six dans un effort pour trouver un arrangement et éviter l’usage de la force. La Corée du Nord pourrait essayer d’introduire graduellement des réformes économiques si une aide internationale lui est fournie à la condition qu’un mécanisme de vérification soit instauré pour assurer que le programme n’est pas utilisé dans des buts militaires. Les efforts internationaux n’ont pas été épuisés. Les États-Unis, la Russie et la Chine n’ont pas vraiment utilisé tout leur potentiel diplomatique. Ils devraient se rejoindre dans un effort pour influer sur les événements. C’est le cas lorsque la force doit vraiment être exercée en dernier recours.

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone