Le point de vue des stoïques


Faire le meilleur de ce qui est en notre pouvoir et prendre le reste comme cela vient, naturellement


Par Ugo Bardi – Le 2 août 2017 – Source CassandraLegacy

Image de Nate Hagens

Les stoïciens sont les gens au sommet de la colline. Ils appliquent la maxime d’Épictète qui a dit :  « Alors que doit-on faire ? Tirez le meilleur parti de ce qui est en votre pouvoir, et prenez le reste comme cela vient, naturellement. » (Discours, 1.1.17).

Ici on touche un point dans lequel vous devez reconnaître la réalité : le Business as usual, BAU, est mort. Non pas qu’il soit impossible d’éviter ou, au moins, de ramollir la perturbation imminente de notre mode de vie causée par l’épuisement des ressources ou le changement climatique (ou les deux). Mais cela implique de faire des sacrifices, renoncer à quelque chose aujourd’hui pour un monde meilleur demain. Et les gens ne vont tout simplement pas le faire. Nous ne sommes pas câblés pour planifier l’avenir. Nous sommes câblés pour exploiter ce que nous avons à portée de main.

Les récents événements mondiaux ont montré que les humains, dans le monde entier, ne peuvent pas voir les priorités. Le pays le plus riche du monde, les États-Unis, a tourné le dos à ce que la science dit sur notre écosystème vacillant, poursuivant le rêve impossible de revenir à un monde imaginaire des mineurs de charbon heureux comme l’Angleterre l’était à l’époque de Charles Dickens. Les États-Unis ne sont pas le seul exemple d’une société qui essaie désespérément de s’accrocher aux anciennes voies, refusant de changer. Pratiquement tous les pays du monde poursuivent un rêve de croissance économique qui, à ce stade, est tout aussi impossible qu’un retour au charbon.

Cela signifie-t-il que nous devons tomber dans le désespoir ? Certaines personnes semblent en être arrivées à cette conclusion : il n’y a rien qui puisse être fait, donc rien ne va être fait. Après tout, était-ce si grave pendant le Moyen Âge ? Et, de toute façon, l’extinction humaine résoudrait certainement beaucoup de problèmes. D’autres prennent la vue opposé, attendant désespérément un miracle technologique qui nous amènera à quitter la terre, à coloniser d’autres planètes et à exploiter les minerais inexistants sur les astéroïdes [en termes de concentration utile, NdT].

Que faut-il faire, alors ? Au cours des années, je me suis rapproché de plus en plus près de ce groupe de philosophes anciens qui vivaient pendant les périodes de déclin de l’Empire romain, qui se disaient « stoïciens » et se posaient la même question : que faut-il faire ? La réponse a été donnée par Épictète dans ses Discours : « Tirer le meilleur parti de ce qui est en notre pouvoir, et prendre le reste comme cela vient, naturellement ». (1.1.17). Et, après tout, Sénèque, que je crédite de l’idée de « Falaise de Sénèque », était aussi un stoïque.

Donc, voici une image des potagers que nous avons plantés dans la cour d’un immeuble de l’Université de Florence (ici il est montré avec deux étudiantes qui se sont portées volontaires pour s’en occuper). Nous prévoyons de planter beaucoup d’autres de ces jardins. Et, de cette façon, nous faisons le meilleur de ce qui est en notre pouvoir et nous prendrons le reste comme il vient, naturellement.


Ugo Bardi

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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