Le sale petit secret du catastrophisme


Par Ugo Bardi – Le 1er octobre 2017 – Source CassandraLegacy

Repens-toi pêcheur
La fin est proche
Le printemps arrive
Il y a des bonshommes de neige, prophètes de malheur.
Tu gâches certainement le plaisir d’attendre les jonquilles.

Si vous êtes un lecteur de ce blog, vous vous êtes peut-être demandé quel plaisir il y a à écrire chaque jour sur les catastrophes à venir : le Peak Oil, le changement climatique brutal, les méga effondrements financiers, etc. Pourquoi voudrait-on participer à cela ? N’est-ce pas beaucoup de stress ?

Bonnes questions ; et je pense que je peux vous avouer notre sale petit secret (à nous les catastrophistes). Tout d’abord, vous avez sûrement remarqué que la plupart des catastrophistes, mais pas tous, sont des hommes. Donc, en étant l’un d’entre eux, je peux vous dire que c’est un truc pour séduire les femmes. Cela fonctionne comme ceci : d’abord, convaincre la cible féminine que le monde va bientôt se terminer. Alors, pourquoi devrait-elle refuser de s’amuser avec vous avant qu’il ne soit trop tard ? Simple, n’est-ce pas ? Mais, avant de penser à mal à mon sujet, permettez-moi de vous dire que :

  1. Je n’ai jamais essayé cela.
  2. Ça ne fonctionne jamais.
  3. La dame est normalement tellement stressée par les nouvelles de fin du monde imminente qu’elle ne parviendra pas à fournir sa meilleure performance. 1.

C’est une blague (bien sur !!). Elle m’est revenue à l’esprit en lisant des infos récentes sur Guy McPherson, le principal partisan de l’idée d’« Extinction humaine à court terme » (NTE), qui a été accusé d’être un prédateur sexuel pour avoir abusé d’un disciple, une femme. À propos de cette histoire, permettez-moi de dire d’abord que je suis d’accord avec la règle selon laquelle tout le monde devrait être considéré comme innocent à moins d’être déclaré coupable. Ensuite, je peux vous dire que je vois l’extinction à court terme de l’humanité comme pas impossible, bien que peu probable. Cela dit, je pense qu’il est intéressant d’examiner cette histoire en détails.

Tout d’abord, la vague de protestation qui a éclaté parmi les adeptes de la NTE a été vraiment incroyable par sa violence verbale. Certaines personnes ont attaqué Guy McPherson avec une excitation et une véhémence que je ne peux comprendre que comme le résultat de profondes angoisses qui existaient bien avant que l’histoire ne soit connue. La défense de McPherson a aussi été faible et probablement contre-productive. Il n’a pas nié les accusations contre lui, mais il a effacé sa page Facebook comme s’il avait honte de quelque chose. Ensuite, il a vaguement parlé de « trolls » et de « l’État profond » qui l’auraient visé, ce qui n’a certainement pas renforcé sa position.

De toute évidence, il y a eu beaucoup de stress dans le groupe NTE. Pas étonnant! Si vous commencez à dire aux gens que l’humanité disparaîtra dans quelques décennies au plus, cela finit par avoir un effet sur vos nerfs. L’une des réactions à une telle situation est que les gens trouvent un peu de réconfort avec d’autres personnes qui partagent les mêmes idées. C’est humain mais, dans le cas du groupe NTE, cela semble avoir pris un certain aspect de « culte ». Au moins, j’ai remarqué que, dans de nombreux cas, les personnes orientées vers le NTE ont tendance à rejeter tous les arguments en déclarant que « le Dr McPherson l’a dit ». Cela ne signifie pas que l’idée NTE a généré un culte du suicide ou quelque chose comme ça. C’est seulement que la forte dépendance envers un leader charismatique est typique de ces cas. Et il n’est pas rare que les chefs de culte aient tendance à mal se comporter de diverses façons, même si nous n’avons aucune preuve que Guy McPherson ait fait ce qu’on lui reproche.

Dans certaines limites, nous tous, les catastrophistes, pouvons tomber dans le piège « cultuel » et former des groupes étroits de personnes partageant les mêmes idées. Je le remarque avec ce que j’écris sur ce blog. Bien que je croie que notre civilisation va commencer à décliner dans un proche avenir (voir mon travail sur l’ « Effet Sénèque »), je suis loin d’être un fanatique de la fin du monde et parfois j’essaie de dire que les choses ne sont pas si mauvaises que certaines personnes le disent. Dans ce cas, je suis souvent fortement critiqué, apparemment pour oser nier les idées fondamentales du groupe (le culte). Cet effet est particulièrement fort lorsque je prétends que l’énergie renouvelable sous forme de photovoltaïque et d’éolien peut nous aider à atténuer le déclin inévitable du futur. Certaines personnes semblent prendre cette position comme une insulte personnelle et réagir en conséquence.

Encore une fois, c’est compréhensible : pour certaines personnes, il est moins stressant de rester dans un groupe de personnes partageant les mêmes idées que de s’aventurer à l’extérieur. Pourtant, ce n’est pas bon pour la santé mentale. Nous ne sommes pas nécessairement condamnés et nous pouvons encore faire quelque chose et aider les autres à atténuer les effets du déclin futur. Pour cela, nous n’avons pas besoin de nous enfermer dans un culte 2.

Ugo Bardi

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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  1. C’est une variante de la blague des excuses de l’écolier paresseux qui n’a pas fait ses devoirs. C’est parce que a) il a perdu son cahier, b) son chien l’a mangé ; et, c) il ne savait pas qu’il en avait. Dmitry Orlov
  2. Une version antérieure de cette publication comprenait un clip vidéo du chant des Beatles « A Little Help from My Friends. » Certaines personnes l’ont interprété comme si je préconisais l’utilisation de drogues pour réduire le stress causé par le catastrophisme. Notant que le plus fort médicament que j’utilise est un occasionnel verre de vin de Chianti, j’ai pensé qu’il était préférable d’enlever le clip, juste pour éviter les malentendus
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