Les relations sino pakistanaises entrent dans une nouvelle phase.


Par Alex Gorka – Le 3 avril 2017 – Source Strategic Culture

Le port de Gwadar, au Pakistan.

Les troupes chinoises, saoudiennes et turques se sont jointes pour la première fois au défilé de la fête nationale pakistanaise, à Islamabad, le 23 mars. Un événement important, en particulier pour les relations bilatérales entre le Pakistan et la Chine. Cette fête nationale commémore le 23 mars 1940, quand une résolution a été votée pour exiger l’établissement d’une patrie séparée pour protéger les musulmans dans la colonie, alors britannique, de l’Inde.

Au cours de la dernière décennie, la Chine est apparue comme un allié de plus en plus important pour le Pakistan, à la fois sur le plan économique et militaire, car le Pakistan était inquiet à la fois par l’affaiblissement de ses liens avec les États-Unis et par ce qu’il considère comme la menace permanente de la part de son voisin, l’Inde.

Le Pakistan et la Chine sont impliqués dans une coopération économique à grande échelle. Le corridor économique sino-pakistanais (CESP), un investissement de 57 milliards de dollars financé par Pékin, est un ensemble de projets d’infrastructure et énergétique. Un réseau de routes, de chemins de fer et de pipelines reliera le Xinjiang dans l’extrême ouest de la Chine au port de Gwadar, situé au bord de la mer d’Oman au Pakistan. Le projet comprend l’établissement de zones économiques spéciales. Le CESP est devenu partiellement opérationnel le 13 novembre 2016, lorsque du fret chinois a été transporté par voie terrestre vers le port de Gwadar pour l’expédier par la mer vers l’Asie occidentale et l’Afrique.

Les navires de la marine chinoise seront ancrés à Gwadar pour protéger le port et le commerce dans le cadre du CESP. Un escadron spécial de quatre à six navires doit être déployé, des navires chinois et pakistanais. Des marins chinois seront stationnés dans la région.

Gwadar est situé sur la mer d’Oman, à seulement 180 milles marins (330 kilomètres) du détroit d’Ormuz, qui voit passer un tiers de l’approvisionnement en pétrole du monde. Le port offre un emplacement privilégié pour surveiller le trafic du détroit d’Ormuz venant du golfe Persique, ainsi que l’accès à des routes terrestres bon marché ou au commerce moyen-oriental traversant le Pakistan pour atteindre la Chine occidentale et l’Asie centrale. La marine chinoise opérera dans la mer d’Oman jusqu’à la côte africaine et le Golfe Persique. Gwadar offre une route plus courte vers l’ouest de la Chine – via l’autoroute Karakoram récemment étendue et passant par le Gilgit-Baltistan, au nord du Pakistan – et une route alternative aux voies maritimes qui passent par le détroit de Malacca.

Plus tôt ce mois-ci, l’armée pakistanaise a annoncé qu’elle utiliserait le système de missiles sol-air LY-80 chinois. Pékin a également convenu de fournir jusqu’à huit nouveaux sous-marins à la marine pakistanaise d’ici 2028, dont une moitié sera construite à Karachi.

L’année dernière, l’armée chinoise et le corps de police frontalier du Pakistan ont effectué la première patrouille conjointe le long de leur frontière commune. Elle a eu lieu juste après que l’Inde a déployé plus de 100 chars T-72 au Ladakh pour contrebalancer le renforcement militaire chinois le long de la frontière en litige.

Ce mois-ci, le général Qamar Javed Bajwa, le nouveau chef de l’armée pakistanaise, s’est rendu en Chine pour discuter avec le général Fang Fenghui, chef du département conjoint de la Commission militaire centrale. L’ordre du jour comprenait l’accord entre la Chine et le Pakistan pour produire, sur le sol pakistanais, des missiles balistiques, des missiles de croisière, des missiles anti-aériens, des missiles anti-navires et des chars de combat.

La Chine prévoit d’intensifier la coopération militaire avec le Pakistan pour produire des avions de combat multifonctions, y compris la production en série du FC-1 Xiaolong (appelé JF-17 Thunder au Pakistan), un avion de combat léger et multifonctions développé conjointement par les deux pays. Les parties ont discuté des moyens d’assurer la sécurité du CESP et ont convenu de renforcer la coopération antiterroriste.

L’armée pakistanaise est disposée à approfondir la coopération avec l’armée chinoise et à soutenir le mécanisme de coopération et de coordination quadrilatérale contre le terrorisme entre les forces armées afghanes, chinoises, pakistanaises et tadjikes.

Les deux États semblent passer d’une coopération militaire étroite à la formation d’une alliance stratégique, ce qui a suscité des inquiétudes en Inde, qui a une longue histoire de guerres et de tensions avec la Chine et le Pakistan. Delhi et Islamabad se disputent l’état du Cachemire, un point chaud qui peut exploser à tout moment. Le terrorisme transfrontalier est une question brûlante qui détériore les relations.

Des conflits entre ces États, tous amicaux envers la Russie, sont la dernière chose que désire Moscou. Les tensions dans la région sont contraires à ses intérêts. Contrairement aux États-Unis, Moscou n’a pas l’intention de « contenir la Chine », une partenaire. La Russie est une vieille amie de l’Inde. Elle entretient de bonnes relations avec le Pakistan. Cette position unique la rend parfaitement adaptée à un rôle de médiateur.

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) devrait officiellement accueillir l’Inde et le Pakistan en tant que membres à part entière lors de son prochain sommet, qui se tiendra en juin à Astana. Les deux pays ont été admis en tant qu’observateurs en 2005. Maintenant, la Chine, l’Inde et le Pakistan auront un nouveau lieu de rencontre pour régler leurs différents et la Russie fera de son mieux pour atteindre cet objectif dans le cadre de l’Organisation. Après que les deux pays soient devenus membres de l’OCS, la Russie aura une nouvelle occasion de les aider à prévenir les conflits futurs et à améliorer les relations. Ce n’est pas la première fois. L’Union soviétique avait réussi, en 1966, à régler un conflit entre l’Inde et le Pakistan et mettre fin à la deuxième guerre indo-pakistanaise.

En juin dernier, le président russe Vladimir Poutine a présenté une proposition visant à créer un partenariat eurasien plus vaste sur la base de l’Union économique eurasienne (UEE) qui impliquerait la Chine, l’Inde, le Pakistan, l’Iran et un certain nombre de pays de la Communauté d’États indépendants (CEI). Le Président en a parlé lors de la session plénière du Forum économique international de Saint-Pétersbourg de 2016.

En 2016, la Chine, la Russie et la Mongolie ont officiellement signé des accords pour construire un couloir économique. L’initiative est en synergie avec l’Union économique eurasienne (UEE). Sa mise en œuvre renforcerait les relations et la coopération entre l’UEE et la Chine.

Les négociations sur les prochaines étapes d’un accord de libre-échange entre l’Inde et l’Union eurasienne ont été lancées en juillet 2016. L’Inde cherche à renforcer son commerce et ses investissements avec les États membres de l’Union et espère compléter cet accord d’ici le début de l’année 2017.

Le Pakistan est aussi intéressé à signer un accord de libre-échange avec l’UEE.

Les pays d’Asie du Sud-est manifestent de l’intérêt pour la coopération avec l’OCS en matière économique. La coopération entre l’UEE et l’OCS pourrait être un prélude à la formation d’un partenariat eurasien à grande échelle.

La Russie, l’Inde, la Chine et le Pakistan sont de grandes puissances qui portent la responsabilité de la paix et de la stabilité en Asie. Ils devraient tous sauter sur l’occasion. La Russie à l’intention d’avoir un bon rapport politique, commercial et une coopération militaire avec la Chine, l’Inde et le Pakistan. Moscou ne prend pas parti. Elle a une vision équilibrée de la région. Directement ou en coulisses, cela pourrait faciliter le dialogue entre l’Inde et le Pakistan sur des questions bilatérales. La future investiture en tant que membres à part entière de l’Inde et du Pakistan dans l’OCS facilitera la création d’un espace de sécurité eurasiatique commun.

Alex Gorka

Traduit par Wayan, relu par M pour le Saker Francophone

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