2008 – Seul le premier renoncement ne coûte pas


Par Jean Piniarski − Janvier 2018

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Retour en arrière. Mai 2005, référendum en France sur la Constitution européenne. Malgré la position nette du parti au pouvoir, tendance de droite et tendance dite de gauche à l’époque, sauf quelques réfractaires actifs, malgré les médias – quasiment tous portent l’étendard du « oui » – le « non » l’emporte. Le peuple a exprimé sa décision : plus de 15 millions de Françaises et Français ont dit « non » au projet.

Embarras, consternation chez ceux qui travaillent depuis des années à amener la France, pieds et poings liés, à Bruxelles.

Avançons. Après une période d’observation, les manœuvres d’encerclement reprennent. Il s’agit de présenter à l’opinion publique le projet de réunir le Congrès pour adopter un traité de l’UE d’une part et un traité de fonctionnement de l’UE d’autre part (en fait la Constitution scindée en deux parties). Comme les grands médias sont des organes de promotion du projet, les opposants sont inaudibles.

Lundi 4 février 2008. Le Congrès se réunit. La droite et le centre en majorité approuvent le projet, la gauche socialiste se divise entre pour, contre et abstention. Les opposants sont minoritaires. Une majorité d’élus au Congrès accepte de contourner les électeurs. Les articles de la Constitution européenne sont ainsi acceptés de manière détournée par le congrès, en violant les résultats du référendum de 2005. Le Conseil constitutionnel approuve également. Dans les médias, c’est le soulagement de la revanche. On attend.

Pardonnez-moi de poser cette question dérangeante, mais il faut la poser pour comprendre la suite, me semble-t-il : combien de Françaises et de Français alors ont protesté ? Combien ont écrit à leurs représentants élus, maires, députés, pour les informer de leur opposition à la censure du vote du peuple par le Congrès ? Combien ont manifesté ? Plus de 15 millions de Françaises et Français qui avaient voté « non », en acceptant d’être pris pour des irresponsables par les quelques élus du Congrès, ont laissé choir la République. Mais les 12 millions qui avaient voté « oui » sont aussi devenus, par leur silence, les complices du renoncement au choix démocratique.

Et ce premier renoncement a été un signe.

Comment ? Le peuple de France accepte de se laisser mener de cette manière ? Le peuple de France est devenu soumis à ce point ? Pas de protestations massives ? Très bien.

Parfait, nous pouvons continuer. Et même accélérer, déshabiller le pays, détricoter les lois, les noyer dans les règlements européens, invoquer le redressement de l’économie – elle sombre depuis des décennies et continuera bien de sombrer. Tous les prétextes sont bons et peu importe lesquels sont employés. Peu importe parce qu’on sait que le peuple de France n’existe plus. Car il n’existe que lorsqu’il fait vivre les institutions de la République.

Une fois réalisé ce premier renoncement fondamental, l’abandon de la décision prise par référendum, il est clair que depuis, toute tentative, par les citoyens, de changer le processus en cours au sujet de telle loi ou de tel règlement n’est que velléité. Elle ne peut venir que de quelques opposants épars, qui s’attachent à des points de détail, comme on chercherait à ralentir le développement d’une maladie mortelle en s’attaquant aux seuls symptômes. Rien de cela ne peut compter. Détruire ce qui reste debout, se servir, sont désormais les seuls mots d’ordre.

Presque dix ans sont passés. Regardez plusieurs décennies en arrière si vous le pouvez (il faut pour cela cesser de prendre les doses journalières d’anesthésique télévisé). Voyez combien ce pays était libre, prospère, travailleur, original, sain, avec son esprit gaulois chauvin mais généreux. Regardez ce qu’il en reste, entravé, muselé, soumis, agité par le tic du « faire américain ».

Jusqu’à quand les millions d’habitants de ce pays accepteront-ils de se laisser diviser et de reculer ? Pour réagir, il faut d’abord prendre conscience. Pourquoi ne pas commémorer chaque année le 4 février, l’anniversaire du traquenard que seuls des esprits distraits pourraient qualifier de coup d’État parlementaire ?

Jean Piniarski

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