Le nouvel Afghanistan


Jusqu’à 1000 soldats allemands sont stationnés au Mali. Le Parlement a aussi décidé de prolonger l’engagement en Irak. 


Zone de déploiement au Mali : Pour l’armée allemande, c’est le plus grand engagement jamais entrepris; les experts avertissent que ce pourrait être une guerre permanente. (Photo: Kristin Palitza/DPA – Bildfunk)

Par Jörg Kronauer – Le 27 janvier 2017 – Source junge Welt

La Bundeswehr [l’armée allemande] s’empêtre de plus en plus profondément dans le conflit au Mali. Son engagement s’étendra considérablement, a décidé le Parlement jeudi dernier, par 498 voix contre 55 et trois abstentions. Par conséquent, dès février, jusqu’à 1000 soldats opéreront dans le nord du Mali dans le cadre de la MINUSMA [Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali], la force de l’ONU – un bon 50% de plus que précédemment.

Le motif est que dès mars, l’Allemagne doit sécuriser la chaîne dite de sauvetage, le transport le plus rapide possible des soldats blessés dans les hôpitaux militaires. Quatre hélicoptère de transport et quatre hélicoptères de combat sont amenés au Mali dans ce but. En Allemagne, le transfert a déjà commencé ; ce vendredi les premiers hélicoptères ont été transportés par avion depuis l’aéroport de Leipzig/Halle jusqu’à la capitale malienne de Bamako.

Pour la Bundeswehr, le Mali devient carrément le plus grand engagement allemand à l’étranger – avant celui en Afghanistan, où sont stationnés aujourd’hui quelque 930 soldats. Dans le cadre de la MINUSMA, l’armée s’occupe avant tout de l’information autour de la ville de Gao, au nord du Mali. Elle contribue ainsi à la surveillance, par la force de l’ONU, du fragile cessez-le-feu entre ex-séparatistes et gouvernement. Depuis novembre, elle utilise des drones « Heron », qui ont déjà été déployés en Afghanistan. En plus, la contribution allemande comprend aussi une base de transport aérien à Niamey, la capitale du Niger, sur laquelle deux avions cargo « Transall » sont stationnés. Le mandat permet également le soutien au troupes de combat françaises au Sahel. Ses nombreuses activités permettent à la Bundeswehr d’envoyer des officiers non seulement au quartier général de la MINUSMA à Bamako, mais aussi au Joint Force Air Component Command (JFACC) à Lyon. C’est de là que les opérations militaires aériennes des forces françaises au Sahel sont dirigées. En plus de la MINUSMA, il faut ajouter la participation allemande à la mission de formation de l’Union européenne pour les forces combattantes du Mali (EUTM Mali).

Faire du Mali un pays prioritaire pour l’armée allemande résulte d’une volonté politique. L’État malien ne contrôle pas le nord du pays et il est également en faible position dans le sud. Le gouvernement allemand s’en ficherait pas mal si les réfugiés n’utilisaient pas la région comme l’une de leurs principales voies de fuite hors de l’Afrique de l’Ouest vers la Méditerranée puis vers l’Europe. En plus, les djihadistes qui se sont fixés au Sahel déstabilisent aussi l’Afrique du Nord et, ce faisant, également la « rive sud » de l’Europe, comme l’a exprimé une fois la ministre de la Défense allemande Ursula von der Leyen. Il faut donc, du point de vue de Berlin, rétablir le contrôle. Les experts mettent en garde contre une guerre permanente, comme en Afghanistan. La semaine dernière, un attentat a été perpétré dans le camp militaire de Gao, qui a fait plus de 80 victimes. La MINUSMA est actuellement la mission la plus dangereuse de l’ONU.

En plus d’élargir l’engagement au Mali, le Parlement fédéral a décidé, à une forte majorité, la prolongation de la mission de formation en Irak. Là-bas, 150 soldats allemands au moins entraînent des peshmergas kurdes. Officiellement, il s’agit là de la guerre contre État islamique (EI), actuellement des peshmergas formés et armés par l’armée allemande sont engagés dans la bataille de Mossoul. Des rapports sur l’expulsion d’Irakiens non kurdophones par les peshmergas indiquent que le clan Barsani qui domine Erbil poursuit un autre objectif, c’est-à-dire le regroupement, sur une base ethnique, de son territoire. Cela pourrait conduire facilement, après une victoire sur EI, au prochain conflit armé en Irak.

Jörg Kronauer

Traduit par Diane, vérifié par jj, relu par Cat pour le Saker francophone

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