Pentagone ou la théorie d’UN complot – 6/11 – Part 1


Par Michel Straugof − Le 11 Septembre 2018

Note au lecteur : nous mettons à disposition l’ouvrage entier au format pdf

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Un travail centré sur une des actions à la fois dramatique et spectaculaire de cette journée du 11 septembre, n’abordant pas la piste des terroristes arabes bons à tout faire, aurait totalement manqué de sérieux. Ce chapitre fut toutefois un des plus difficile à bâtir. Comment l’écrire quand, au fur et à mesure qu’avancent les recherches, on  se persuade que ces Arabes trop facilement découverts n’ont existé – au niveau de la responsabilité directe des attentats – que dans la cervelle des concepteurs de ce plan diabolique ? Depuis le 11 septembre 2001, on vous le martèle : les attentats aux États-Unis furent organisés, mis au point et exécutés par Ben Laden, tout puissant maître d’al-Qaïda et ses troupes de musulmans fanatiques. C’est l’expression ou tout au moins le sens de la version soutenue par le gouvernement étasunien de l’époque. Elle sera confortée par le rapport officiel de la Commission chargée d’enquêter, avec beaucoup de retard, sur le « plus grand drame national depuis la guerre civile ». C’est encore aujourd’hui le refrain seriné par les successeurs de Bush à la Maison Blanche… et ce dont est persuadée la majeure partie des habitants de la planète, grâce au matraquage des médias. Faut-il qu’elle soit un modèle d’enfumage cette version officielle, pour avoir résisté sans variation profonde depuis tant de temps. Une telle longévité demandant à être mieux connue, examinons attentivement et en détail ce travail de spécialistes.


6 – Ben LADEN et les pirates de l’air

De l’usage des symboles

11 septembre, 16 heures : Six heures seulement après le crash du Pentagone, dans un pays sous le choc, CNN annonçait que les autorités étasuniennes avaient identifié la main de Ben Laden dans ce drame. Si ce n’était pas un coup monté, ça y ressemblait bougrement, la comédie de l’incendie du Reichstag étant au moins largement égalée ! Quiconque réfléchissait un tant soit peu ne pouvait que s’interroger. Des scènes du crime, éloignées de plusieurs centaines de kilomètres, très peu d’indices sinon rien ne subsistant pour donner une direction à l’enquête et malgré cela, on annonçait le bouclage de celle-ci ou presque ? Le soir des attentats, le ton était donc donné et, sur « conseil » de George Tenet, patron de la CIA, la piste du terrorisme islamiste vint en tête des pronostics, l’officialisation en sera faite par Bush lors de son discours télévisé de 20 heures 30. Trois jours plus tard seulement, le 14 septembre, le FBI divulguait une liste de 19 suspects/coupables, chacun ayant photo et nom affiché, comme dans les westerns, c’est bon pour un peuple si crédule. Tous venaient du Moyen-Orient, la plupart d’Arabie saoudite, autre grand allié et ami de Washington. Trouver les dix neuf responsables d’un tel drame en trois jours, ressemblait plus à une fumisterie organisée de longue date qu’au résultat d’une enquête où les différentes pistes possibles auraient été étudiées avec soin. Pour comparaison, dans le cadre de l’attentat de Lockerbie, le 21 décembre 1988, il fallut deux ans aux enquêteurs pour découvrir une piste qui s’avérera fausse… vingt ans plus tard, mais ce n’était pas grave, il s’agissait de punir Kadhafi. Le précédent attentat du genre, commis à Oklahoma City en 1995 par l’extrême-droite étasunienne pouvait, au moins à titre de vérification, lancer l’enquête dans cette direction. Dans un pays aussi vaste, une semaine était au moins nécessaire pour s’assurer de l’innocuité complète de cette piste, la nuisance de ces gens n’étant pas folklorique. Où fut l’instruction judiciaire normale à charge et à décharge ?

Rien n’étant parfait en ce bas monde, surtout après ce simulacre d’enquête bâclée, il  apparu rapidement que six noms au moins sur les dix neuf, échantillon non négligeable, plus de 30%, étaient ceux de gens vivant encore après cette journée dramatique ! Ces citoyens atypiques, installés paisiblement dans différents pays, poussèrent l’outrecuidance jusqu’à se présenter aux représentations consulaires étasuniennes pour faire rectifier cette situation particulièrement dégradante pour eux. Il est vrai qu’être assimilé à un assassin ayant près de 3 000 victimes innocentes à son actif, n’est pas particulièrement gratifiant. Quatorze ans plus tard, malgré de plates excuses publiques… mais orales du Département d’État étasunien, la liste restera inchangée, tant pis pour les victimes de cette injustice, mais pas question de se remettre en cause. Revenir sur cette liste, c’était démontrer qu’on n’était peut-être pas aussi certain qu’on le criait dans tous les médias bienveillants. Si on commence à admettre une erreur sur ce point, comment ne pas envisager qu’il puisse s’en trouver une ou plusieurs autres ailleurs en relation, par exemple avec cette précipitation ? Comment ne pas déclencher le processus de doute aboutissant à la remise en cause globale de la fable gouvernementale et à une vraie réflexion sur le sujet ? La presse s’était faite l’écho de ces réclamations justifiées, New York Times le 16, London Times le 20, Los Angeles Times le 21, Daily Telegraph et BBC le 23. Dès le 21 septembre, Robert Mueller, [Oui, celui du RussiaGate, NdSF] nouveau patron du FBI, était contraint de reconnaître la possibilité d’usurpation d’identité, avouant ne pas être tout à fait sûr de celle de certains terroristes ! Une des porte-parole de cette agence gouvernementale, Judy Orihuela, le confirma au quotidien de Floride Sun-Sentinel le 28 septembre 2001, déclaration figurant dans le rapport final de notre Commission : « Les pièces d’identités volées créent des problèmes aux enquêteurs, il y a réellement un souci. » On accuse mondialement 19 personnes du pire forfait de l’Histoire récente et on bafouille ne pas être forcément sûr de l’identité d’en gros un tiers des prévenus ? Cela confirmait, involontairement, avec quel manque de sérieux particulier ce dossier fut mené, au vu de la gravité des faits et des motifs. Comment peut-on mettre un nom sur un visage, avec cette possible usurpation d’identité ? D’autres bavures jettent le doute sur l’ensemble de cette liste. Seulement sept sur dix-neuf avaient une date de naissance ; huit ni nationalité définie, ni date de naissance ; six étaient « supposés » pilotes ; huit « présumés » Saoudiens ; certains avaient comme  lieu de résidence aux États-Unis l’indication « possible » ! Nous sommes loin de la rigueur des enquêtes normalement menées. (La face cachée du 11 septembre, pages 75 et suivantes, Éric Laurent, chez Plon). Pour mieux comprendre l’implication étasunienne dans cette affaire de visas qui amena nos Arabes aux États-Unis, la plupart des 15 visas de Saoudiens fut obtenu au consulat de Djeddah, là où la CIA remplaçait, quand nécessaire, les officiers d’immigration.

La Commission ne commença ses travaux que plus d’un an après les faits, pour les raisons déjà évoquées. Malgré les informations disponibles véhiculées par la presse écrite ou parlée concernant ces erreurs d’identité, elle ne fera pas la moindre recherche pour s’assurer de la correspondance des données. Simple chambre d’enregistrement ? Anecdote, lors de sa dernière séance publique, Éric Laurent, journaliste français, interroge le président de séance sur sa certitude de l’identité des pirates. Réponse de l’intéressé, Lee Hamilton : « nous en sommes sûrs à cent pour cent… » Comment peut-il être sûr « à cent pour cent » lorsque même le directeur du FBI admet des zones d’ombres ? Comment peut-on publier les noms et photos de « suspects » dans ces conditions ? Bref, on accuse 19 personnes dont l’avantage principal est d’être mortes, au moins officiellement, durant ces attaques, sans savoir le minimum requis sur leur identité, tout en déclarant, la main sur le cœur, être sûr de leur culpabilité à 100%.

Un peu avant ce drame, le Mossad – voir au chapitre 3 – avait fourni aux Étasuniens une liste, par hasard du même nombre de suspects, 19, contenant le nom d’au moins plusieurs des accusés/coupables, dont Atta. Le FBI, qu’on a connu mieux inspiré, aurait-il simplement recopié servilement les dix neuf noms pour tenter de redorer son blason plus que terni ? Si cette interprétation est la bonne, s’agit-il de « terroristes » manipulés par la trentaine d’« étudiants » du Mossad habitant comme par hasard dans le même pâté de maisons, parfois dans la même rue que quinze des inculpés, en Floride ? Cette accusation facilitant la clôture de l’enquête et le démarrage des invasions militaires ne serait-elle pas la seule raison de la présence de nos 19 Arabes sur le sol étasunien, seule chose dont on a la certitude ? Les idiots utiles en quelque sorte… Cette addition de noms paraît de plus en plus une gigantesque manipulation. Aucun responsable étasunien, seize ans après, n’est capable de démontrer la véracité des accusations, comme il se doit dans une opération judiciaire de cette envergure. Condoleezza Rice, conseillère à la Sécurité nationale, annonçait le 23 septembre 2001 que les preuves de l’implication de Ben Laden et d’al-Qaïda dans les attentats du 11 septembre étaient réunies et seraient publiées ultérieurement. Avez-vous vu quelque chose à ce sujet dans les communications gouvernementales ou dans les médias depuis cette date ? Autre version de la possession d’armes de destruction massive par l’Irak ou de « l’infirmière » koweïtienne et ses couveuses ? Autre version d’un des multiples mensonges étasuniens au fil du temps ? Pour celui sur les armes de destruction massive, Washington avait promis au Conseil de sécurité des Nations Unies, qui pour l’occasion, brilla par sa couardise coutumière, de donner des preuves « claires et précises » de la culpabilité de l’Irak. Elles ne furent jamais fournies jusqu’à ce jour… et jamais réclamées par le Conseil, perdant, dans cette occasion, encore un peu de la crédibilité lui restant. L’ONU, uniquement  chambre d’enregistrement des turpitudes étasuniennes, n’importe où dans le monde ?

Comment ne pas ressentir la symbolique utilisée à son maximum ? Les pirates doivent être arabes, car ce sont des nations arabes que nous voulons attaquer à la suite de ces attentats prétextes. La « juste » punition en quelque sorte, alors que selon Ron Suskind, Prix Pulitzer 1995, dans une interview au Wall Street Journal, son ancien employeur de 1993 à 2000 : « L’invasion de l’Afghanistan comme de l’Irak était déjà planifiée quelques jours après l’investiture de Bush en janvier 2001, huit mois avant les attentats du 11 septembre. » [Ceux qui servirent officiellement de prétexte pour déclencher les conflits en question, NdA]. Le côté officiel de cette révélation et du calendrier des événements qui suivirent ne peut empêcher de se persuader qu’un plan de cette ampleur était en cours d’élaboration depuis bien plus longtemps. Propos également reproduits dans son livre Le prix de la loyauté ou George Bush, la Maison-Blanche et l’éducation de Paul O’Neill. largement évoqué au chapitre 2. Pour être plus précis, O’Neill fut choisi par son ami Dick Cheney – en disant long sur la latitude laissée au « Président » pour décider de son équipe – en janvier 2001, sa liberté de ton amenant son limogeage en décembre 2002. Pour la confirmer, il déclarera à ce moment : « Le Président veut que j’annonce publiquement mon désir de retour à la vie privée. Je n’ai jamais menti pendant tout ce temps et je ne vais pas m’y mettre aujourd’hui. Il peut bien nommer qui il veut… mais je ne dirai pas que c’est moi qui ai démissionné. » Il est certain que quand on a juste besoin de menteurs et autres caniches bien dressés, dans le cas O’Neill, il y avait erreur de casting. Le livre cité déclenchera une importante polémique à sa sortie aux USA, en dévoilant les mensonges et les vraies ambitions de l’équipe dirigeante, un peuple sous haute influence ne pouvant malheureusement pas dépasser ce stade. Le plan pour l’Afghanistan prévoyait l’extradition de Ben Laden et l’agression contre ce pays. Cette option sera confirmée en juillet précédent lors d’une réunion à Berlin, deux mois avant les attaques. Selon Niaz Naik, ex-ministre des Affaires étrangères du Pakistan, un représentant américain aurait déclaré que si un accord n’intervenait pas avec les Talibans, une action militaire aurait lieu en Afghanistan avant que la neige ne commence à tomber (selon George Arney : « US Planned Attack on Taleban », BBC News le 18/9/2001). Dans ce contexte, l’utilisation du qualificatif de préméditation ne semble pas, encore une fois, exagéré.

Pour les « témoignages » des malheureux passagers des vols détournés, on continue dans la symbolique bas de gamme. Que font les musulmans ? Ils égorgent, donc les soi-disant conversations téléphonique – n’ayant techniquement aucune chance d’être réalisables à l’époque, surtout avec des téléphones cellulaires – font bien sûr référence à des attaquants munis de cutters ! Il semble d’ailleurs que cette information ne provienne que de Barbara Olson, dont on sait maintenant les appels téléphoniques non parvenus ! Si on admet, avec toutes les réserves présentées, que les inculpés aient embarqué, ce qui n’est toujours pas démontré, ce ne sont pourtant pas les armes à feu indétectables par les portiques dits de sécurité dans les aéroports qui manquent. Voyez le site de la société Glock, par exemple. Ce fabricant autrichien d’armes de poing particulièrement renommé, présente publiquement le Glock 17, au moins partiellement réalisé en polymères, et ce… depuis 1980. D’autres modèles, pas obligatoirement sur catalogue, encore plus « discrets » sont certainement disponibles, là ou ailleurs. Imaginez la différence de « confort » pour l’agresseur, vous pouvez menacer en restant à distance. Au cutter, par contre, il faut aller au contact et certains agressés sont capables de se défendre. Il suffit de s’imprégner des caractéristiques physiques de nos soi-disant terroristes pour se persuader que leur seule silhouette ne risquait pas d’effrayer tous les passagers. N’est pas Rambo qui veut ! Le rapport le confirme en page 274 : « Ces prétendus ‘musclors’ (les terroristes chargés d’enfoncer si besoin la porte du cockpit et tenir les passagers en respect, NdA) n’ont pas un physique imposant : ils mesurent pour la plupart entre 1,62 et 1,67 m. » Comme pour confirmer mon propos, extrait de la page 20 du rapport : « … chacun des pirates de l’air doit passer sous un détecteur de métal conçu pour déceler tout objet comportant au moins une quantité de métal équivalente à celle d’une arme de poing de calibre 22 ». Donc le Glock 17, entrevu ci-dessus, était non repérable par le détecteur et il faudrait croire qu’ils préférèrent les cutters ?

Il fallait de plus détruire le maximum de ces Talibans si longtemps soutenus par les États-Unis. Ils pouvaient, surtout les responsables, un peu trop parler de tous les aspects de cette ancienne liaison. La CIA, sur demande de son gouvernement, avait massivement livré des armes modernes aux moudjahidines pour renverser un gouvernement de plus ne plaisant pas à Washington (autre bonne façon d’améliorer les résultats financiers des sociétés du complexe militaro-industriel). Son principal crime ? Refuser un accord permettant de faire passer un pipeline US, le détail de cette affaire est traité dans le chapitre 3. Comment ne pas noter que ce fléau moderne qu’est la drogue, confidentiel avant l’arrivée des conseillers étasuniens, fut au minimum encouragé sous leur chaleureuse présence ? La tentative d’éradication de cette culture par les Talibans, en liaison avec leur interprétation de la religion, fut-elle la raison complémentaire de leur dépose ? 2300 tonnes en 1995, réduite à 200 en 2000, pour remonter à 8400 tonnes en 2007, faisant aujourd’hui de ce pays le premier producteur mondial. Difficile de ne pas faire la corrélation, le progrès US est en marche !

L’Irak ensuite. Rappelez-vous les débuts du PNAC et cette lettre ouverte à Clinton pour envahir ce pays. Encore plus loin avant, la rage de Dick Cheney de ne pas voir les troupes entrer dans Bagdad, à l’issue de la première guerre du Golfe. Pour agresser ce dernier pays, ils avaient la bénédiction de l’Arabie saoudite, du Qatar et de quelques autres, repoussant dans l’obscurantisme toute tentative d’évolution du Moyen-Orient musulman. Ils n’appréciaient que très moyennement ce pays laïc à leurs portes, preuve manifeste que différentes factions de l’Islam pouvaient coexister, même si tout était loin d’être parfait. Les mêmes raisons réapparaîtront pour mettre à bas ceux en place en Libye et en Syrie, seuls autres gouvernements laïcs de la région. Place nette pour le Moyen Âge religieux. Entre l’islam wahhabite rétrograde mais conciliant sur bien des points avec les intérêts occidentaux et un islam s’accommodant des autres, mais défendant un peu trop son pré carré, surtout son pétrole, le choix des comptes bancaires était vite fait. Plus de deux millions d’hommes, de femmes et d’enfants moururent en Afghanistan et en Irak, surtout en Irak, pour une cause indéfendable. Jamais les preuves tangibles de la culpabilité du chef comme de ses troupes supposées ne furent présentées au monde, pas plus d’ailleurs que la preuve de la possession par l’Irak d’armes de destruction massive ou que sa collaboration avec al-Qaïda. Il fallait être aussi veule que la communauté internationale, principalement les membres du Conseil de sécurité des Nations Unies, dont la France, pour autoriser la « légitime défense » à ces menteurs patentés. Pour enfoncer le clou, de la lecture de documents de 2003, déclassifiés fin 2014, il ressort que même la CIA ne croyait pas en la complicité de Saddam Hussein avec al-Qaïda ! La confirmation d’une pseudo entrevue entre Atta et un espion irakien à Prague par le gouvernement tchèque n’était due qu’à une pression particulièrement accentuée de Washington sur ledit gouvernement à la dépendance manifeste. Même le rapport de la Commission refusa cette fable de la rencontre, le gouvernement de Bush avait donc une fois de plus menti. Cette invention faisait pourtant partie des « arguments » mis en avant pour justifier attaque et dépeçage en cours de l’Irak !

La propagande

Nous n’en sommes, hélas, qu’au début des mensonges facilement détectables, amenant à douter de toute la belle histoire officielle. Voici une courte démonstration sur le bourrage de crâne mondial réalisé par les médias sur ce sujet. Dans cette spécialité, une palme particulière doit-être attribuée à The Independent (principalement de la vérité) et surtout au Times, les Anglais venant en somme à la rescousse de la supercherie. Cette croisade causant la mort de près de 200 de ses soldats et ruinant l’Angleterre et ses armées, il fallait donc bien convaincre le bon peuple britannique de l’obligation d’aider les Américains. Enfumeurs professionnels, ils présentèrent des commentaires étonnants sur les grottes afghanes abritant soi-disant Ben Laden et une partie de ses troupes : « Vaste complexe avec un réseau de tunnels protégés ayant son propre système de ventilation et s’enfonçant sous terre à plus de 400 mètres », « repaire conçu pour résister à toutes attaques, gaz empoisonnés, arme nucléaire tactique, la forteresse peut abriter 2000 hommes » pour The Independant. Le Times allant jusqu’à oser publier le 29 novembre 2001 une coupe de ces soi-disant grottes fortifiées de Tora-Bora en Afghanistan. Une reproduction de cette supercherie parmi d’autres, figure ci-dessous, montrant le niveau de délire de ces représentants du monde de l’« information ».

La fausse cachette de ben laden.png

L’intérieur de cette réplique moderne de la Ligne Maginot montrait bureaux, dortoirs, informatique dernier cri, système de téléphone et des entrées dans le saint des saints, capables de laisser passer camions et chars ! Parce que bien sûr, ma bonne dame, ils avaient même des chars ! Bien sûr, « les inventeurs » de cette fumisterie n’avaient pas imaginé qu’aucun chemin ne permettait de les faire arriver jusque-là. En fait, ils validaient avant l’heure « l’intervention », résultante supposée du 11 septembre, le matraquage médiatique remplaçant désormais les preuves. Bien entendu, les sirènes étasuniennes ne furent pas en reste. Yossef Bodansky, directeur du centre sur le terrorisme au Congrès (sic), autoproclamé « meilleur connaisseur américain de Ben Laden », eut le culot de déclarer : « On connaît les bunkers de Ben Laden. Ils ont été construits entre 1969 et 1986 par la résistance afghane et les services pakistanais et saoudiens. Ces caches sont des nids d’aigle, pourvus de missiles antiaériens, de mitrailleuses, d’armes de destruction massive. » Le New York Times, jamais en reste, rapportait le témoignage d’un ancien soldat soviétique racontant avoir vu une cache souterraine avec des portes d’acier, une boulangerie, un hôtel, une librairie, une mosquée, des stocks d’armes. Dan Rather sur CBS en rajouta : « Tora Bora est imprenable ». Prix spécial du jury pour Donald Rumsfeld – sans doute un des organisateurs de cette journée terrifiante – à qui on montra les délires du Times au cours de l’émission  Meet the Press sur NBC.  Il  acquiesça, grave, ajoutant : « C’est du travail sérieux. Et ce lieu n’est pas unique, il en existe plusieurs et ils ont tous été utilisés très efficacement. » Plus le mensonge est gros… Pour conforter la culpabilité de Ben Laden, on voulait nous faire croire qu’il disposait d’une base high-tech surpuissante. Ainsi la « réalité » collerait à l’image, celle que les proches du gouvernement voulaient donner avant même le 11 septembre pour expliquer l’inexplicable. De plus, il est moins douloureux de se faire battre par un ennemi technologiquement supérieur justifiant de nouvelles dépenses pour « se mettre à niveau » que par des paysans afghans aux pieds nus…

Ce genre d’exemples explique mieux que de savantes dissertations comment les citoyens de ces pays purent se laisser influencer, mais la télévision française ne fut pas en reste. Nos chaînes, France 2 le 13 novembre 2001 et TF1 le 28 novembre 2001, respectivement au moins lors de leurs journaux télévisés, se permirent de mentir en présentant les montagnes afghanes en coupe avec les installations tout aussi fantasmées. À de rares exceptions, elles se sont lourdement compromises dans cette propagande mensongère, ne faisant guère mieux que ces délires journalistiques étrangers.

Le CSA ne jugea toutefois pas utile d’intervenir contre ces boniments ne faisant pas honneur aux soi-disant journalistes les présentant mais induisant le téléspectateur dans l’erreur de jugement la plus complète. Par contre, le même envoya une mise en garde officielle écrite à la chaîne publique France 2 pour avoir osé inviter, dans le cadre de l’émission « Tout le monde en parle » du 16 mars 2002, Thierry Meyssan afin de donner un autre point de vue sur le 11 septembre. Où sont démocratie et droit du téléspectateur taxé à bénéficier d’informations contradictoires afin de se forger son opinion ? Le CSA, chien de garde de la normalité façon Washington et de bien d’autres dérives révélées lors de la récente élection présidentielle entre autres ! Bien entendu, les auteurs des mensonges présentés précédemment n’ont jamais mis les pieds sur place, leurs hôtels cinq étoiles préférés en sont si loin ! Version totalement différente, celle de Éric Laurent déjà cité, un des seuls journalistes d’investigation ayant fait son travail correctement, allant constater sur place et rapporter la réalité : « La maison de Ben Laden emprunte le lit d’un cours d’eau à sec qui serpente entre les flancs de Tora Bora et de Milawa », rapporte Éric Laurent. « Une maison en pisé se dresse pour toute forteresse, aussi simple que celles du village le plus proche situé à 5 heures de marche, huit pièces, des caves pour protéger les occupants des bombardements, cinq anfractuosités taillées dans la roche dans le flanc de la montagne, qui n’excèdent pas 3 mètres de profondeur et 80 centimètres de haut, sans équipement, pour abriter au maximum 6 ou 7 personnes serrées comme des sardines. En somme, de pitoyables abris à l’odeur d’urine. Pas d’électricité, pas de téléphone, aucune route, cinq heures de marche pour gagner la maison de l’égyptien Al Zawahiri, second de Ben Laden. » Pour en finir sur ce point et sur ces simples évidences, comment réaliser ces travaux pharaoniques dans ce désert de caillasses, nous sommes dans l’Himalaya ? Ne pouvant amener de machines taillées pour ce genre de travail (cinq heures de marche, sous-entendant aucune route), peut-on imaginer des armées d’ouvriers réaliser de tels ouvrages manuellement ? Mais la propagande ne s’encombre pas de tels « détails », elle ment, c’est tout. Un journaliste étasunien du Telegraph écrivit : « A posteriori, et en s’appuyant sur les témoignages de dizaines de participants aux opérations, la bataille de Tora Bora a l’air d’une pantalonnade. » La frontière pakistanaise n’avait même pas été bouclée pour l’opération. Encerclement sur seulement trois côtés, une révolution dans l’art de la guerre ! C’est vrai, il n’y avait rien à prendre d’assaut, mais la présentation médiatique transformait la pantalonnade en guerre terrifiante contre un ennemi supérieurement armé et défendu. En parlant des grottes et du FBI, son directeur de l’époque, Robert Mueller, dut aussi publiquement admettre d’autres doutes encore. Malgré des fouilles particulièrement poussées entreprises dans les différents lieux de résidence de Ben Laden en Afghanistan, et là, on peut lui faire confiance, jamais la moindre preuve ne fut trouvée confirmant l’organisation des attentats.

Autre accroc dans la propagande médiatique, meilleur relais des mensonges officiels, l’allégation à laquelle il faut couper court immédiatement, la présentation totalement erronée de la structure pyramidale prêtée à al-Qaïda avec un chef suprême, Ben Laden, à son sommet. Qu’on me comprenne bien, il n’est pas question pour moi de défendre bec et ongles Ben Laden, je n’ai aucun atome crochu avec les fanatiques religieux, musulmans, israélites ou chrétiens, ni volonté d’en faire un modèle d’angélisme, mais de simplement prouver  avec quel manque de sérieux s’établirent des condamnations aussi graves. Pour débuter avec ce fantasme étasunien créé de toutes pièces, rappelons que ce nom d’al-Qaïda fut inventé par la CIA. En arabe, ce mot veut dire base, si on y rajoute « maloomat » derrière, on obtient base de données, système que l’agence citée mit en place en 1989 pour les moudjahidines, après la fin de la guerre contre l’URSS. Cela signifiait-il aussi que la CIA envisageait déjà une autre utilisation de ces combattants, comme casser du Serbe au Kosovo ?

Effectivement, aussitôt qu’on quitte la sphère gouvernementale étasunienne et les médias aux ordres, on s’aperçoit que c’est au moins le doute qui domine sur ce sujet :

  • Alain Bauer, professeur de criminologie et consultant en sécurité dans une interview au JDD le 8 mai 2011 : « Aucune preuve tangible de l’existence d’une organisation pyramidale. Une nébuleuse n’a pas de chef, on se trompe depuis 2001. Al-Qaïda ne s’appelle pas al-Qaïda. »
  • Jason Burke, grand reporter au Guardian, spécialiste de l’islam, auteur de Al-Qaïda : « Il n’y a pas de structures dormantes en Afrique, aux USA ou en Europe. Cette idée d’organisation n’existe tout simplement pas. »
  • Richard Labévière, rédacteur en chef de RFI, chez Thierry Ardisson : « L’empire américain, parce que c’est un empire, est privé d’ennemi depuis la fin de la guerre froide, c’est terrible pour un empire. Il faut alors s’en inventer un autre. »
  • Alain Chouet, ancien Chef des renseignements de sécurité à la DGSE (Direction générale de la sécurité extérieure. En clair, les espions, mais français). Il intervint devant la Commission des Affaires étrangères du Sénat le 29 janvier 2010, dans le cadre d’une table ronde sur le thème : « Où en est al-Qaïda ? » : « La propagande sur le terrorisme et la lutte antiterroriste ont des effets pervers. Tout contestataire violent dans le monde musulman, qu’il soit politique ou de droit commun, quelles que soient ses motivations, a vite compris qu’il devait se réclamer d’al-Qaïda s’il voulait être prit au sérieux, s’il voulait entourer son action d’une légitimité reconnue par les autres et s’il voulait donner à son action un retentissement international. Parallèlement à cela, tous les régimes du monde musulman, et ils ne sont pas tous vertueux nous le savons, ont bien compris qu’ils avaient tout intérêt à faire passer leurs opposants et leurs contestataires quels qu’ils soient pour des membres de l’organisation de Ben Laden, pour pouvoir la réprimer tranquillement et même si possible avec l’assistance des Occidentaux. »

Comme pour mieux embrouiller ce jeu, Ben Laden avait fait une démonstration de force très réussie devant les caméras de CNN, l’homme savait être facétieux et un rien cabotin parfois. On le voyait se promener à pied dans la campagne afghane, entouré de « ses hommes », ceux-ci donnant le ton en tirant force rafales de Kalachnikov. Le comique fut de savoir que les combattants avaient été conviés pour la journée, comme des figurants pour un vulgaire film, étant même priés d’amener leurs armes ! L’Afghan est un combattant et depuis des décennies, les souks de Darrah par exemple, zone tribale située à 50 kilomètres de Peshawar,  recèlent des échoppes où il est possible de se faire fabriquer toute arme de guerre européenne ou étasunienne, à partir de matériaux de récupération, sans nuire à leur efficacité, uniquement pour le cas où les dotations de la CIA ne seraient pas suffisantes. (Selon le livre : Je reviens de suite avec photos preuves de Gérard Neveu PaC éditeur]. Ben Laden vivait dans une région inhospitalière, son plus proche voisin étant, nous l’avons vu, à cinq heures de marche. Nos spécialistes auto-proclamés ne s’aventurant pas au-delà des limites de leur capitale sont, du fond de leur ignorance, contraints de prendre notre société et son organisation pyramidale comme exemple. Il n’y avait pas de telles structures, de réseaux dormants et autres fariboles, ne correspondant absolument pas à la volonté d’indépendance de chaque groupe, sans compter les querelles historiques entre tel et tel. Des discussions avec les autochtones, il ressortait que chaque tribu, chaque groupe combattant gardait sa totale autonomie et ne faisait appel qu’épisodiquement à Ben Laden. Auréolé de sa participation à la guerre contre les Soviétiques et des combats menés contre les Serbes en Bosnie, il était surtout connu pour savoir trouver les aides, entre autres lever les fonds nécessaires. Ben Laden, golden boy saoudien, pays de la version la plus rétrograde de la religion musulmane, fut de plus conquis par des sermons encore plus conservateurs durant son passage à l’université. Fils de la famille régnant sur le BTP dans ce pays, ce qui n’est pas un vain mot, il arriva en Afghanistan pour le djihad contre l’envahisseur soviétique en 1980, il avait 23 ans. Envoyé sur place à la demande du prince saoudien Turki bin Faisal, chef des services secrets, il aura principalement un rôle d’organisateur, l’amateurisme régnant en maître parmi les militants djihadistes.

La responsabilité soviétique ne peut-être diminuée dans ce conflit, même si c’est le gouvernement afghan qui avait appelé l’URSS au secours. Un rapide retour au chapitre 3 rappellera toutefois qu’une fois de plus, et pour tenter de faire passer un simple pipeline à travers ce pays, les États-Unis n’hésitèrent pas à déstabiliser un gouvernement en place. Pour avoir tenté d’alphabétiser les filles, mettre en place une réforme agraire et donner des droits aux femmes, ce dernier était isolé dans un Afghanistan principalement d’essence tribale et rurale. Ces avancées, ne pouvant espérer prendre pied que dans les quelques grandes villes et leurs alentours immédiats, déclenchèrent le mécontentement du reste du pays très conservateur. Dès juillet 1979 les États-Unis aidèrent financièrement et en armes les Talibans qui ne furent pas toujours infréquentables. Le but était de faire tomber ce régime dont le crime principal était bien sûr de ne pas vouloir de ce pipeline. On trouve une confirmation dans l’article de Wikipedia : « … selon Robert Gates, les services secrets américains ont commencé à les aider 6 mois plus tôt. Confirmation de Zbigniew Brzeziński, le président Carter aurait signé la première directive sur leur assistance clandestine le 3 juillet 1979, sans avoir pour but d’entraîner une intervention militaire des Soviétiques mais en sachant que cette aide la rendait plus probable. Le 24 décembre 1979, l’armée soviétique envahissait l’Afghanistan ». Cette préséance de l’aide étasunienne fut confirmée à nouveau par Zbigniew Brzeziński, conseiller à la Sécurité Nationale de Carter, dans une interview au Nouvel Observateur du  15/21 janvier 1998, page 76.

– Question : « Lorsque les Soviétiques ont justifié leur intervention en affirmant qu’ils avaient l’intention de lutter contre la participation secrète des États-Unis en Afghanistan, personne ne les croyait. Cependant il y avait un élément de vérité dans ce domaine. Vous ne regrettez pas cela aujourd’hui ? »

– Réponse : « Regretter quoi ? Cette opération secrète était une excellente idée. Elle a eu pour effet d’entraîner les Russes dans le piège afghan et vous voulez que je le regrette ? Le jour où les Soviétiques ont officiellement franchi la frontière, j’ai écrit au Président Carter, précisément, ‘nous avons à présent l’occasion de donner à l’URSS sa guerre du Vietnam’. »

Un atlas démontre, en effet, la longue frontière commune au nord entre l’Afghanistan et l’URSS de l’époque ; dans ce cadre, il n’est pas surprenant qu’un accord de défense mutuel existât entre ces deux pays. C’est dans ce contexte que le gouvernement afghan, politiquement proche de celui de Moscou, demandera de l’aide aux Soviétiques. Même le rapport de la Commission fut obligé de reconnaître l’effort financier des États-Unis et de l’Arabie saoudite, la réalité dépasserait, selon elle, les 3 milliards de dollars pour chacun de ces deux généreux donateurs. Jusqu’à la fermeture officielle des financements en 1990 et jusqu’à l’opposition de Ben Laden à la présence étasunienne en Arabie, « sur son sol sacré », durant la première guerre du Golfe, il était tenu en très haute estime, par les Saoudiens comme par les Étasuniens. Ses conférences dans les mosquées et les écoles coraniques à son retour en Arabie saoudite auraient-elles déclenché des jalousies ? Comment cet homme au parcours jusque-là sans tache vis-à-vis des dominants devint-il en quelques années l’épouvantail que certains aimèrent tant agiter ?

D’après les textes, on apprend qu’il a 53 demi-frères et sœurs et a touché lors du décès de son père environ 14 millions de dollars. Même en menant la vie d’ascète qu’il avait choisie, il serait intéressant que les chantres de la Version Officielle expliquent comment il put, avec cette somme, financer toutes les opérations terroristes qu’on veut bien accoler à son nom. S’il eut une responsabilité dans ces actes, cela sous-entend qu’elle fut surtout organisationnelle et qu’il était instrumentalisé pour ce faire. La hauteur des financements nécessaires pour envoyer au moins un bataillon d’anciens d’Afghanistan en Bosnie, les armer et les faire vivre durant près de trois ans situe clairement l’aide au niveau d’un État riche, pas d’un particulier. Wikipedia, déjà cité, ne pouvant renier là ses origines étasuniennes, nous indique seulement que les fonds [de Ben Laden sous-entendu, NdA] transitaient par une « ONG » autrichienne, TWRA (Third World Relief Agency), mais s’arrête là dans sa description du système. Pour plus d’informations, voir ailleurs sur Internet, le but n’étant pas d’aider à tout comprendre. On apprend donc sur le site du Washington Post, en date du  22 septembre 1996, page A01 signé par John Pomfret, entre autres, que le directeur était un diplomate soudanais Elfatih Hassaneim. ONG bidon et directeur douteux étant là pour recevoir les fonds de certains pays du Moyen-Orient, comme l’Arabie, permettant aux Bosniaques de contourner l’embargo sur les armes. L’existence d’une Haute commission saoudienne, pure création de la famille royale de ce pays était la confirmation de ces financements occultes. Le gouvernement étasunien savait et laissait faire, les armes étant destinées à tuer du Serbe dont l’allié objectif était la Russie. On est loin de la belle histoire de Ben Laden finançant cette croisade ! Le but de ce livre n’est pas de détailler chaque opération rattachée à son nom, mais de démontrer par quelques exemples l’enfumage permettant de l’accuser de tout et n’importe quoi, sans bien sûr apporter la moindre preuve.

Dernier exemple de « preuve » trouvée dans le même texte de Wikipedia sur les troupes de militants soi-disant aux ordres dans le monde entier : « À la suite de la campagne d’attentats du GIA (Groupe islamique armé) en France en 1995, la police belge découvre des documents de ce groupe dédicacés à Ben Laden. » En quoi la dédicace d’un texte à une personne connue peut-elle constituer une preuve convaincante d’une appartenance à son réseau, son organisation ? On mesure un peu mieux le niveau de l’enfumage médiatique mondial réalisé sur ce sujet comme sur d’autres.

En janvier 2001, à Manhattan, débutait le procès de quatre hommes accusés des attentats dits des ambassades. Le 7 août 1998, deux ambassades étasuniennes, Nairobi au Kenya et Dar es Salaam en Tanzanie, étaient détruites par des voitures piégées, opérations revendiquées par un groupe appelé « Armée islamique de libération des lieux saints ». Les lieux saints étant bien entendu l’Arabie saoudite et la libération celle de la présence des bases US installées depuis 1990, déjà évoquées. Ben Laden ayant émigré au Soudan s’adonnait semble-t-il (selon Wikipedia déjà cité) au commerce, exportations agricoles, construction de routes, etc., à la suite de la suppression par les autorités de Riyad de sa nationalité d’origine. Son ex-associé, Jamal Al-Fadl, militant soudanais, vint voir les hommes du FBI au cours de l’enquête qui permit l’arrestation de quelques suspects. Quand il prit ce contact, Al-Fadl était en fuite, ayant dérobé une somme d’argent à Ben Laden, situant mieux la personnalité et la probité du personnage. Le journaliste Jason Burke, déjà cité, indiquait par ailleurs qu’aucun service de renseignement du Moyen-Orient ne voulait travailler avec ce Al-Fadl. Venant de gens pas toujours très regardants, c’était un signal fort.

Pourquoi principalement les Étasuniens brodaient-ils comme si souvent sans la moindre preuve, une silhouette sulfureuse d’un Ben Laden les ayant si bien servi contre les Soviétiques ? Avaient-ils peur que lui aussi ne révèle quelques détails croustillants sur les à-côtés de cette aide, comme l’épanouissement de la culture du pavot en Afghanistan ? Pour condamner un individu, y compris par contumace, si aucune preuve ou témoignage ne peut le lier à un méfait, la loi étasunienne exige la preuve de l’existence d’une organisation criminelle. Cela permet, comme pour la mafia, de poursuivre le chef de l’organisation, même s’il ne peut être directement relié au crime jugé. Le FBI comprit vite l’intérêt que pouvait représenter ce Al-Fadl peu recommandable, il tenait son témoin clé ! Avec la promesse d’une protection et plusieurs centaines de milliers de dollars, il leur donna la matière brute permettant la création de cette légende al-Qaïda et la condamnation de Ben Laden par contumace, maintenant sans obligation d’amener de preuve directe de quoique ce soit. Il suffisait ainsi que les crimes aient été commis par les membres de cette pseudo organisation… On ne peut que s’incliner devant le niveau de cette combine et ne plus s’étonner ensuite de grand-chose dans ce dossier ! Al-Fadl fut heureux de collaborer avec le FBI, on le serait à moins à ce prix, le premier mythe Ben Laden/al-Qaïda était né. Avec la publicité que les États-Unis firent autour de cette « découverte », Ben Laden et son second, Al-Zawahiri devinrent le centre d’attention de groupes de militants islamistes à la recherches de nouvelles stratégies d’action, pas d’un chef. Au fameux procès de janvier 2001, un avocat présent, Saur Schmidt, expliquait son ressenti : « Certaines parties du témoignage de Al-Fadl étaient à mon avis mensongères et aidaient surtout le gouvernement américain à compléter le tableau. Il a menti dans nombre de déclarations dans lesquelles il dressait le portrait d’une organisation unifiée, faisant d’al-Qaïda la nouvelle mafia ou les nouveaux communistes. Ça a fait d’eux un groupe identifiable permettant ainsi de poursuivre en justice toute personne associée à al-Qaïda par ses actes ou déclarations, dont Ben Laden qui était très loquace ». Le grotesque fut toutefois atteint durant ce procès, lorsqu’un des inculpés cita Mercy (Mercy International Relief Organisation), organisation « humanitaire » saoudienne, comme n’étant qu’une façade aux organisations terroristes. Elle joua semble-t-il un rôle déterminant dans les attentats des dites ambassades américaines. Ainsi, le FBI avait monté un procès pour « punir » Ben Laden, dont chacun était sûr qu’il ne portait guère sinon aucune responsabilité dans les faits, pour disculper l’Arabie saoudite si généreuse avec le terrorisme.

L’association incantatoire entre cet homme et al-Qaïda fut tellement employée, souvent sans la moindre preuve tangible à y associer, que cette longue mise au point m’a semblé indispensable.

La piste et ses preuves

Continuons les découvertes des zones pour le moins douteuses du dossier concernant la responsabilité de nos Arabes dans ce drame national. Nous avons vu la légèreté avec laquelle la simple identité des coupables proclamés fut établie, passons à un autre sujet d’étonnement. Ben Laden ne sera jamais officiellement accusé pour les attentats du 11 septembre 2001 par Ashcroft, attorney general, le ministre de la Justice. Jamais ce dernier ne lancera réellement ses troupes, en particulier le FBI, aux basques de celui qu’ils décrivent comme un monstre assoiffé de sang, ayant soi-disant déclaré la guerre aux États-Unis ! De la part d’un gouvernement aussi sûr de son fait et pour un des dix criminels officiellement les plus recherchés, dont la tête était mise à prix 5 millions de dollars, c’est pour le moins curieux et paradoxal ! Ce ne fut qu’au titre des attentats perpétrés contre les deux ambassades étasuniennes évoquées qu’il faisait partie de cette liste. Au vu du reste de cette fable, quelques preuves supplémentaires vérifiables, y compris dans le rapport de la Commission, seraient sans doute les bienvenues pour étayer ce dossier des ambassades, particulièrement léger au niveau de sa responsabilité. En fait, comme vu au paragraphe précédent, le groupe responsable de ces attentats fut rattaché par les Étasuniens à al-Qaïda… et al-Qaïda à Ben Laden. J’ai des oreilles, un âne à des oreilles… Quand on demandait à Rex Tomb, chef du service de presse du FBI à cette époque, les raisons de ces incohérences, il expliquait que le FBI n’avait aucune preuve tangible reliant Ben Laden au 11-Septembre !

Tomb le disait sans détour, cette accusation, pour être validée, devait reposer sur un certain nombre de preuves qui ne furent ou surtout ne purent jamais être fournies. Ce doute était largement partagé par les médias, lorsqu’ils voulaient se lancer dans une analyse un peu moins superficielle que la propagande journalière : « Les talibans ont expliqué qu’ils livreraient Ben Laden si les USA fournissaient les preuves de sa culpabilité. Les talibans en pourparlers fréquents avec les USA », « discussion sur comment livrer Ben Laden » (Washington Post, 29 octobre 2001). Les talibans ont demandé à voir les preuves de la culpabilité de Ben Laden, mais ne les ont pas obtenues; « l’enquête et ses preuves » (BBC News, 5 octobre 2001). « Il n’existe aucune preuve directe accessible au public reliant Ben Laden aux attentats du 11-Septembre ». Dans cette affaire de livraison éventuelle de Ben Laden, ce sont les Talibans qui eurent le plus le sens de l’honneur ! Avec cette exigence ne reposant comme si souvent que sur la menace, les États-Unis démontrèrent à leurs anciens partenaires le vide de leur dossier d’accusation. Dans le même genre, déclaration du général Myers, chef d’état-major des armées américaines, en compagnie de Rumsfeld, le 5 avril 2002 sur CNN, reprise immédiatement par Associated Press : « L’objectif n’a jamais été de capturer Ben Laden ». L’intéressé eut beau bafouiller une explication le lendemain, la vérité était sans doute dite. Il est certain que son arrestation revenait à ce que le petit peuple considère la guerre contre le terrorisme terminée et comment alors, pouvoir continuer à leur faire peur et exploiter cette peur ?

Face à ces accusations pour le moins légères en éléments factuels, on trouve la première dénégation de Ben Laden, sous la forme d’un communiqué sur la chaîne d’information arabe Al Jazeera, dès le 16 septembre 2001. Il nie toute responsabilité dans ce massacre. Pourquoi cet homme présenté par les Étasuniens comme leur ennemi n°1 refuserait-il l’honneur d’être celui qui, première mondiale, blessa les États-Unis sur leur sol ? Ce fait d’armes aurait pu pourtant lui donner une « cote » très élevée auprès des fondamentalistes les plus extrémistes. Au-delà même, les États-Unis et leur cortège de terreur et de pillage mondial étant si peu appréciés de beaucoup de peuples de la planète, Ben Laden pouvait, à cette occasion, devenir une référence universelle de la lutte contre l’oppresseur, un « Che » musulman. Le sujet sera repris le jour même  par Associated Press, le lendemain par CNN et le Washington Post, le 18 par Le Monde. Le 28 du même mois, dans une interview accordée au quotidien pakistanais Ummat, il réfuta à nouveau toute participation, invitant même le gouvernement de Washington : « … il existe un gouvernement à l’intérieur du gouvernement aux États-Unis. C’est à ce gouvernement secret qu’il faut demander qui a organisé les attentats ». Dieu que cet homme est ennuyeux ! En tout, quatre interventions pour nier toute responsabilité dans ces attentats. À ce stade, on peut déjà estimer sa culpabilité beaucoup moins évidente que dans les discours étasuniens et dans les médias du monde occidental aux ordres, les uns comme les autres sans preuve. Ces derniers ne feront aucune enquête, les « journalistes » français n’étant pas les derniers dans cette grande œuvre d’enfumage où on ne fait que répéter vilement le discours officiel d’outre-Atlantique. Tout ce qui vient de Washington, dans cette affaire comme dans bien d’autres, est certifié sincère…

Puis, curieusement, la roue tourna. Le 13 décembre 2001, diffusion d’une première vidéo « confession » dans laquelle Ben Laden reconnaissait être le grand organisateur de ces attentats, depuis sa grotte afghane. L’histoire de cette cassette mérite donc quelques détails. Le directeur du FBI avait avoué, après une fouille serrée de tous les endroits où Ben Laden résida en Afghanistan, n’avoir trouvé aucun élément prouvant la connexion entre lui et les attentats. Par contre, la CIA aurait soi-disant retrouvé (sic) cette vidéo dans une maison  de Jalalabad, dans le même pays, sans plus de précision sur le lieu et les conditions, ce qui semble très peu probable et réfuté par les témoins locaux. Pourquoi cette confession tardive qui ne sembla étonner personne, trois mois plus tard et non pas dès les faits ? Bémol et non des moindres, cette culpabilité n’était en fait révélée que… dans les sous-titres étasuniens, la vidéo présentée étant de qualité médiocre, la voix de Ben Laden bien souvent très difficile a entendre, sinon inaudible. C’est à partir de ces sous-titres et d’eux seuls que la quasi totalité des médias firent une transcription dans leur langue vernaculaire, sans bien entendu s’assurer auparavant de la véracité de la traduction initiale du sous-titrage. Tout ce qui vient des États-Unis… L’infime minorité journalistique faisant l’effort, dont l’équipe du magazine télévisé allemand Monitor, équivalent du 60 minutes étasunien, découvrira que certains mots ne furent pas traduits à leur juste valeur dans le contexte de cette vidéo.  Arrangement voulu avec la vérité pour fournir une « preuve », chose semblant de plus en plus difficile à procurer à ceux qui doutaient ? (Selon La face cachée du 11 septembre d’Éric Laurent chez Plon). Nouvelle version de « l’infirmière » koweïtienne ayant permis le démarrage de Tempête du désert ? Notons quand même que cette pseudo preuve de rien fut seulement exhibée par Bush après l’entrée de ses troupes en Afghanistan. Comme l’agression perpétrée par Ben Laden et ses « terroristes » était censée représenter la raison de ce pilonnage aérien et de cette invasion, on peut conclure que la population afghane a été une fois de plus martyrisée, durant ces premiers mois au moins, sans la moindre raison. Tous les experts consultés, quel que soit le pays occidental, relèvent les ajouts étasuniens n’ayant aucun rapport avec ce qui se dit en arabe et même la traduction non conforme d’un certain nombre de mots et phrases arabes.

Pour finir sur cette première mascarade, comme chacun est persuadé, à juste titre, que Ben Laden était particulièrement attaché à une pratique rigoriste du Coran, il faudra expliquer pourquoi il portait une bague en or, interdite par le même islam pour les hommes. Mais le comble du cynisme sera atteint quatre jour avant le vote des Étasuniens pour les élections présidentielles de 2004. Une seconde cassette vidéo de confession fut diffusée à ce peuple crédule, sous éternelle influence, ce nouveau Comics participant au premier chef à l’échec du candidat démocrate et à la réélection de Bush. Dans cette vidéo, les soupçons de traficotage furent omniprésents, Karl Rove n’étant certainement pas étranger à sa production, la date de diffusion était claire sur le seul but visé. On se trouvait au même niveau de tripatouillage électoral, mais psychologique cette fois, que lors de la précédente consultation où, en Floride, le frère gouverneur avait arrangé une victoire pour le moins incertaine. Ben Laden, sans doute mort depuis longtemps, volant au secours de Bush maltraité dans les sondages en fin de campagne ! Il fallait que ce dernier gagne, non pour lui, type sans épaisseur, mais pour le grand bonheur du complexe militaro-industriel, de Cheney et quelques autres comme Halliburton, engrangeant des profits astronomiques en Irak, en Afghanistan et préparant les agressions suivantes. Regardez de plus près cette vidéo. Chez tous, cheveux et poils grisonnent en vieillissant, chez ce Ben Laden, la tendance serait quasiment inverse. Comment expliquer cette étrangeté en sachant que l’homme, de part son attachement religieux, était loin d’être une « cocotte » se teignant toute pilosité ? De plus, nez et autres détails du visage comme empâtés ne semblent pas pouvoir se rattacher au même homme que sur les précédentes images disponibles.

Sans doute mort, Ben Laden ? Atteint d’une déficience rénale chronique grave, difficilement soignable, au vu du matériel à installer dans les fameuses grottes afghanes dépourvues de toute distribution d’énergie, certaines sources l’annoncent décédé fin 2001. Son état nécessitant une dialyse tous les trois jours, comment aurait-il pu tenir quasiment 10 ans sans soins ? N’importe quel médecin généraliste vous confirmera cette impossibilité. Il fut repéré une dernière fois le 11 novembre 2001 à Jalalabad, partant avec son convoi automobile vers Tora-Bora qu’il quittera avant la fin du même mois. Selon les témoignages recueillis sur place par Éric Laurent (La face cachée du 11 septembre), on le vit du côté de Tora Bora le 26 novembre 2001, puis dans un village à une dizaine de kilomètres le 1er ou le 2 décembre suivant avant de disparaître à tout jamais. En fait, Ben Laden fut bien déclaré décédé une dizaine de fois. La première alerte, sans doute la bonne compte-tenu de son dossier médical, fut donnée par le Telegraph du 27 décembre 2001, sur une information d’un membre de l’administration Bush. Musharraf président pakistanais confirmera ensuite, le 19 janvier 2002, la mort de Ben Laden en décembre 2001 et son enterrement dans les montagnes au sud-est de l’Afghanistan. Suivront BBC News sur une information de Dale Watson, chef de la cellule antiterroriste du FBI et bien d’autres, comme cette note Confidentiel-Défense de la DGSE du 21 septembre 2006 présentée dans l’Est républicain (quelle confidentialité !). Elle annonçait la mort de Ben Laden de la typhoïde, un mois plus tôt. Élément complémentaire de doute sur la durée de nuisance de Ben Laden, Alain Chouet, ancien Chef de service des renseignements de sécurité à la DGSE intervint au Sénat, comme déjà évoqué. Il affirmait : « Comme bon nombre de mes collègues professionnels à travers le monde, j’estime sur la base d’informations sérieuses et recoupées qu’al-Qaïda est morte sur le plan opérationnel dans les trous à rats de Tora Bora en 2002. » En point de détail, les trous à rats sont bien loin du mensonge des médias et de leur Ligne Maginot bis. Entre l’information du professionnel du renseignement et les délires médiatiques, comment hésiter ? Et ne parlons pas de sa soi-disant capture rocambolesque ! En dehors de la grande production hollywoodienne sous le règne d’Obama, aboutissant à la soi-disant mort de Ben Laden et au largage de son corps en mer – on n’est jamais assez prudent – rien ne prouve la date réelle de sa disparition. Cet assaut arrivait surtout à point nommé pour remonter la cote d’Obama en chute libre et, sûrement par hasard, correspondait à l’ouverture de la campagne pour la future élection présidentielle étasunienne. S’il était toutefois encore vivant à cette date, il rendit un distingué service aux États-Unis en personnalisant le terrorisme. Il leur permettait d’agiter un épouvantail au dessus des foules afin que ces dernières légitiment les guerres impérialistes et le contre-terrorisme d’État.

Seymour Hersh, vrai grand reporter déjà évoqué, sembla donner vie à cet enfumage, mais en lisant attentivement son long texte parfaitement documenté, paru dans la London Review of books le 10 mai 2015, on s’imprègne surtout de ses doutes. Le résumé de son étude pourrait-être, oui un musulman fut tué lors de l’assaut des SEAL et son corps fut jeté en mer. Les versions, hors mensonges d’Obama et de la Maison Blanche, sont tellement à géométrie variable qu’il n’est pas interdit de plutôt penser à la mort d’un sosie, un de ceux des vidéos maintenant sans utilité mais non sans risque s’il restait en vie. L’histoire racontée à la CIA en août 2010 par un transfuge faisait état de la vie de Ben Laden dans les montagnes de l’Hindou Kouch de 2001 à 2006, région où les prises électriques destinées au raccordement d’une machine à dialyser ne sont pas des plus faciles à trouver. Encore une fois, comment expliquer cette durée de survie sans les dialyses nécessaires, deux fois par semaine depuis l’automne 2001 ? En 2007, l’Institut suisse d’intelligence artificielle Dalle Molle, mondialement considéré comme la meilleure expertise possible en reconnaissance vidéo et vocale, donna ses conclusions sur ce point. Tous les enregistrements produits après la fin septembre 2001, y compris et surtout la cassette des aveux de Ben Laden seraient des faux. Cet avis autorisé fut donné après l’étude de 15 bandes sons différentes, postérieures à cette date, bandes, comme par hasard, « authentifiées » par la CIA !

Il y eut une troisième cassette vidéo diffusée le 8 septembre 2007, encore un hasard, au moment où allait débuter au Sénat le débat sur la stratégie étasunienne en Irak, même Le Figaro fit le rapprochement ! À force de prendre les gens pour des idiots incurables, il y avait du laisser-aller dans ce document. Sur 30 minutes de vidéo, seulement 4 minutes animées, le reste, une voix off récitait le texte. Le décor étant le même et Ben Laden ne semblant toujours  pas atteint par les tracas de l’âge, de fortes interrogations furent émises sur la date de réalisation, sans doute trois ans plus tôt, en même temps que la précédente. La DGSE émit également de sérieuses réserves. Ses spécialistes ayant remarqué un mouvement alternatif des sourcils jamais entrevus chez lui auparavant, le rapport se concluait sur la possibilité d’un sosie. Ce service de renseignements avait une autre très bonne raison d’exprimer des doutes. Cette cassette vidéo fut exhibée par le SITE, centre – étasunien bien sûr – de surveillance des sites islamistes. Comme pour la soi-disant officialisation de la mort de Ben Laden annoncée par al-Qaïda après l’épisode douteux d’Obama, il s’agissait de repiquage sur des forums djihadistes, comme par hasard, informations non sourcées et invérifiables dans les deux cas.

La question, les aveux

En dehors de ces mensonges avérés et de ces doutes, sur quoi reposait la certitude officielle de la culpabilité de Ben Laden ? Une seule « preuve », les aveux de Khaled Cheikh Mohammed, obtenus sous la torture à Guantánamo. 183 séances officiellement admises par le pouvoir sur ce suspect, le Moyen Âge étasunien est en marche ! La phrase fameuse d’Albert Einstein : « Les États-Unis sont un pays passé directement de la barbarie à la décadence, sans jamais connaître la civilisation » revient obligatoirement en surface dans ces conditions, même si la barbarie reste toujours d’actualité. Il fallut donc attendre le 1er mars 2003 pour que celui qui est considéré par les États-Unis comme le cerveau des attentats du 11 septembre (Ah bon, le cerveau n’était donc pas Ben Laden ?), soit arrêté au Pakistan. Allez comprendre, le gouvernement de Bush avait la certitude de la culpabilité de Ben Laden le 11 septembre dès 16 heures mais, pour arriver à cette confirmation, près de deux ans pour la capture de Khaled et 180 séances de torture furent nécessaires ? Déjà se profile l’enfumage officiel. Quel besoin de ces exactions d’un autre âge, si le dossier était clair et structuré, présentant suffisamment de preuves flagrantes de la responsabilité des accusés pour les faire enfermer durant des siècles ? Elles devaient être particulièrement légères les pseudo-preuves pour être obligé de recourir à de telles pratiques ! On est au meilleur de la Gestapo ou du KGB de la grande époque, il est coupable parce qu’il doit être coupable.

Il ne fut toutefois pas le seul à bénéficier des « attentions » de la CIA, comme l’a confirmé Michael Hayden, patron de l’agence, le 6 février 2008 devant la Commission du renseignement du Sénat (autres références : « CIA chief confirms use of waterboarding on 3 terror detainee » Jurist Legal News & research, university of Pittsburg school of Law ; « CIA finally admits to waterboarding » Caitlin Price 7 février 2008 ; « La CIA a utilisé le waterboarding 266 fois sur deux prisonniers », Le Monde 20 avril 2009). Cet essai n’est pas le lieu pour développer au-delà cette information, le principal point à retenir est que cette torture fut généralisée non pas semble-il pour faire avouer des crimes ou des informations, mais pour créer un conditionnement des suspects ! En un mot, on faisait entrer par ce moyen les aveux dans le crâne de ces hommes, afin de pouvoir présenter au gouvernement des preuves de leur culpabilité et qu’ils ne se rétractent pas durant un procès éventuel !

Jamais les membres de la Commission n’eurent l’autorisation de rencontrer les suppliciés pour vérifier leurs aveux. Ils durent se contenter des déclarations sur « l’honneur » (sic !) des bourreaux de la CIA ayant recueilli ces confidences ! Difficile de faire moins sûr et plus léger comme preuves d’accusation. Extrait joint de la page 176 du rapport de la Commission sur ce sujet.

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Il est remarquable de voir ces gens ne sachant comment nous dire que les informations fournies par les prisonniers le furent sous la torture et que jamais ils n’eurent accès aux « membres » d’al-Qaïda pour vérifier la véracité de leurs aveux. Malgré tout, ils décidèrent de prendre cela en compte sur la seule foi des bourreaux. Où est l’objectivité de leur enquête ? Pas bégueule, la Commission. Ses demandes, ses questions sont repoussées, on ignore sa haute mission au sein de l’État et elle ne fait que le constater, sans même clairement le regretter. Pas regardante non plus sur « ces interrogatoires délicats » et sérieusement bornée enfin dans ses commentaires, dignes des dialogues  d’un mauvais film d’espionnage de série B, « Ennemis jurés des États-Unis ». Doit-on leur rappeler que le rapport d’une commission chargée de traiter un problème aussi grave doit avoir une autre tenue qu’un tract de propagande partisane et présenter les preuves de ce qu’elle avance ? Où sont celles justifiant ce qualificatif et bien d’autres ? Pour sans doute se dédouaner quelque peu dans leur livre écrit en commun, « Without precedent », les président et vice-président de cette pantalonnade s’excusaient presque de leur docilité : « Nous n’avions aucun moyen de vérifier la fiabilité des informations fournies par la CIA », ce qui ne les empêcha pas de les prendre en compte.

Pour Newsweek, sous la plume de Philip Shenon, « Tout ceci jette un voile sur la crédibilité du rapport final de la Commission. Dans les cercles du renseignement, on accorde que peu de crédit aux témoignages recueillis sous la torture ». Tout est tellement clair dans ce dossier des aveux que le procès devant une juridiction spéciale militaire, dont on pouvait a priori douter de l’objectivité, fut annulé par Obama en janvier 2009, transféré à un tribunal civil et toujours pas commencé… Courage, freinons. Même aux États-Unis, semi-dictature soft depuis cette date, aucune chance qu’un tel dossier puisse avoir un avenir juridique. Comme si ce point de la torture n’était pas suffisant à lui seul pour entacher d’un doute majeur cette déposition, un événement pouvant être d’une importance capitale survint en cette fin d’année 2014. Le 9 décembre, la sénatrice Démocrate Dianne Feinstein, présidente de la commission du renseignement au Sénat, rendait public le rapport sur la torture et l’emprisonnement arbitraire. Ces faits, bien sûr en rapport avec le 11 septembre 2001, sont accablants pour le gouvernement étasunien de l’époque, régulièrement tenu informé des « expériences » réalisées sur place. Ils le sont aussi pour souligner la veulerie et la complicité du gouvernement suivant. Obama annonça aussitôt qu’il ne lancerait pas de poursuites contre les bourreaux, façon délicate de favoriser la torture en toute occasion, Kerry se disant, lui, préoccupé. Rassurez-vous, pas des conséquences de cette barbarie, mais parce que ce rapport allait attiser, inciter et encourager les attaques contre les Étasuniens et leurs alliés… Il nous explique en fait clairement la raison des attaques terroristes que nous subissons sporadiquement. L’agression systématique de ce qui est arabe depuis au moins la fin de la Seconde Guerre mondiale favorise la montée du refus des mêmes de toujours être le bouc émissaire. À partir de ce nouveau document, la responsabilité de Ben Laden et ses soi-disant troupes dans ces attentats, déjà gravement mise en cause dans ce chapitre, devient au moins improbable.

Il y a les bons Arabes… et les autres

Après ces généralités posant déjà question dans notre contexte, voyons plus précisément les accusations, en entrant dans les détails pour le moins délicats à expliquer par le pouvoir. Parmi les interrogations posées par le début de cette période Bush, pourquoi l’ordre donné par l’équipe gouvernementale à tous, dès sa prise de fonction en janvier 2001, de cesser immédiatement toute enquête sur l’ensemble de la famille Ben Laden aux États-Unis ? Avec le niveau de « respectabilité » de ces milliardaires, enquête en cours et graves soupçons. On n’enquête pas pour des vétilles sur des gens de la « bonne société », partenaires en affaire de la famille présidentielle étasunienne en plus ! Donc à cette date, outre Oussama, déjà longuement étudié, le reste de sa famille dont deux de ses frères vivant à proximité de Washington, n’étaient pas partout en odeur de sainteté. Il semble même que leur accointance avec le financement du terrorisme soit quasiment assurée. Serait-ce leur statut d’actionnaires du groupe Carlyle, groupe d’investissement dans lequel Bush et le trône saoudien ont aussi des parts importantes, qui leur valu cette brusque amnistie au moins orale à l’arrivée de junior à la présidence ? Pour en finir avec les doutes sur cette famille, elle aura aussi, par hasard, l’honneur de faire partie des exfiltrés de l’après 11 septembre. Alors que la totalité de l’aviation commerciale mondiale était interdite de vol au départ ou vers les États-Unis, des avions furent autorisés à décoller le 13 septembre. Ils rapatrieront vers l’Arabie un certain nombre de personnes en général riches et pour la totalité originaires du Moyen-Orient, dont l’équipe de Bush ne voulait visiblement pas qu’elles soient en contact avec les enquêteurs et/ou les journalistes. Pourquoi cette exfiltration expresse, comme celle des gens du Mossad un peu plus tard, sinon pour les soustraire aux questions pouvant se révéler embarrassantes ? Pourquoi ce procédé curieux alors que, de toute façon, les jeux étaient faits et les coupables désignés à la vindicte populaire ? Fallait-il que le dossier soit mince et que l’équipe au pouvoir craigne interrogatoires ou interviews pour justifier de telles pratiques ! Bilan 140 Saoudiens, dont 24 pour la seule famille Ben Laden, évacués grâce à six jets d’affaire et un gros porteur. On trouva cette révélation dans le New York Times où il fut question de la supervision de l’Arabie saoudite dans ces exfiltrations. Parmi ces jets d’affaire, au moins un Learjet fut mis à la disposition des Ben Laden par Raytheon, dont nous n’avons pas fini de parler dans cette enquête. Pourquoi est-ce que cette entreprise, leader mondial en matériel high-tech destiné à l’aviation militaire et aux drones, « sponsorise » ainsi la dynastie du BTP dans son lointain pays ? Il décolla de Tampa, Floride, le 13 septembre pour Lexington, Kentucky, bénéficiant  d’une autorisation du même FBI qu’on empêchait d’ailleurs d’enquêter sur elle depuis le début de l’année. Sur ce dernier aéroport, le Learjet n’eut qu’à s’immobiliser à côté d’un Boeing 747 de la Saudia Airlines qui se permit même une escale à Boston avant de regagner le pays. Ce fait est rapporté par Jane Mayer dans le New Yorker d’après les confidences d’un haut fonctionnaire saoudien et par Michael Moore dans ses œuvres informatives. Une fois de plus le rapport de la Commission d’enquête est pris en flagrant délit de mensonge, lorsqu’elle affirme que tous les vols reprirent dès le 13 septembre au matin, pour mieux désamorcer la bombe de l’exfiltration autorisée des riches Arabes que Bush et son équipe préféraient voir loin. (Page 383)

Communiqué du Nouvel Obs du 14 septembre 2001 :

« Alors que les responsables américains avaient annoncé qu’ils autorisaient la reprise du trafic aérien aux États-Unis à compter de jeudi [13 septembre, NdA], le ciel des États-Unis restait fermé aux vols étrangers vendredi matin [14 septembre, NdA] à l’exception de ceux des compagnies aériennes canadiennes, après la mise en place de nouvelles règles de sécurité renforcées. »

L’Administration de l’aviation civile (FAA) avait pourtant autorisé jeudi des appareils étrangers non canadiens à se poser dans des aéroports américains. Mais il s’agissait d’exceptions accordées à des vols, partis depuis mardi vers les États-Unis, puis détournés vers le Canada peu après les attentats.

Avant de reprendre leurs vols vers les États-Unis les compagnies aériennes devront répondre à une série de nouvelles mesures de sécurité. « Toutes les compagnies étrangères vont recevoir un amendement à leur programme de sécurité approuvé par la FAA, exigeant l’application de mesures de sécurité additionnelles avant qu’elles ne soient autorisées à reprendre leurs opérations », a prévenu jeudi le porte-parole de la FAA Hank Price.

De fait, certaines compagnies ont annoncé une reprise des vols, avant de revenir sur leur décision faute de pouvoir satisfaire dans l’immédiat aux nouvelles normes de sécurité. Le Secrétaire américain aux transports, Norman Mineta, avait précisé que les vols commerciaux et privés seraient autorisés à partir de 11h heure de New York (15H GMT). Les aéroports rouvriront et les vols reprendront au cas par cas, a-t-il ajouté, et uniquement après vérification de la mise en œuvre de mesures de sécurité drastiques. « Cette approche progressive garantira la sécurité maximale, qui est notre objectif premier », a-t-il dit.

Pour cette reprise, l’Administration fédérale de l’aviation civile (FAA) a en effet décrété de nouvelles mesures de sécurité équivalentes à celles instaurées pendant la guerre du Golfe en 1991. M. Mineta a appelé les voyageurs à se renseigner auprès des compagnies aériennes et les a prévenus que toutes les procédures prendraient beaucoup plus de temps, en raison des nouvelles consignes de sécurité. « Il y aura certains inconvénients, mais la sécurité sera le premier élément du système a être rétabli », précise-t-il dans un communiqué diffusé par la Maison Blanche.

Certains vols réguliers de la compagnie United Airlines devaient décoller à 19h (17h GMT) jeudi. Une autre compagnie américaine, Continental, a annulé tous ses vols réguliers pour la journée mais a prévu de mettre en place des vols spéciaux vers des villes comme San Francisco et Cleveland, « pour lesquelles nous avons une demande », a expliqué la porte-parole Erica Roy. D’autres vols intérieurs étaient prévus dans la soirée. Peu de temps après la décision américaine, la compagnie suisse Swissair a annoncé la reprise de trois vols à destination de New York, Washington et Los Angeles. En Allemagne, les principales compagnies américaines ont précisé que les vols transatlantiques ne reprendraient pas avant vendredi alors que la compagnie nationale Lufthansa ne savait pas encore quand elle serait en mesure de reprendre ses vols à destination des États-Unis. Elle craignait que l’espace aérien américain ne soit saturé.

Il fut cocasse de voir ladite Commission envoyer à l’aéroport de Tampa une liste de questions concernant le vol de ce Learjet dédié aux Ben Laden. En le confirmant, cette dernière faisait tomber l’omerta officielle s’étendant jusqu’à la Maison-Blanche avant ce questionnaire, seule la commission fut chargée de maintenir l’illusion d’une belle histoire !

Partie 2 à suivre

Michel Straugof

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Annexes

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