Le néo-marxisme et le Nouveau Moyen-Orient


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Par Andrew Korybko – Le 24 janvier 2017 – Source Oriental Review

“Neo-Marxism” And “The New Middle East”Le regain de dynamisme que connaissent les adeptes autoproclamés de l’idéologie marxiste de l’ère de la Guerre froide, 25 ans après la dissolution de l’Union soviétique, constitue l’une des plus curieuses bizarreries de l’histoire récente ; et chose intéressante, il gagne tout particulièrement du terrain au Moyen-Orient. Cela pourrait apparaître comme une surprise pour les observateurs dilettantes qui ont été persuadés par les médias de masse que la région est uniquement imprégnée de radicalisme religieux ; ce n’est d’ailleurs certainement pas faux mais ça n’englobe pas tout le panel des extrémismes actuellement en action dans les environs. L’une des incidences les plus inattendues des révolutions de couleur dans la région, popularisées sous le nom de « Printemps arabes », a été la phase d’offensive des milices armées « néomarxistes » kurdes qui ont fini par attaquer les gouvernements syrien, turc et iranien, invoquant chacune leurs prétendues « raisons » propres mais œuvrant en réalité dans le cadre d’un plan coordonné avec l’appui des États-Unis afin de remodeler géopolitiquement le Moyen-Orient.

La Syrie et la Turquie

Avant d’entrer dans le vif du sujet, il faut en premier lieu aborder le terme de « néo-marxisme » présent dans le titre. L’auteur s’est avant tout référé aux positions déclarées et au manifeste du PYD syrien, qui mène actuellement la charge en faveur d’un séparatisme non kurde déclaré à travers la décision de mettre l’accent sur l’idéologie qui guide les milices régionales kurdes opposées au gouvernement. Le PYD est une organisation politique et ethnique extrémiste qui tente de canaliser la pensée marxiste dans le but d’imposer un « confédéralisme démocratique » en Syrie dont l’objectif consiste essentiellement à dissoudre l’État à travers une décentralisation, débouchant sur une mosaïque de cantons fondés sur des critères ethniques. Le PYD est étroitement lié au PKK turc et ces organisations revendiquent de concert l’inspiration qu’elles puisent auprès de Murray Bookchin, dernier marxiste étasunien qui a écrit abondamment sur sa conception de la « décentralisation ».

Dans la pratique, toutefois, on peut difficilement distinguer cela de la phase politique finale à laquelle aspirent les marxistes fondamentalistes (« wahhabites séculiers »), à savoir la suppression de l’État et son remplacement par des conseils communautaires et d’autres structures gouvernementales non traditionnelles. Que cette posture soit représentative ou pas du marxisme conventionnel et de la pensée gauchiste plus généralement, il revient aux communautés elles-mêmes et à leurs multiples polémistes d’en décider, mais l’étiquetage du PYD et du PKK comme « néo-marxistes » vient de leurs postures politiques consistant à se réclamer de ce que le public assimile généralement (à tort ou à raison) à cette idéologie. D’ailleurs, dans la mesure où ils se sont montrés actifs durant le XXIe siècle et ce depuis la dissolution soviétique à la fin de la Guerre froide, le préfixe « néo » s’applique pour distinguer ces organisations et leurs tendances idéologiques du marxisme « classique » qui était associé (à tort ou à raison) à cette période.

Il ne s’agit pas ici de convaincre quiconque que le PYD et le PKK sont « marxistes » mais plutôt de mettre en lumière le fait que c’est de cette façon qu’ils s’identifient eux-mêmes, et d’insister sur les motivations idéologiques qui sous-tendent leur activité militante.

Irak et Iran

Par-delà la Syrie et la Turquie, on peut voir également s’étendre l’influence des groupes de militants « néo-marxistes » kurdes en Irak et en Iran. Tous deux marqués à gauche, l’Union patriotique du Kurdistan (UPK) et son allié le parti d’opposition Gorran, basé dans le gouvernorat régional du Kurdistan au nord de l’Irak, sont en bons termes avec le PKK. Le Parti démocratique kurde (PDK) dirigé par Barzani est opposé au PKK et au marxisme, ce qui explique le soutien considérable dont il bénéficie de la part des Turcs, bien qu’il brandisse régulièrement la menace de chercher à prendre son « indépendance ». Il est intéressant de noter que l’Iran s’aligne sur l’UPK et le parti Gorran malgré leurs liens avec le PKK, ce qu’on pourrait en partie mettre sur le compte du fait que Téhéran considère avec bienveillance les réserves manifestées par ces groupes quant à l’éventualité d’un « Kurdistan irakien indépendant » dans un futur proche, et qui pourrait donc témoigner d’une implication de Téhéran dans une guerre par procuration de basse intensité pour disputer à la Turquie l’influence (et les pipelines) au sein du Gouvernorat régional du Kurdistan.

Tous les groupes kurdes irakiens et leurs milices affiliées sont favorables à un « fédéralisme » ou à un séparatisme à des degrés divers et peuvent généralement être décrits comme bienveillants à l’égard des USA (le PDK clairement plus que l’UPK ou Gorran) mais ne sont pas nécessairement « néo-marxistes » dans un cadre tel que le présent article le définit. Par conséquent, ils seront largement tenus à l’écart dans le reste de l’analyse à venir, mais s’ils ont été mentionnés abondamment dans un premier temps, c’était pour montrer leurs liens relatifs avec les organisations à l’origine de troubles en Syrie et en Turquie.

Toutefois, au milieu de ce drame intra-irakien complexe, le groupe terroriste pro-israélien et socialiste Parti démocratique du Kurdistan d’Iran (PDKI) a récemment trouvé refuge dans le nord de l’Irak et a commencé à lancer régulièrement des attaques transfrontalières contre les forces iraniennes à la frontière. Cette organisation fait partie du « Congrès des nationalités iraniennes pour un Iran fédéral » (CNIIF), un groupe de coordination composé de diverses minorités ethnico-religieuses luttant contre Téhéran pour le même genre de « solution politique » que le « fédéralisme » du PYD et du PKK. Ce but ultime relie ainsi le PDKI à ses homologues syriens et turcs, et on peut même considérer de manière plus générale qu’il en va de même avec leurs comparses irakiens, en dépit des réticences de ces derniers à s’associer à eux ouvertement ou en général, à cause de la sensibilité bien compréhensible de l’Iran.

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Les échecs des « fédéralistes » et l’OMPI

Il n’y a rien de négatif en soi dans le fédéralisme, pas plus que ce système politique ne découle de la pensée marxiste, mais le « confédéralisme démocratique » du PYD et du PKK ainsi que le « fédéralisme identitaire » du Congrès des nationalités iraniennes pour un Iran fédéral (CNIIF) charrient des idées radicales inspirées par cette idéologie et communément qualifiées de « marxisme culturel » (à tort ou à raison), ce qui s’avérerait en définitive désastreux pour l’unité nationale des divers États menacés par ces initiatives si elles venaient à y être appliquées.

À l’écart du nœud syro-turco-iraquien formé par les groupes militants « néo-marxistes » kurdes, mais combattant pour des objectifs idéologiquement similaires en Iran, se trouve l’« Organisation des moudjahidines du peuple iranien » (OMPI), une organisation terroriste d’extrémistes marxistes qui a été retirée des listes d’organisations terroristes il y a quelques années par le département d’état US et qui se trouve désormais reconnue par Washington comme un « parti légitime d’opposition » (malgré les citoyens US que ses partisans ont tués dans le passé).

Ce groupe et les organisations syriennes, turques et iraniennes susmentionnées ne se contentent pas de partager le dénominateur commun du « néo-marxisme », ils se caractérisent également par le solide degré de soutien dont ils jouissent de la part des États-Unis, bien qu’il faille préciser qu’ils ne s’entendent pas tous les uns avec les autres, du fait de la forte haine supposée que les Kurdes nourrissent à l’égard de l’OMPI après que ces derniers les ont prétendument combattus sous le règne de Saddam Hussein en Irak.

Les États-Unis et le PKK

Quand bien même les USA incluent officiellement le PKK dans leurs listes des organisations terroristes, la Turquie a accusé à diverses reprises les États-Unis de soutenir indirectement ce groupe via l’approvisionnement en matériel et en armes envers le PYD, ce qui laisse entendre que Washington se sert des Kurdes syriens comme d’intermédiaires pour fournir un soutien à leurs homologues turcs. Il n’y a rien d’irréaliste dans une telle assertion si l’on considère que les USA s’opposent à l’heure actuelle au président Erdogan, et les relations entre Ankara et Washington se sont notablement refroidies depuis la tentative ratée de coup d’État pro-US de l’été dernier. S’il est vrai qu’une telle considération peut choquer certaines personnes et ne susciter qu’un vif scepticisme dans le milieu ordinaire des médias alternatifs, les États-Unis ont en réalité bel et bien un sérieux problème avec le membre officiel de l’OTAN qu’est la Turquie en raison de l’implication d’Ankara dans l’entente tripartite des grandes puissances russe, iranienne et turque fondée dans le but d’aboutir à un processus de résolution progressive du conflit en Syrie ; cela explique pourquoi les USA trahiraient leur « allié » en mettant en branle contre lui l’arme non-conventionnelle du séparatisme kurde au moyen d’une transmission clandestine d’armes du PYD vers le PKK.

La convergence géopolitique du « néo-marxisme » wahhabite

Le drame de la guerre hybride qui enserre les Kurdes retient considérablement moins l’attention des médias que Daech, mais il n’en est pas moins dangereux pour la stabilité du Moyen-Orient. À vrai dire, alors que Daech a tenté pendant plusieurs années sanglantes de bâtir un « État islamique » au Moyen-Orient, les organisations militantes kurdes mentionnées dans cet article se sont mises à élaborer quelque chose de semblable, à un degré nettement moindre, en vue d’atteindre leur objectif commun de créer une entité politique transnationale du « Kurdistan ». Ce dessein s’est dernièrement signalé à travers l’aspiration à former une confédération apatride des communautés kurdes à cheval entre la Syrie, la Turquie et l’Irak, conformément à l’idéologie « post-étatique » et «  néo-marxiste » des groupes s’en revendiquant au sein des trois États susmentionnés.

Bien qu’ils ne soient pas « néo-marxistes », les Kurdes irakiens sont partisans aussi bien d’une « fédéralisation » que d’un séparatisme total, et développeraient leurs propres relations indépendantes avec leurs autres homologues politiques kurdes s’ils concrétisaient leur projet de remodelage de la carte de la région. Bien que des différences linguistiques et historiques empêcheraient vraisemblablement la création d’un « super-État » kurde unifié, l’effet concret de tels développements pourrait rapidement se traduire à la fois par la dissolution des États multiethniques, dont ces populations sont partie-prenante, et par la montée de facto d’un « second Israël géopolitique » dans une portion de cette zone, ou en d’autres termes à un régime politique soutenu par les tenants d’un monde unipolaire et taillé dans un territoire volé à d’autres pays. Cette éventualité détruirait naturellement l’embryon d’alliance tripartite des grandes puissances et symboliserait également le parachèvement du plan « israélien » Yinon de 1982, celui d’une fragmentation planifiée des États à travers la périphérie musulmane de l’État hébreux garantissant tout bonnement l’accession de Tel-Aviv au rang de puissance incontestée au Moyen-Orient.

Le redécoupage géopolitique du Moyen-Orient n’a rien de nouveau pour les stratèges étasuniens non plus, c’est la raison pour laquelle Washington apporte un si vif soutien à ces organisations. L’ancienne secrétaire d’État Condoleeza Rice a parlé pour la première fois de l’avènement d’un « Nouveau Moyen-Orient » en juillet 2006 au cours de la guerre « israélienne » piteusement ratée contre le Hezbollah et le Liban, et le lieutenant à la retraite Ralph Peters a publié un mois auparavant son plan détaillé Frontières de sang traitant de « ce à quoi ressemblerait un Moyen-Orient meilleur ».

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Le New York Times a embrayé en septembre 2013 avec une carte scandaleuse montrant « comment 5 pays pourraient en devenir 14 », et le fondateur de Stratford, George Friedman, vient de rendre publique sa propre carte mettant en évidence la façon dont 17 centres de pouvoir distincts ont émergé au sein de rien moins que 5 pays souverains. Alors que le processus transnational de dissolution d’États était catalysé à travers la région par les révolutions colorées dites du « Printemps arabe » et l’expansion consécutive de Daech, ces deux événements successifs déclenchés par Washington ont créé les conditions favorables à une résurgence des groupes « néo-marxistes » partisans d’un changement de régime, tel que l’OMPI ainsi que des organisations géopolitiquement révisionnistes telle que le PYD.

Cela signifie que Washington dispose désormais de deux puissants outils en vue de l’élaboration du plan Yinon du XXIe siècle pour le « Nouveau Moyen-Orient » : les wahhabites et les « néo-marxistes », qui s’opposent farouchement les uns aux autres mais font office d’instruments complémentaires de la politique étrangère étasunienne (aussi bien en tant qu’« idiots utiles » qu’en tant qu’intermédiaires purs et simples). La façon dont les USA ont manié l’arme du wahhabisme au cours des trois dernières décennies a depuis longtemps été documentée par les organes de presse alternatifs, mais on en a bien moins dit en comparaison sur la manière dont ils fourvoient le monde par le biais de leur instrumentalisation de la fausse gauche. En théorie, les gauchistes sont censés être favorables à des objectifs multipolaires et s’opposer à la structure unipolaire du pouvoir occidental, mais ce n’est pas nécessairement le cas lorsqu’il est question des nombreux mouvements « gauchistes » bien connus en Amérique du Nord, en Europe et désormais au Moyen-Orient.

Le virus atlantico-arabe

Le parti démocrate ainsi qu’une grande partie de l’éventail des autres organisations supposément de gauche aux États-Unis ont été cooptés précisément par le même establishment auxquels ils prétendent s’opposer. On peut en dire autant au sujet d’à peu près n’importe quelle organisation socialiste au sein de l’UE. Pour ce qui est du Moyen-Orient, les partis kurdes les plus populaires ont été compromis, le CNIIF ainsi que l’OMPI sont à n’en point douter liés à Georges Soros et ses mouvements mondiaux de « protestation » (émeutes ou révolutions de couleur), et représentent la gauche factice qui expectore des slogans économiques gauchistes mais a perdu le principe moral de la résistance géopolitique au néo-impérialisme occidental. Dans un triste coup du sort, et du fait de leurs propres choix condamnables, ces mêmes groupes sont devenus l’avant-garde post-moderne de l’ordre mondial dont leurs prédécesseurs spirituels du temps de la Guerre froide ont combattu si vaillamment l’accomplissement.

Il ne s’agit pas de dire que chaque organisation gauchiste auto-proclamée dans ces trois parties du monde est « factice » (après tout, le parti Baas et le Parti social nationaliste syrien continuent d’incarner les principes respectables associés au idéaux de gauche de la Guerre froide) mais seulement qu’on y trouve une pléthore de raisons justifiant une suspicion immédiate vis-à-vis des prétendus groupes marqués à gauche qui opèrent à l’heure actuelle dans ces régions. Les États-Unis tout entiers font les frais d’une déstabilisation menée par la contre-révolution clintonienne et ses partisans de la fausse gauche, tout comme l’Union européenne est livrée au chaos par les « wahhabites séculiers » qui ont « ouvert les portes de l’intérieur » en se faisant les complices du projet étasunien de déploiement de l’« arme de l’immigration de masse » contre le continent. D’une manière analogue, le Moyen-Orient fait maintenant face à la menace d’un changement de régime et au révisionnisme géopolitique, non pas de la part des forces en pleine débâcle de Daech ni d’autres groupes terroristes wahhabites, mais par l’action des groupes « néo-marxistes » connaissant un regain de vitalité tels que le PYD, le PKK, le PDKI, le CNIIF et l’OMPI. Tous ces groupes prétendent représenter la « gauche » mais sont en réalité partie prenante de la gauche factice mondiale au service des intérêts étasuniens, que ce soit en connaissance de cause ou non.

La « guerre civile gauchiste »

Le seul moyen de contrecarrer cela pour la gauche véritable et ses militants sincères et authentiques en Amérique du Nord, en Union européenne ainsi qu’au Moyen-Orient est de faire entendre la voix d’une opposition incessante contre ces gauchistes factices du néo-impérialisme occidental, de manière à regagner le respect de leur idéologie et à l’affranchir de la main basse que les USA ont faite dessus. Les États-Unis ont pris en charge la narration « gauchiste » dominante et s’appliquent à la changer en caisse de résonance de la propagande néo-impérialiste, s’appuyant sur des collaborateurs tels que Varoufakis, Sanders et une armée de blogueurs de « médias alternatifs » pour légitimer leur « coup d’État ». Lorsqu’ils sont confrontés à la plus petite opposition de la part de leurs « camarades » de la gauche véritable (sans parler des gens non issus de la gauche), ils ont recours à des anathèmes perfides pour les qualifier de « racistes, fascistes », et/ou de « suprématistes blancs » dans une réaction viscérale désespérée visant à les discréditer aux yeux de ce qu’ils présument être le public « politiquement correct ». La raison d’être de cette démarche est de préserver leur monopole narratif de sorte que les voix discordantes n’aient aucune chance d’influencer l’opinion publique contre les stratégies de l’establishment de la gauche factice.

Pour ce qui est de l’instrumentalisation d’armées de procuration « néo-marxistes » en vue de réorganiser géopolitiquement le « Nouveau Moyen-Orient », cela prend typiquement la forme d’une condamnation du choix souverain qu’a fait l’Iran de devenir une République islamique (discours véhiculé par l’OMPI, le PDKI et le CNIIF), accompagnée d’une culpabilisation du public mondial dans le but de lui faire accepter un ou plusieurs États kurdes « indépendants » ou « fédéralisés » en guise de « récompense » pour avoir combattu Daech. Dans les deux cas, interconnectés via la zone de combat sur laquelle se déroule la guerre hybride turco-irako-irano-syrienne, la tromperie et les arguments purement et simplement faux ou occasionnellement hors de propos concernant les « droits sociaux », l’« égalité économique » et la « démocratie » sont colportés dans le but de mener des gauchistes mal informés et/ou immatures à soutenir ces projets géopolitiques de la gauche factice. Au fil du temps, sous l’effet d’une pression suffisante et au travers de subtiles degrés de divergence idéologique vis-à-vis de leurs principes fondamentaux, d’authentiques gauchistes peuvent être endoctrinés avec succès pour se muer en gauchistes factices s’ils ne sont pas dotés de la volonté politique nécessaire à la résistance contre l’establishment, ce qui s’avère être la déplorable tendance en Amérique du Nord et au sein de l’Union européenne.

C’est également dans ces deux régions que le soutien des gauchistes est le plus prononcé envers le séparatisme kurde ainsi qu’une « révolution verte 2.0 » qui se conjuguent dangereusement pour représenter une menace très sérieuse à l’encontre des États multipolaires de Syrie et d’Iran. Même si les gauchistes véritables se retrouvent à soutenir le séparatisme kurde en Turquie et/ou en Irak, et/ou un changement de régime au sein d’un des deux pays – en justifiant leur position par la conviction selon laquelle ces États sont d’une loyauté discutable à l’égard de l’ordre mondial multipolaire qui émerge – il faut qu’ils prennent conscience que de tels virus géopolitiques, de par leur nature même et leurs conséquences évidentes, ne seront pas « circonscrits » à ces deux seuls pays mais se répandront de manière inévitable vers la Syrie aussi bien que vers l’Iran. Par conséquent, même s’ils venaient à sympathiser avec certaines des positions actuellement promues par leur semblables de la gauche factice, il leur faut demeurer inébranlables en mettant ces derniers en butte à la cohérence géopolitique caractérisant l’opposition au système international dirigé par l’Occident.

Cela pourrait en définitive mener à une « guerre civile des gauches » (idéologiquement parlant, pas nécessairement en termes physiques) visant à libérer cette idéologie de son présent statut de porte-voix US privilégié du néo-impérialisme ; à supposer qu’il ne soit pas déjà trop tard pour ça, bien entendu.

Andrew Korybko est le chroniqueur politique états-unien travaillant actuellement pour l’agence Sputnik.

Traduit par François, relu par Cat pour le Saker Francophone