Trump et la finance :
« Un arrangement merdeux »


Le gâchis de la déréglementation financière de Trump


La crise financière de 2008 et Goldman Sachs

Sous-Comité du Sénat US pour les Investigations des Affaires Gouvernementales Vidéo sous-titrée en français


2016-09-24_11h42_10Par Mike Withney – Le 10 février 2017 – Source CounterPunch

Donald Trump veut déchirer le livre de règles financières et laisser les banquiers aller en roue libre. Mais ne l’avons-nous pas essayé avant ?

Vendredi dernier, le président a annoncé un plan pour supprimer les règles mises en place en 2010 pour empêcher une autre crise financière. Trump veut revenir au « bon vieux temps » où l’industrie des services financiers pouvait arnaquer les clients en toute impunité, entasser les dettes et gérer des maisons de courtage brassant des milliers de milliards de dollars garantis par de ridicules petits tas de capitaux. Naturellement, Wall Street a applaudi l’idée audacieuse du président en envoyant les trois principaux indices boursiers en flèche dans un territoire stratosphérique. La classe des investisseurs sait reconnaître une bonne affaire quand elle se présente.

Flanqué de ses copains pour une séance photo après l’annonce, le président milliardaire a dit qu’il allait retirer les dispositions désespérément édentées du projet de loi de réforme financière 2010 Dodd-Frank, afin que les banques et autres institutions financières puissent reprendre les activités déstabilisatrices et prédatrices qui ont réduit en cendres le système financier, effacé un capital estimé à 14 mille milliards de dollars, envoyé 9 millions de propriétaires à la rue, et réduit l’économie mondiale à un tas de décombres en flammes.

Selon Trump, les avantages à se débarrasser des règles dépassent de loin les risques qui, bien sûr, seront assumés exclusivement par la classe ouvrière, qui a naïvement soutenu la campagne de Trump pour la présidentielle, pensant qu’il avait leurs intérêts à cœur. Espérons que ces gens se rendront compte que le Président Cuillère en argent dans la bouche s’est allié avec les scélérats voleurs qui ont précipité le crash financier en 2008 et dont la seule ambition dans la vie est de nourrir leur appétit vorace.

Trump est particulièrement agacé par la soi-disant « règle fiduciaire », qui exige des conseillers financiers de mettre les intérêts de leurs clients au-dessus des leurs. Quel genre de folie est-ce là ? Comment un type est-il censé rembourser son domaine de 32 chambres en bord de mer dans les Hamptons, s’il ne peut pas détrousser quelques parieurs crédules de temps en temps ?

Trump considère la régulation comme un autre exemple onéreux d’excès et d’ingérence infantile du gouvernement. Il pense que la règle réduit les prêts et limite le choix des investisseurs, alors qu’en fait, elle évite simplement aux investisseurs lambda de se faire escroquer par des loups-garous, payés à la commission, qui choisissent judicieusement les poches de clients crédules afin de renforcer leurs propres profits. C’est exactement le nom du jeu ; couillonner mémé pour engraisser la ligne du bénéfice. En voici plus du Wall Street Journal :

La loi Dodd-Frank a engendré des milliers de pages de règles destinées à rendre les banques plus sûres. Maintenant, avec le président Donald Trump cherchant à défaire une grande partie de cette législation, les banques se précipitent pour préparer leurs listes de souhaits […]

Sur les listes de souhaits des banquiers, il y a des changements aux soi-disant stress tests administrés chaque année par la Réserve fédérale. L’examen vise à évaluer la capacité d’une banque à faire face à de grands chocs qui pourraient faire basculer le système financier. Alors que les banques disent que les tests de stress ont des mérites, elles veulent un processus plus quantitatif, moins imprévisible et plus collaboratif. C’est crucial pour elles, car les tests permettent de déterminer la quantité de capitaux que les banques peuvent rapporter via des dividendes ou des rachats d’actions […]

Mis à part le changement de règles spécifiques, de nombreuses banques apprécieraient un changement de ton des régulateurs, qui ont une marge de manœuvre dans la façon dont ils interprètent les règles. Certains disent que les relations entre banques et régulateurs sont devenues trop antagonistes ces dernières années.

C’est un domaine où l’administration peut avoir l’impact le plus immédiat. Au cours des dix-huit prochains mois, le président Trump devrait avoir l’occasion de nommer un certain nombre de régulateurs financiers, allant des principaux gouverneurs de la Réserve fédérale aux chefs du Bureau de contrôle de la monnaie, de la Federal Deposit Insurance Corp. [qui garantit les déposants]et du Consumer Financial Protection Bureau [qui protège les consommateurs].

Selon le Wall Street JournalComment les grandes banques veulent modifier la règlementation. Extrait :

« Il pourrait y avoir des changements majeurs, à la suite du remplacement à la tête des organismes », a déclaré H. Rodgin Cohen, président principal du cabinet d’avocats Sullivan & Cromwell LLP. « Et à certains égards critiques, la supervision [bancaire] est l’élément le plus important. Vous n’avez pas réellement besoin de législation. »

Résumons : Dodd-Frank a créé des milliers de pages de règles conçues pour rendre les banques plus sûres. Trump veut jeter l’ensemble du règlement à la poubelle, le plus vite possible. Vous avez bien compris ?

Deuxièmement, les banques veulent des tests de résistance plus souples afin qu’elles n’aient pas à détenir autant de capitaux, de cette façon, elles peuvent engraisser le prix des actions en rachetant les leurs et écumer de gros profits sur les gains obtenus. Malheureusement, moins de capital signifie plus de risques pour le public, parce que les banques sous-capitalisées sont plus enclines à couler. Naturellement, cela ne dérange pas Trump, qui favorise l’option plus risquée mais plus rentable. Et pourquoi pas ? Après tout, Trump sait par expérience que le coût de toute fusion sera supporté par les contribuables américains comme la dernière fois. Alors, pourquoi s’inquiéter ?

Troisièmement, les banques veulent des régulateurs plus amicaux (« moins hostiles ») qui soient plus disposés à assouplir les règles pour leur donner l’air plus rassurant que ce qu’elles sont réellement. Ai-je mentionné que les rejetons de Goldman Sachs occuperont des postes à la SEC [le gendarme de la Bourse] (Jay Clayton) et au Trésor américain (Steve Mnuchin) ? Voilà qui devrait faire l’affaire, non ?

En d’autres termes, quels que soient les règlements que le Président Bulldozer ne pourra pas effacer purement et simplement, il va les rendre inoffensifs en désignant des régulateurs bas les pattes qui, tout simplement, regardent de l’autre côté et ignorent les activités prédatrices et frauduleuses qui se déroulent sous leur nez. Le Wall Street Journal l’admet même ouvertement.

Lisez-ça : Les réformes de Trump sont des rêves de banquiers. Extrait

L’administration prévoit de changer la façon dont les règles post-crise sont appliquées, dont beaucoup sont à la discrétion des régulateurs. Cela comprend l’application plus légère de la règle dite Volcker, qui empêche les banques de faire des transactions pour leur compte. Le Bureau de la protection financière des consommateurs pourrait également voir un changement de personnel. Il pourrait même y avoir un certain soulagement sur les exigences de capital. […] L’administration a assez de pouvoir par elle-même pour déplacer considérablement le curseur, en particulier pour les plus grandes entreprises de Wall Street. Les marchés d’actions, qui comptent déjà parmi les plus gros gagnants depuis l’élection, ont obtenu du carburant frais pour aller plus haut.

C’est sérieux les gars, du lourd ! Le saccage provoqué par la déréglementation de Trump va avoir un impact sur la vie et le niveau de vie de chaque homme, femme et enfant dans ce pays. Il va transformer Wall Street en un Fukushima financier qui va pulvériser l’économie américaine, la réduisant à un amas de déchets toxiques incapable de soutenir la classe moyenne déjà presque morte. Et tout ça pour quoi ? Pour ajouter un peu plus d’hélium à une bulle boursière grossièrement gonflée ? C’est absurde.

En fait, lorsque le WSJ parle d’« application plus légère de la règle dite Volcker », cela signifie, en réalité, que les banques vont avoir une plus grande souplesse dans la façon dont elles utilisent les dépôts, assurés par le gouvernement, pour leurs opérations de casino. N’aimeriez-vous pas cela, vous ? Ne voudriez-vous pas placer un gros paquet de pognon sur Gélinotte au prix de l’Arc de Triomphe, sachant que si vous perdez, le gouvernement va réparer les dégâts ?

Bien sûr, vous le feriez. Tout le monde le ferait, mais Trump pense que les avantages devraient aller exclusivement aux banques, parce qu’elles font partie du grand club. Et comme le dit l’humoriste George Carlin, « vous et moi ne faisons pas partie du grand club ».

Et c’est quoi, le problème de Trump avec la protection des consommateurs ? Après tout, Wells Fargo vient juste d’écoper d’une amende de 100 millions de dollars pour l’ouverture de faux comptes sans l’assentiment de ses clients.

Ouais, ils l’ont fait, c’est sûr. Et c’est ça qui a autant énervé Trump. Le Président n’aime pas l’idée que ses potes banquiers se fassent taper sur les doigts, par un régulateur parvenu, dans une croisade pour nettoyer la corruption de Wall Street. Il n’aime pas ça du tout. Il va décapiter l’ennuyeux Office de protection des consommateurs, réduire son budget et s’assurer que son directeur, Richard Cordray, soit envoyé paître. Vous ne pouvez pas mettre des défenseurs des consommateurs dans des postes de pouvoir qui font réellement leur travail. Ça va sûrement pas le faire !

Dodd-Frank est juste une partie du plan directeur de Trump pour s’accoquiner avec les poids lourds de Wall Street, afin de consolider son pouvoir personnel. C’est ce qui se passe réellement. Trump a déjà fait les mêmes appels du pied aux huiles de l’armée, de la police et de la communauté du renseignement ; maintenant, il veut être copain avec les gros pontes de l’argent. Ce n’est qu’un jeu de pouvoir. C’est juste dommage que sa base ne l’ait pas encore compris.

Mike Withney

Traduit et édité par jj, relu par nadine pour le Saker Francophone

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