La loi d’équilibrage d’Al-Sadr pourrait stimuler le pivot oriental de l’Iran


L’Irakien Muqtada al-Sadr est prêt à s’engager dans un acte complexe d’« équilibrage » entre l’Iran et l’Arabie saoudite.


Par Andrew Korybko – Le 29 mai 2018 – Source Oriental Review

Iraq’s Moqtada al-Sadr

Le religieux chiite et ancien chef de milice est considéré comme un nationaliste irakien qui veut donner la priorité aux intérêts de son pays avant ceux de ses voisins et des États-Unis, et pour cela, il essaie de se tailler une place stratégique entre les deux, comme une « zone tampon » dans leur guerre par procuration à l’échelle de la région. Son bloc parlementaire vient de remporter les élections de la semaine dernière, et bien qu’il ne s’y soit pas personnellement présenté, il est désormais l’« éminence grise » irakienne de facto. C’est pourquoi il a récemment rencontré le Premier ministre Haider al-Abadi et aussi un politicien pro-iranien, arrivé second à cette élection, Hadi al-Amiri.

Al-Sadr est au courant de la déclaration de l’influent conseiller iranien aux affaires internationales de l’ayatollah Ali Akbar Velayati qui a menacé en février que « nous n’autoriserons pas les libéraux et les communistes à gouverner en Irak ». Il fait référence aux idéologies des deux partis politiques de la coalition. Il voudra donc probablement éviter tout problème en trouvant un moyen d’intégrer ses adversaires dans un gouvernement inclusif. Le pragmatisme mis à part, les joueurs soutenus par l’Iran ne lui feront probablement jamais confiance après qu’il a visité l’Arabie saoudite l’été dernier et superficiellement transcendé la ligne de faille sectaire exacerbée de l’extérieur dans un mouvement largement interprété comme une « trahison » par ses rivaux.

Le Premier ministre irakien Haider al-Abadi (à droite) et le religieux chiite Muqtada al-Sadr ont tenu une conférence de presse à Bagdad le 20 mai 2018. La coalition de Sadr a remporté le plus grand nombre de sièges aux élections législatives irakiennes.

En tout cas, l’Iran conseillera probablement à ses partenaires irakiens de proposer un « compromis » en acceptant de travailler avec lui pour la stabilité parce que Téhéran peut difficilement se permettre des « revers » régionaux, sans parler d’un conflit de faible intensité ou même d’une guerre civile à sa frontière occidentale. Il doit déjà affronter les sanctions unilatérales récemment rétablies par les États-Unis, et les sociétés européennes qui se retirent de la République islamique pour les respecter. De plus, la semaine dernière, le président Poutine, tout en parlant à son homologue syrien à Sotchi et en célébrant leur victoire commune sur le terrorisme, a déclaré que « nous partons de l’hypothèse que … les forces armées étrangères se retireront du territoire de la République arabe syrienne ».

Son envoyé spécial en Syrie, Alexandre Lavrentiev, a ensuite confirmé que cela faisait référence aux « Américains, Turcs, Hezbollah et bien sûr aux Iraniens », bien que l’Iran ait répondu au début de cette semaine en disant qu’il ne se retirerait que si Damas le demandait. La Syrie est un État souverain capable de prendre ses propres décisions, mais la défaite de Daech et la pression militaire israélienne croissante signifient qu’il est plus probable qu’aucune demande en ce sens ne sera formulée dans un proche avenir pour que les alliés iraniens et ceux du Hezbollah quittent le pays malgré les récentes dénégations concernant ce fait. Ce scénario pourrait se dérouler de manière probablement « progressive » et avec l’honneur que méritent ces loyaux héros de la guerre.

Le « recul » de la « profondeur stratégique » de l’Iran au Levant fera de l’Irak une priorité encore plus grande, surtout après la victoire d’al-Sadr et son « équilibrage » entre la République islamique et le Royaume wahhabite. Bien qu’intéressant, ces « revers » prévisibles le long de son flanc occidental pourraient stimuler un pivot oriental vers les pays d’Asie du Sud, centrale et orientale via l’Anneau d’or des grandes puissances multipolaires qui se forme entre la Turquie, la Russie, le Pakistan, la Chine, et les anciennes républiques soviétiques. Si ce scénario réussissait, l’acte d’« équilibrage » d’al-Sadr pourrait finir par être une aubaine pour l’Eurasie

Le post présenté est la transcription partielle du programme radio CONTEXT COUNTDOWN sur Sputnik News, diffusé le vendredi 25 mai 2018.

Andrew Korybko est le commentateur politique américain qui travaille actuellement pour l’agence Sputnik. Il est en troisième cycle de l’Université MGIMO et auteur de la monographie Guerres hybrides : l’approche adaptative indirecte pour un changement de régime (2015). Ce texte sera inclus dans son prochain livre sur la théorie de la guerre hybride. Le livre est disponible en PDF gratuitement et à télécharger ici.

Traduit par Hervé, relu par Cat pour le Saker Francophone

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