Le changement de régime échoue – Et après ? Un coup d’État militaire ou une invasion du Venezuela ?


Les États-Unis ont utilisé tous leurs outils de changement de régime au Venezuela et, bien qu’ils aient échoué jusqu’ici, il y a encore une chance qu’une attaque militaire leur reste en magasin, avertissent Kevin Zeese et Margaret Flowers.


Par Kevin Zeese et Margaret Flowers – Le 14 février 2018 – Source ConsortiumNews

Plusieurs signaux indiquent qu’il y aura une attaque armée contre le Venezuela, des hauts responsables et des politiciens influents disant clairement que c’est une possibilité réelle.

S’exprimant dans son alma mater à l’Université du Texas, le 1er février dernier, le secrétaire d’État Tillerson a suggéré un éventuel coup d’État militaire dans le pays. Ensuite, Tillerson s’est rendu dans des pays d’Amérique latine alliés, préconisant vivement un changement de régime et davantage de sanctions contre le Venezuela. Tillerson envisagerait également d’interdire le traitement ou la vente de pétrole vénézuélien aux États-Unis et décourage d’autres pays d’en acheter.

Dans une série de tweets, le sénateur Marco Rubio, le Républicain de Floride où vivent de nombreux oligarques vénézuéliens, a ouvertement appelé à un coup d’État militaire au Venezuela. « Le monde soutiendrait les forces armées au #Venezuela si elles décident de protéger le peuple et de restaurer la démocratie en chassant un dictateur » a tweeté l’ancien candidat à la présidence.

Quelle absurdité — chasser un président élu avec un coup d’État militaire pour restaurer la démocratie ? Peut-on dire ça sans rire ? Ce refrain de Rubio et Tillerson semble être la position publique insensée de la politique américaine.

Depuis l’élection de Hugo Chavez en 1998, les États-Unis cherchent à provoquer un changement de régime au Venezuela. Trump s’est joint aux présidents Obama et Bush avant lui pour poursuivre les efforts en vue de changer son gouvernement et mettre en place un gouvernement d’oligarques favorable aux États-Unis.

Ils ont été tout près d’y arriver en 2002, lorsqu’un coup d’État militaire a fait tomber Chavez. Le commandant en chef de l’armée vénézuélienne a annoncé que Chavez avait démissionné et Pedro Carmona, de la Chambre de commerce vénézuélienne, est devenu président par intérim. Carmona a dissous l’Assemblée nationale, la Cour suprême et a déclaré nulle la Constitution. Le peuple a encerclé le palais présidentiel et s’est emparé des stations de télévision, Carmona a démissionné et s’est enfui en Colombie. En moins de 47 heures, les civils et l’armée ont rétabli Chavez à la présidence. Le coup d’État a marqué un tournant décisif qui a renforcé la Révolution bolivarienne, a montré que le peuple pouvait vaincre un coup d’État et a démasqué les États-Unis et les oligarques.

Les tactiques américaines de changement de régime ont échoué au Venezuela

Les États-Unis et les oligarques poursuivent leurs efforts pour renverser la Révolution bolivarienne. Les États-Unis ont une longue histoire de changement de régime dans le monde entier et ont essayé tous leurs outils dans ce but au Venezuela. Jusqu’à présent, ils ont échoué.

La guerre économique

La destruction de l’économie vénézuélienne a été une campagne permanente des États-Unis et des oligarques. Elle rappelle le coup d’État au Chili, qui a mis fin à la présidence de Salvador Allende. Pour créer les conditions du coup d’État au Chili, le président Nixon a ordonné à la CIA de « faire hurler l’économie ».

Henry Kissinger a conçu le coup, en soulignant qu’un investissement d’un million de dollars était en jeu. Il craignait aussi que « l’effet de modèle insidieux » qu’était l’exemple du Chili ne conduise d’autres pays à rompre avec les États-Unis et le capitalisme. Le principal adjoint de Kissinger au Conseil de sécurité nationale, Viron Vaky, s’est opposé au coup d’État en déclarant : « Ce que nous proposons est une violation flagrante de nos propres principes et de nos fondements politiques. (…) Si ces principes ont un sens, nous ne nous en écartons que pour faire face à la menace la plus grave… notre survie. »

Ces objections se vérifient en ce qui concerne les récents coups d’État américains, notamment au Venezuela et au Honduras, en Ukraine et au Brésil, entre autres. Allende est mort lors du coup d’État et a adressé ses dernières paroles au peuple du Chili, en particulier aux ouvriers : « Vive le peuple ! Vive les travailleurs ! ». Il a été remplacé par Augusto Pinochet, un dictateur brutal et violent.

Pendant des décennies, les États-Unis ont mené une guerre économique au Venezuela, « faisant hurler l’économie ». De riches Vénézuéliens ont pratiqué le sabotage économique, aidés par les États-Unis avec des sanctions et autres tactiques. Cela comprend le stockage de nourriture, de fournitures et autres produits de première nécessité dans des entrepôts ou en Colombie alors que les marchés vénézuéliens sont vides. La rareté est utilisée pour alimenter les manifestations, par exemple « la marche des pots vides » une copie carbone des marches au Chili avant le coup d’État du 11 septembre 1973. La guerre économique s’est durcie avec Obama et sous Trump, Tillerson appelant aujourd’hui à des sanctions économiques sur le pétrole.

Le président Maduro a reconnu les difficultés économiques, mais il a également dit que les sanctions ouvrent la possibilité d’une nouvelle ère d’indépendance et « entament l’étape de la post-domination des États-Unis avec le Venezuela de nouveau au centre de cette bataille pour la dignité et la libération ». Le second du Parti socialiste, Diosdado Cabello, a déclaré : « [S’ils] appliquent des sanctions, nous appliquerons des élections. »

Manifestations de l’opposition

Un autre outil courant des Américains du changement de régime est le soutien aux manifestations de l’opposition. L’administration Trump a renouvelé les opérations de changement de régime au Venezuela, et les manifestations anti-Maduro, qui avaient commencé sous Obama, sont devenues plus violentes. Les manifestations de l’opposition comprenaient des barricades, des tireurs isolés et des assassins provoquant aussi beaucoup de blessés. Lorsque la police arrêtait ceux qui utilisaient la violence, les États-Unis prétendaient que le Venezuela s’opposait à la liberté d’expression et aux manifestations.

L’opposition a tenté de mettre à profit la répression contre la violence pour appliquer la tactique américaine consistant à diviser l’armée. Les États-Unis et les médias occidentaux ont ignoré la violence de l’opposition et en ont accusé le gouvernement vénézuélien. La violence est devenue si extrême qu’il semblait que l’opposition poussait le Venezuela dans une guerre civile comme en Syrie. Au lieu de cela, la violence de l’opposition s’est retournée contre elle.

Les manifestations violentes font partie du répertoire américain des changements de régime. Cela a été démontré dans le coup d’État américain en Ukraine, où les États-Unis ont dépensé 5 milliards de dollars pour organiser l’opposition au gouvernement, y compris le financement de manifestants violents par les États-Unis et l’Union européenne. Cette tactique avait été utilisée dans les premiers coups d’État américains comme celui de 1953 en Iran contre le Premier ministre Mossadegh. Les États-Unis ont admis avoir organisé ce coup qui a mis fin à la brève expérience de l’Iran en matière de démocratie. Comme pour le Venezuela, une raison essentielle pour ce coup d’État iranien était le contrôle du pétrole du pays.

Financer l’opposition

Les États-Unis ont massivement investi dans l’opposition au gouvernement vénézuélien. Des dizaines de millions de dollars ont ouvertement été dépensés au travers de l’USAID, du National Endowment for Democracy et d’autres officines étasuniennes de changement de régime. On ne sait pas combien la CIA a dépensé de son budget secret, mais elle a également été impliquée au Venezuela. Son actuel directeur, Mike Pompeo, a déclaré qu’il « espérait une transition au Venezuela ».

Les États-Unis ont également formé les dirigeants des mouvements d’opposition, par exemple Leopoldo López, qui a suivi l’enseignement d’écoles privées aux États-Unis, y compris le Kenyon College, associé à la CIA. Il a été formé à la Harvard Kennedy School of Government et a effectué des visites répétées à l’agence pour le changement de régime, le National Republican Institute.

Élections

Alors que les États-Unis qualifient le Venezuela de dictature, c’est en fait une démocratie forte avec un excellent système électoral. Des observateurs surveillent chaque élection.

En 2016, la crise économique a permis à l’opposition de remporter la majorité à l’Assemblée nationale. L’une de ses premières actions a été d’adopter une loi d’amnistie. La loi décrivait 17 années de crimes incluant des crimes violents et le terrorisme commis par l’opposition. C’était un aveu des crimes commis depuis le coup d’État de 2002 et jusqu’à 2016. La loi mettait en évidence une violente trahison contre le Venezuela. Un mois plus tard, la Cour suprême a déclaré la loi d’amnistie inconstitutionnelle. Les États-Unis, les médias, les partisans du changement de régime et les groupes de défense des droits de l’homme opposés au Venezuela ont attaqué la décision de la Cour suprême, révélant leur alliance avec les criminels avoués.

Des années de manifestations violentes et de tentatives de changement de régime, pis l’admission de leurs crimes dans une loi d’amnistie, ont fait perdre le pouvoir à ceux qui s’opposaient à la Révolution bolivarienne et les ont rendus impopulaires. Le parti de Maduro a remporté trois élections récentes, aux niveaux régional et local et à l’Assemblée constituante.

La commission électorale a annoncé que l’élection présidentielle aura lieu le 22 avril. Maduro se présentera à sa réélection avec le Parti socialiste uni. Des dirigeants de l’opposition comme Henry Ramos et Henri Falcon ont exprimé leur intérêt à se présenter, mais l’opposition n’a pas décidé si elle participerait. Henrique Capriles, qui avait perdu de justesse face à Maduro lors des dernières élections, s’est vu interdire de se présenter à cause d’irrégularités dans sa campagne, qui incluait des dons étrangers. Capriles a été un chef de file des manifestations violentes. Lorsque son interdiction a été annoncée, il a appelé à des manifestations pour chasser Maduro du pouvoir. Également interdit, Leopoldo Lopez, un autre chef de file des manifestations violentes, qui est assigné à résidence et purge une peine de 13 ans pour incitation à la violence.

Maintenant, les États-Unis disent qu’ils ne reconnaîtront pas l’élection présidentielle et demandent instamment un coup d’État militaire. Pendant deux ans, l’opposition a réclamé des élections présidentielles, mais aujourd’hui on ne sait pas si elle y participera. Ils savent qu’ils sont impopulaires et Maduro sera probablement réélu.

Bientôt la guerre contre le Venezuela ?

Un coup d’État militaire devra relever des défis au Venezuela, car le peuple, y compris l’armée, sont bien informés sur l’impérialisme américain. Le fait que Tillerson appelle ouvertement à un coup d’État militaire rend celui-ci plus difficile.

Le gouvernement et l’opposition ont récemment négocié un accord de paix intitulé « Accord de coexistence démocratique pour le Venezuela ». Ils se sont mis d’accord sur toutes les questions, y compris la fin des sanctions économiques, le calendrier des élections et plus encore. Ils se sont aussi mis d’accord sur la date de la prochaine élection présidentielle. Elle était à l’origine prévue en mars, mais dans une concession à l’opposition, elle a été déplacée à la fin du mois d’avril. Maduro a signé l’accord même si l’opposition n’a pas assisté à la cérémonie de signature. Ses représentants se sont retirés après que le président colombien Santos, qui rencontrait le secrétaire d’État Tillerson, les a appelés et leur a dit de ne pas signer. Maduro va maintenant faire de l’accord une question publique en permettant au peuple du Venezuela de le signer.

Ne pas reconnaître les élections et encourager un coup d’État militaire est déjà assez grave, mais ce qui est encore plus déconcertant, c’est que l’amiral Kurt Tidd, le chef du Southcom, a tenu une réunion à huis clos en Colombie après la visite de Tillerson. Le thème en était la « déstabilisation régionale » et le Venezuela était au centre des débats.

Une attaque militaire contre le Venezuela à partir de ses frontières avec la Colombie et le Brésil n’est pas irréaliste. En janvier, le New York Times posait la question : « L’armée américaine devrait-elle envahir le Venezuela ? ». Le président Trump a déclaré que les États-Unis envisageaient de recourir à la force armée contre le Venezuela. Son chef d’état-major, John Kelly, était auparavant le général responsable du Southcom. Tidd a affirmé que la crise, provoquée en grande partie par la guerre économique contre le Venezuela, nécessite une intervention militaire pour des raisons humanitaires.

Les préparatifs de guerre sont déjà en cours en Colombie, qui joue le rôle d’Israël pour les États-Unis en Amérique latine. Le gouvernement du coup d’État au Brésil a augmenté son budget de 36% et a participé à Opération : Amérique unie, le plus grand exercice militaire commun de l’histoire en Amérique latine. C’était l’un des quatre exercices pratiqués par les États-Unis avec le Brésil, la Colombie et le Pérou en Amérique latine en 2017. Le Congrès étasunien a ordonné au Pentagone de développer des possibilités militaires pour le Venezuela dans la loi de finances sur le budget de défense nationale pour 2017.

Alors qu’il y a une opposition aux bases militaires américaines, explique James Patrick Jordan dans notre émission de radio, les États-Unis en ont en Colombie et dans les Caraïbes, ainsi que des accords militaires avec des pays dans la région ; le Venezuela est donc déjà encerclé.

Les États-Unis visent le Venezuela parce que la Révolution bolivarienne est un exemple de résistance à l’impérialisme américain. Une invasion du Venezuela deviendra un nouveau bourbier qui tuera des Vénézuéliens innocents, des soldats américains et d’autres pour le contrôle du pétrole. Les gens aux États-Unis qui soutiennent l’autodétermination des pays devraient manifester leur solidarité avec les Vénézuéliens, divulguer le programme des États-Unis et dénoncer publiquement le changement de régime. Nous devons éduquer les gens sur ce qui se passe vraiment au Venezuela pour dépasser la couverture médiatique mensongère.

Kevin Zeese et Margaret Flowers codirigent Popular Resistance. [Cet article a paru à l’origine dans https://popularresistance.org, il est reproduit avec l’autorisation de l’auteur].

Traduit par Diane, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker francophone

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