La Russie intervient pour contrer les pressions étasuniennes sur l’OMS


… afin que l’organisation abandonne sa résolution de soutien à l’allaitement maternel


Par Sputnik News – Le 9 juillet 2018

L’allaitement au sein contre l’allaitement en poudre

La délégation russe est intervenue pour redresser un tort commis par l’administration Trump, car les fonctionnaires de l’ONU et de l’OMS n’opposaient aucune résistance aux exigences américaines qui ne sont faites que pour soutenir les grandes entreprises aux dépens de la santé infantile.

Dans un époustouflant affrontement qui n’est qu’un nouvel exemple de la façon dont l’administration du président américain Donald Trump soutient les intérêts des entreprises étasuniennes aux dépens des questions d’environnement et de santé publique, des responsables américains ont exigé que la branche santé de l’ONU, l’Assemblée mondiale de la santé (AMS), l’organe directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), abandonne une résolution qui encourage les programmes éducatifs mondiaux soutenant l’utilisation du lait maternel pour favoriser des bébés en bonne santé.

Lors de la conférence de l’Assemblée mondiale de la santé (AMS) à Genève, en mai dernier, les responsables américains ont fait pression sur l’Équateur pour qu’il abandonne l’introduction d’une résolution mondiale qui encouragerait l’allaitement maternel – une pratique connue pour offrir aux nourrissons des avantages largement supérieurs [aux laits maternels en poudre, NdT] sur le plan de la santé.

Beaucoup ont réalisé que l’incompréhensible demande de l’administration Trump de minimiser l’importance du lait maternel pour les enfants ne faisait que refléter les politiques des fabricants de laits en poudre pour nourrissons, comme Nestlé en Suisse et les Laboratoires Abbot aux États Unis.

L’Équateur, confronté aux menaces proférées par l’ambassadeur américain Todd C. Chapman, qui a dit que Washington retirerait les ressources militaires américaines actuellement déployées pour défendre le pays contre les violence que subissent les régions frontalières de la Colombie, a abandonné sa demande de résolution sur les bébés en bonne santé, lors de la conférence de Genève.

C’est à ce moment-là que la Russie est intervenue.

En réintroduisant la résolution équatorienne en faveur de l’allaitement maternel, la délégation russe – par principe – a cherché à réparer un tort, selon le New York Times.

« Nous n’essayons pas de jouer les héros », a déclaré un délégué russe de l’AMS qui a demandé à rester anonyme pour éviter toute répercussion politique et professionnelle. « Nous pensons seulement que c’est une erreur qu’un grand pays essaie de faire pression sur de très petits pays, surtout sur une question vraiment importante pour le reste du monde », a souligné le délégué russe, cité par Nytimes.com.

La force utilisée par les représentants américains de l’administration Trump contre une initiative en faveur des bébés en bonne santé a choqué les responsables mondiaux de la santé.

« Nous avons été étonnés, consternés et aussi attristés », a déclaré Patti Rundall, directrice de la politique de Baby Milk Action au Royaume-Uni, membre de l’organe décisionnel de l’AMS depuis la fin des années 1980.

« Ce qui s’est produit équivaut à du chantage, les États-Unis tiennent le monde en otage et tentent de renverser près de 40 ans de consensus sur la meilleure façon de protéger la santé des nourrissons et des jeunes enfants », explique Rundall.

Les responsables américains ont d’abord essayé de diluer la résolution sur les bébés en bonne santé – une résolution qui demande simplement aux gouvernements de « protéger, promouvoir et soutenir l’allaitement maternel » – puis sont passé à la coercition, y compris la menace de punir de sanctions commerciales et de retirer une aide militaire cruciale. Mais Washington a finalement échoué dans sa tactique très agressive, selon plus d’une douzaine de délégués représentant plusieurs pays qui étaient présents pendant l’épreuve de force à l’AMS de Genève, selon Nytimes.com.

En semblant placer les marges bénéficiaires élevées des multinationales au-dessus du bon sens et de la santé mondiale, la délégation américaine s’est fait l’écho de la tactique de négociation de style « ma décision et rien d’autre » privilégiée par l’administration Trump, déstabilisant ainsi d’anciennes alliances et traités internationaux comme les accords climatiques de Paris de 2016, l’accord nucléaire avec l’Iran, la participation à des organisations de défense des droits de l’homme et des unions économiques de haut niveau.

La directrice de l’Institut universitaire de hautes études internationales et du développement à Genève, Ilona Kickbusch, est de plus en plus convaincue que Trump pourrait profondément endommager les institutions internationales de santé comme l’OMS et les Nations Unies, alors même que ces organisations s’efforcent de contenir les épidémies mondiales, y compris Ebola, le diabète et les maladies cardiovasculaires, qui sont en hausse dans les pays en développement.

« Cela rend tout le monde très nerveux », fait remarquer Kickbusch. « Si vous n’êtes pas d’accord sur un multilatéralisme pour la santé, sur quel multilatéralisme pourrez-vous être d’accord ? »

Composée des ministres de la santé de ses 194 États membres, l’Assemblée mondiale de la santé (AMS) est l’organe directeur de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et la plus haute organisation pour les politiques sanitaires au monde.

Sputnik News

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

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