Jean-Loup Izambert – 56 – 1/2


Par Hervé – Source le Saker Francophone

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Jean-Loup Izambert

Après Trump face à l’Europe, le journaliste Jean-Loup Izambert revient avec un nouveau livre, 56, en deux tomes dont je vous propose de découvrir le premier. L’auteur n’y va pas par quatre chemins et donne le ton en quatrième de couverture. « Dirigeants politiques et hauts fonctionnaires à la tête de l’État français, ils soutiennent des criminels et des terroristes. Hier ils ont protégé certains d’entre eux des recherches d’Interpol, aujourd’hui ils en soutiennent d’autres pour renverser le gouvernement syrien ».

56 - Tome 1Ce livre est une mise en accusation de l’État français dans cette guerre en Syrie. Il articule des retours historiques avec des notes d’informations et des documents officiels d’Interpol pour étayer son argumentaire. L’auteur montre comment notre État cultive littéralement des souches islamistes pour en envoyer les fruits empoisonnés au Moyen-Orient déstabiliser les pays du monde arabe qui ne sont pas alignés sur l’atlantisme revendiqué par certaines élites parisiennes. On retrouve par exemple des informations historiques étonnantes comme des camps d’entraînement en France, organisés déjà par les nazis avec les Frères musulmans pour lutter contre les partisans en Yougoslavie. Un journaliste allemand a été condamné récemment à six mois de prison pour avoir publié la photo d’Hitler avec le grand mufti de Jérusalem – comme quoi la vérité est toujours aussi mal venue quand elle gêne les puissants.

Jean-Loup Izambert nous fait voyager à travers toute l’Europe et le Moyen-Orient à la poursuite d’une incroyable liste d’acteurs de l’ombre à cheval entre religion, grand banditisme et terrorisme politique. Il explique à chaque fois le parcours de l’individu, ses liens avec la mouvance islamiste, ses contacts avec les États, notamment la France où des terroristes seront reçus à l’Élysée par François Hollande ou encore à l’Assemblée nationale, en toute décontraction.

L’élément le plus caricatural est sans doute ce fameux Observatoire syrien pour les droits de l’homme où quelques personnes, dont un certain Ali Suleiman alias Rami Abdel Rahmane, en Angleterre, soutenu par le MI6 qui prétend donner la vérité depuis un bureau à Londres sur la situation très complexe en Syrie, le tout repris complaisamment par l’AFP ou Reuters.

On peut voir aussi apparaître tous les États impliqués dans cette guerre, la Turquie, l’Arabie saoudite, les USA, la Russie, Israël et tant d’autres sans compter les tribus locales, les Kurdes, des querelles de personnes, des réseaux mafieux, l’histoire du panarabisme, l’ombre de la guerre des Six jours.

Les dernières années du conflit ont montré un virage notable avec la livraison d’armes aux djihadistes en ligne quasi directe du « Camp du Bien », notamment de la France, au mépris total du droit international. Il faudra beaucoup de temps et de patience pour reconstruire le droit international si tant est qu’on puisse le faire tant le concept de guerre éternelle semble devenue la norme dans certains milieux.

C’est un livre extrêmement riche en noms, en détails opérationnels, en descriptions de réseaux. Pour ceux qui suivent la situation d’un peu loin, vous y trouverez beaucoup d’informations pour vous convaincre de la réalité de ce qui se passe dans l’ombre. La simple énonciation de ces détails dans les médias de masse suffirait à ébranler l’État français, on comprend que l’accès à ces médias soit verrouillé à double tour.


Interview de Jean-Loup Izambert du 20 septembre 2017

– Bonjour Mr Izambert. On vous connaît sur notre site avec la présentation de votre précédent ouvrage, Trump face à l’Europe. Comment ce livre 56 est-il lié au précédent ?

Jean-Loup Izambert : – J’ai écrit Trump face à l’Europe entre les deux tomes de 56 et ces trois ouvrages sont liés. L’actualité, avec l’élection de Donald Trump, m’y a poussé. Il était nécessaire de rappeler la réalité de la politique étasunienne contre l’Europe comme la nature du pouvoir politique de Washington. Trump face à l’Europe traite des guerres menées par « le pays de la guerre » contre l’Europe pour empêcher le versant Ouest de la petite Union dite « européenne » de retrouver son grand espace, son cœur, sa pleine puissance continentale. Depuis 1990, les dirigeants étasuniens ont la hantise de voir l’Europe occidentale et centrale développer leurs liens naturels, géographiques, historiques, culturels, politiques, économiques avec la première puissance en devenir de  notre continent qu’est la Fédération de Russie.

C’est la raison pour laquelle ils mènent de front plusieurs guerres – économique, financière, médiatique, diplomatique, militaire – contre les principaux pays d’Europe, de Paris à Moscou, de Stockholm à Athènes. Les flux migratoires qu’ils ont favorisés en ouvrant par la guerre deux corridors de déportation de populations, la « filière Méditerranée » au sud suite à la guerre contre la Libye, la « filière des Balkans » à l’est par le Kosovo avec la guerre contre la Syrie, participent à la déstabilisation des principaux pays de la petite Union « européenne ». Les dirigeants atlantistes au pouvoir en France non seulement s’alignent sur cette politique destructrice mais y contribuent politiquement, économiquement, diplomatiquement et militairement. À cette fin, les dirigeants de ces pays instrumentalisent également des groupes terroristes pour détruire les États qui s’opposent au pillage de leurs richesses. Les deux tomes de 56 traitent plus particulièrement du rôle joué par des dirigeants français, tantôt pour protéger, tantôt pour soutenir des organisations criminelles.

C’est un processus en cours depuis les années quatre-vingt dix que je qualifie d’« amitiés franco-terroristes ». Bien évidemment, vous y retrouvez la présence des dirigeants de Washington, pliés de rire de voir leurs homologues français faire le « sale boulot » à leur place. Pour s’approprier de « nouveaux territoires économiques », les sociétés transnationales ont besoin de l’intervention de l’État, avec leur armée en dernier recours si nécessaire, afin d’abattre les gouvernements qui entravent leur pillage. Bien entendu, dans ce système économique qui ne repose que sur l’accumulation de profits par la caste mondiale des ultra-riches, elles se livrent entre elles à d’autres guerres afin de se disputer la plus belle part du « gâteau » pour lequel elles sont en concurrence. Je décris ce processus dans Trump face à l’Europe avec plusieurs témoignages et exemples. Dans les deux tomes de 56 je m’arrête plus particulièrement  sur l’instrumentalisation du terrorisme par des dirigeants français.

– Vous liez le réseau des Frères musulmans dans les années 1990 à une forme de pillage via un néocolonialisme ? Est-ce que cette notion de pillage ne sur-détermine pas l’histoire des implications occidentales au Moyen-Orient depuis le XIXe siècle.

Oui, les dirigeants des Frères musulmans ouvrent les portes du monde arabe au pillage des sociétés transnationales occidentales. Pour comprendre comment et pourquoi, il faut s’arrêter sur l’historique du développement de leurs réseaux, y compris en Europe. Sans entrer ici dans les détails comme l’ont fait différents chercheurs et historiens arabisants tels Olivier Carré et Gérard Michaud dans leur ouvrage Les Frères musulmans (Editions Gallimard) ou le journaliste Ian Johnson avec son investigation Une mosquée à Munich (Editions JC Lattès), qui sont ces Frères musulmans qui se prétendent « au service de l’Islam » ?

Leurs premières organisations ont vu le jour à partir de l’Égypte où est né leur mouvement en 1928 pour lutter contre le colonialisme anglais, les répressions et la misère. Agissant sous la bannière de la religion musulmane, ils vont progressivement s’implanter dans tous les pays arabes. Mais, ils vont très vite devenir une organisation politique qui, forte de son influence dans les couches les plus pauvres de la société, va d’abord composer et louvoyer avec les bourgeoisies nationales puis, plus tard, tenter de s’emparer du pouvoir par la force pour imposer leur dictature religieuse. Dès 1929, les premiers dons qu’ils reçoivent en Égypte viennent de la Compagnie du Canal par laquelle les Anglais contrôlent le canal de Suez. Par la suite, nombre de leurs principaux dirigeants, exceptions faite de certains d’entre eux comme le Syrien Issam al-Attar, se mettront toujours au service des impérialistes.

Mais ce sont les années 1945-1950 qui commenceront de mettre à jour la duplicité des dirigeants des Frères musulmans. Publiquement, ils appellent les masses à se révolter contre l’injustice et l’occupant étranger, dans la coulisse ils pactisent avec les bourgeoisies des puissances impérialistes contre les peuples arabes. Cette condamnation des traîtres à la « nation arabe » ne doit pas nous faire oublier que des musulmans comme le Tatar Mirsaid Sultan Galiev ont été des révolutionnaires dont la pensée continue de faire débat près de quatre-vingt ans après leur mort. N’oublions pas non plus que communistes et musulmans manifestaient ensemble dans les années 1920 puis, plus tard, en 1948 en Égypte, face au parti Wafd, contre la gouvernement et les Anglais.

Entre temps, lors de la Seconde Guerre mondiale ils collaboreront avec les Allemands. Leur premier grand recrutement, organisé par les Frères, se fera avec les nazis pour former une division SS de vingt et un mille soldats musulmans venus de plusieurs pays arabes et des Balkans encadrée par des mollahs et des imams, la division Waffen SS Handschar. Regroupée en France dans le Massif  central dans un premier temps, elle sera répartie sur les départements du Puy-de-Dôme, du Cantal, de la Haute-Loire, de l’Aveyron, de la Lozère et de la Corrèze où ses combattants seront entrainés. Puis elle sera ensuite exportée sur les Balkans où elle se livrera à des crimes de masse et tentera, sans succès, de venir à bout de la résistance communiste. À la fin de la guerre, refusant de coopérer avec les autres forces sociales engagées dans la lutte anti-impérialiste et révolutionnaire, la plupart des dirigeants des Frères musulmans se mettront au service de la CIA contre l’influence grandissante des mouvements communistes et nationalistes arabes.

Instrumentalisant leurs dirigeants, les services étasuniens les conduiront à s’opposer aux forces révolutionnaires de peur qu’un front commun avec celles-ci ne les chasse des pays dont ils convoitent les richesses. C’est la période de leur implantation en Europe à partir de l’Angleterre, de l’Allemagne et de la Suisse. Le second grand recrutement sera celui opéré dès la première guerre d’Afghanistan, de 1979 à 1992, pour mettre des troupes de dizaines de milliers de combattants au service des occidentaux afin d’abattre la République démocratique d’Afghanistan. Un troisième recrutement sur plusieurs pays arabes aura lieu à la fin des années 1980, essentiellement avec le soutien de l’Arabie saoudite, pour mettre des groupes de combattants à disposition des milices politico-mafieuses de l’UCK. Il s’agit alors, avec le soutien de la CIA et de l’OTAN, d’éclater la République fédérative socialiste de Yougoslavie en plusieurs États. Le quatrième grand recrutement sera celui opéré en 2010-2011 pour former des brigades de mercenaires afin de renverser le gouvernement libyen, puis le gouvernement syrien. Les services étasuniens, anglais, français, turcs, jordaniens seront, avec ceux des dictatures du golfe Persique, les principaux acteurs de ces deux guerres d’agression. Depuis les années 1940, à qui ont profité toutes ces guerres dans lesquelles ils jouent à la fois le rôle de recruteurs et de martyrs en répandant la terreur et la mort ? Certainement pas aux peuples mais aux anciennes puissances coloniales et à leurs sociétés transnationales. Partout où vous avez eu les Frères musulmans au pouvoir dans des pays du Proche-Orient, même peu de temps comme en Tunisie ou en Égypte, les peuples ont rapidement régressé, la misère déjà grande s’est encore accrue tandis que les sociétés transnationales occidentales se sont enrichies et que les bases militaires US se sont implantées.

– Faut-il parler de pillage ou peut-on aussi parler de capitalisme et du fait « que la terre (les ressources) appartient à qui en tire le meilleur rendement » comme le dit justement Hervé Juvin dans son livre « La grande séparation » ?

Ce pillage est le résultat de décisions planifiées par les directoires des sociétés transnationales occidentales pour s’approprier ce qu’elles appellent de « nouveaux territoires économiques ». Elles ont besoin à cette fin de l’intervention de l’État qui peut aller d’actions diplomatiques à la guerre en passant par des sanctions économiques et financières et autres opérations de déstabilisation. Je traite de ces plans préparés longtemps à l’avance dans Trump face à l’Europe avec les témoignages de plusieurs intervenants, notamment celui de John Perkins qui fut l’un des ces « assassins financiers » au service de transnationales étasuniennes ou de celui du professeur Michel Chossudovsky directeur du Centre de recherche sur la mondialisation (www.mondialisation.ca). « Le meilleur rendement », mais comment et au profit de qui ? Pour les grands propriétaires privés de la finance et de l’économie, « le meilleur rendement » est le seul rendement financier, celui qui leur permet d’assurer leur enrichissement colossal et de préserver leur système et leurs privilèges. Peu importe les conséquences de leur course effrénée au profit maximum immédiat, qu’elles soient humaines, environnementales ou autres. Il leur faut détruire systématiquement toutes les structures étatiques qui s’opposent à leurs pillages.

A l’opposé, dans une société socialiste, « le meilleur rendement » est celui qui permet l’exploitation des ressources de la planète, la mob