Par Brandon Smith − Le 30 mars 2026 − Source Alt-Market
La dernière fois que les marchés énergétiques mondiaux ont connu un choc similaire à celui que nous pourrions voir cette année, c’était lors de l’embargo pétrolier arabe de 1973. Alors que les tensions s’intensifiaient pendant la guerre du Yom Kippour, lorsque la coalition arabe lança une attaque surprise contre Israël, les pays de l’OPEP unirent leurs forces pour couper l’approvisionnement en pétrole des alliés d’Israël, y compris les États-Unis. Cela gelait environ 15 % des exportations de pétrole vers l’Amérique, déclenchant la spéculation sur les marchés, la thésaurisation et l’inflation des prix.
La contagion s’étendit aux marchés asiatiques, qui dépendaient depuis longtemps du Moyen-Orient pour leurs ressources énergétiques. Cela ralentit la capacité industrielle et de nombreux gouvernements imposèrent un rationnement et un contrôle des prix.
Les images de longues files de voitures aux stations-service et de personnes remplissant des bidons supplémentaires restent gravées dans la mémoire collective de tous ceux qui ont vécu cette époque. Cependant, la véritable menace pour les États-Unis n’était pas la pénurie d’approvisionnement, mais plutôt la perspective d’un effet domino sur les marchés.
La stagflation, associée aux vulnérabilités de la chaîne d’approvisionnement, a été exacerbée par la panique publique. Les marchés boursiers ont également plongé en territoire de récession dans l’attente d’un ralentissement industriel. L’embargo n’a duré que cinq mois, mais les dégâts ont été considérables.
La situation a considérablement changé depuis les années 1970. Les États-Unis sont bien moins dépendants des ressources énergétiques du Moyen-Orient, même si tout choc affectant le commerce mondial du pétrole peut se répercuter et affecter les marchés américains. De plus, les producteurs de pétrole arabes sont désormais largement alliés aux États-Unis, ce qui signifie qu’il y a moins de risque d’un arrêt prolongé dû à un conflit.
Dans le cas du détroit d’Ormuz, les dommages directs pour les États-Unis sont minimes. Seuls 7 % de l’ensemble des livraisons de pétrole vers les États-Unis transitent effectivement par l’Ormuz, et le pétrole vénézuélien contribue à combler ce manque. Le danger le plus grand réside dans la globalisation et le système commercial interdépendant.
Par exemple, des alliés des États-Unis comme l’Australie, l’Inde, le Japon et les Philippines sont fortement exposés à la fermeture du détroit d’Ormuz. L’Australie est actuellement à un mois d’une pénurie d’approvisionnement et le pays n’a pratiquement aucune réserve. Les Philippines ont déjà déclaré l’état d’urgence et mis en place des politiques de rationnement ; elles disposent peut-être de deux mois de réserves d’urgence. Le Japon puise actuellement dans ses réserves stratégiques de pétrole et augmente sa production d’électricité à partir du charbon.
La Chine est très exposée, 15 % de ses approvisionnements en pétrole provenant directement des puits iraniens et environ 35 % de son approvisionnement total transitant par le détroit d’Ormuz. La Chine dispose d’environ quatre mois de réserves avant que la crise ne la frappe de plein fouet.
La plupart des pays asiatiques qui dépendent du pétrole et du gaz naturel transitant par le détroit d’Ormuz ont environ deux mois avant de voir apparaître une panique générale et de longues files d’attente aux stations-service, comme en 1973.
L’Iran affirme qu’il a l’intention de laisser passer les « navires non hostiles » dans le détroit, mais il a intercepté plusieurs navires chinois cette semaine après cette annonce. Il est probable que les conditions de guerre perdurent pendant au moins un mois supplémentaire et, dans le pire des cas, le détroit d’Ormuz pourrait rester fermé bien au-delà de la date butoir pour de nombreux pays à risque. Plus la guerre dure, plus le risque d’un effet domino sur les marchés est grand.
J’ai remarqué qu’il existe des « pronostiqueurs » à la solde de certains qui ajoutent leur propre touche de propagande à ces événements, notamment en avançant l’idée que l’Occident est au bord de l’effondrement à cause de la fermeture du détroit d’Ormuz. En réalité, l’Orient est bien plus exposé économiquement que l’Occident à cette guerre. Cela dit, il existe des risques pour les États-Unis, et ceux-ci dépendent de la durée du conflit.
Crise énergétique, dangers électoraux et guerre économique mondiale
Comme je l’ai noté en octobre 2024 dans mon article « The Atlantic Council a de grands projets pour une guerre entre les États-Unis et l’Iran », les globalistes ont déployé des efforts concertés pour entraîner les Américains et les Européens dans des conflits à long terme avec l’Iran et la Russie. Comme je l’ai noté en 2024 :
Les médias traditionnels rapportent que l’Iran a piraté les stratégies électorales de la campagne Trump et les a transmises au camp Harris. Des rumeurs diffusées par les agences de renseignement américaines affirment également que l’Iran travaillait à l’assassinat de Trump. Ces allégations sont-elles vraies ? Il existe peu de preuves publiques pour les étayer.
Peut-être que l’Iran souhaite réellement faire tomber Trump. Ou peut-être que cela fait partie d’un complot visant à s’assurer que Trump soutienne une guerre totale contre l’Iran s’il remporte l’élection. Trump a déclaré à plusieurs reprises qu’il avait l’intention de mettre fin à la guerre en Ukraine dès son retour à la Maison Blanche. Cela ruinerait plus d’une décennie de planification de la part de The Atlantic Council. Mais que se passerait-il s’ils parvenaient à entraîner les États-Unis dans un autre conflit présentant le même potentiel de guerre mondiale ? C’est ce qu’est l’Iran : un autre pivot…
Je tiens à souligner que la « guerre mondiale » peut prendre de nombreuses formes. Il pourrait s’agir d’une guerre utilisant des armes économiques plutôt que nucléaires. Il pourrait s’agir d’une série de guerres par procuration qui s’intensifient et s’étendent.
Le théâtre ukrainien sert de guerre par procuration dans laquelle la Russie s’engage indirectement avec l’OTAN, et la Russie est désormais contrainte de maintenir sa posture militaire bien plus longtemps que prévu, à un coût bien plus élevé. L’Iran a le potentiel de devenir une autre Ukraine, mais une Ukraine dans laquelle les États-Unis seraient piégés, contraints de dépenser des ressources militaires et économiques tandis que la Russie et la Chine en prolongeraient les coûts.
Dans mon article de juin 2025, « Le piège iranien : tout le monde veut que les Américains mènent leurs guerres à leur place », j’avais prédit :
L’Iran recevra des armes et des renseignements en abondance de sources russes, prolongeant ainsi le conflit…
Le Kremlin a en substance admis que c’est déjà le cas. L’Iran a fait preuve d’une précision inhabituelle lors de certaines frappes de missiles, précisément parce qu’il a accès aux renseignements satellitaires et aux données de ciblage russes. Les Russes pourraient très bien diriger les opérations stratégiques de l’Iran, pour autant que nous le sachions. J’ai également fait valoir que :
Sur le plan politique, il y aura un profond clivage entre les conservateurs pro-israéliens et les conservateurs anti-guerre. Trump perdra une grande partie de sa base électorale si les États-Unis déploient des troupes. Les Américains détestent peut-être suffisamment les gauchistes pour que cela n’ait pas d’importance en 2026, mais ils ne vont pas non plus laisser les néoconservateurs s’en tirer à bon compte.
En d’autres termes, l’une des plus grandes catastrophes qui pourrait frapper les États-Unis à la suite de cette guerre est que des Démocrates et des gauchistes idéologiquement dérangés regagnent suffisamment d’influence politique après les élections de mi-mandat pour faire échouer toute réforme concrète et finir par ramener le cauchemar wokiste dont nous avons été témoins sous l’administration Biden. Si cela se produit, des troubles violents de grande ampleur en Amérique seront inévitables. Sans compter que la guerre avec la Russie en Ukraine sera de nouveau d’actualité.
Pour de vastes régions d’Asie, le désastre sera immédiatement palpable, avec notamment une implosion économique, un rationnement et probablement des troubles civils. Et, grâce à la globalisation, la crise économique en Asie a le potentiel de se propager aux économies occidentales.
Les pays des BRICs ont perdu une grande partie de l’influence qu’ils exerçaient sur le dollar américain il y a dix ans (les réserves de dollars et de bons du Trésor de la Chine ont été réduites de moitié et les exportations de la Chine vers les États-Unis ont considérablement baissé), mais ils peuvent encore mener une guerre économique suffisante par le biais de perturbations commerciales pour semer le chaos sur les marchés américains.
Comme je l’ai mentionné dans des articles récents, toute perturbation du « yen carry trade » est peut-être la plus grande menace pour l’économie américaine à l’heure actuelle, et cela pourrait être déclenché par des prix élevés de l’énergie au Japon ; non pas comme une attaque, mais comme une conséquence fondamentale de l’interdépendance des marchés. Tout cela dépend des véritables objectifs derrière les opérations américaines en Iran.
L’objectif est-il une occupation et un changement complet de régime ? Eh bien, c’est clairement ce que veulent les néoconservateurs et Israël. Un tel projet pourrait prendre des années à se concrétiser et nécessiterait un engagement terrestre américain maximal. Cependant, si Trump avait l’intention de mener une occupation, je pense qu’il aurait déployé des dizaines de milliers de soldats dès le premier jour.
L’objectif est-il simplement de détruire la capacité de l’Iran à projeter sa puissance militaire hors de ses frontières, ou de prendre le contrôle du détroit d’Ormuz ? Se retirer n’est pas une option à ce stade (on ne peut pas laisser Ormuz aux mains des Iraniens sans disposer d’un moyen de pression contre eux). Ce serait donc l’objectif le plus facile à atteindre avec un minimum d’opérations terrestres américaines, ce qui nous amène à notre scénario idéal…
La clé pour mettre fin à la guerre en Iran en cinq semaines
On entend constamment parler de l’exposition internationale à la fermeture du détroit d’Ormuz, mais les médias mentionnent rarement que l’Iran est l’économie la PLUS exposée de toutes. Pour l’instant, les pétroliers iraniens continuent de traverser le détroit et ces navires constituent la bouée de sauvetage économique de l’Iran. Des estimations stratégiques suggèrent que sans le passage régulier de ces pétroliers, l’économie iranienne s’effondrerait complètement en cinq semaines.
En fait, des informations filtrent déjà d’Iran, suggérant qu’un effondrement économique est en cours. Cela accélérera la volonté du régime islamique de négocier.
S’ils ne le font pas, la stratégie de Trump consistera en une invasion terrestre de l’île de Kharg ainsi que de plusieurs autres îles que l’Iran utilise pour aider à sécuriser le détroit d’Ormuz. L’île de Kharg gère environ 96 % des exportations de pétrole brut de l’Iran, ce qui en fait la plus grande faiblesse du régime.
Mais que se passerait-il si Kharg représentait un risque trop important ? L’opinion publique américaine a horreur de la moindre perte militaire, c’est pourquoi nous sommes politiquement mal équipés pour faire face à une guerre de longue durée. Il existe une autre solution, bien plus sûre…
Les cargos iraniens peuvent être pris pour cible et saisis par un blocus américain du golfe Persique, bien loin des eaux étroites du détroit d’Ormuz. Les navires pourraient être détruits, mais je soupçonne que le département de la Défense tentera d’éviter les marées noires et les catastrophes écologiques. La meilleure option consiste plutôt à capturer les pétroliers iraniens, puis à rediriger le pétrole vers les pays menacés de pénurie. L’Iran a la possibilité de désactiver le suivi GPS de ses navires (flotte fantôme), mais cela ne l’aiderait pas à contourner un blocus américain complet.
En d’autres termes, je soutiens que les États-Unis pourraient renverser la situation face à l’Iran et utiliser sa dépendance à l’égard du détroit d’Ormuz contre lui. Avec une économie iranienne en ruine, l’Iran ne sera plus en mesure d’acheter des missiles ou des drones pour se réapprovisionner auprès de la Russie et de la Chine. Il ne pourra pas payer les ressources logistiques nécessaires à son armée et ne pourra pas contenir les troubles sociaux.
Les Iraniens seraient contraints de négocier et la guerre prendrait fin rapidement, avec un risque minimal pour les troupes américaines. C’est la seule option que j’envisage pour ramener les marchés de l’énergie à un fonctionnement normal en l’espace de quelques mois tout en évitant une crise mondiale. Trump devrait considérer avec méfiance tout appel à une occupation terrestre à long terme ; ce type d’engagement militaire n’est pas nécessaire. La guerre peut être tranchée rapidement par des moyens économiques.
Brandon Smith
Traduit par Hervé pour le Saker Francophone