La journée des généraux : Sortir vainqueur de l’Armageddon


Par Phil Butler – Le 15 septembre 2017 – Source New Eastern Outlook

Dans une pièce, quelque part au fond du Pentagone, des généraux et des amiraux se sont récemment réunis afin de préparer une évaluation pour le Comité des services armés du Sénat des États-Unis. Étaient présents le général Mark Milley, chef d’état-major de l’armée américaine, le chef des opérations navales, l’amiral John Richardson, le commandant général de la Marine Robert Neller et le chef d’état-major de l’armée de l’air, David L. Goldfein. Il ne fait aucun doute que le général de marine, Joseph Dunford, a assisté à une telle réunion, en tant que président du Joint Chiefs of Staff. L’ordre du jour de cette réunion était aussi grave qu’une attaque cardiaque : les militaires étasuniens les plus brillants et les plus puissants se réunissaient pour discuter de l’Armageddon.

Les procès-verbaux de cette importante réunion sont secrets. Seule une poignée de personnes saura ce qui y a été discuté. Mais le résultat final de cette session de stratégie a été révélé le 15 septembre 2017 aux habitants des États-Unis. Les meilleurs généraux de la nation la plus puissante sur terre ont annoncé au Congrès que l’Amérique pourrait en réalité gagner une guerre totale contre la Russie et la Chine. Cela a dû être une scène digne du film classique de la Guerre froide, dirigé par Stanley Kubrick, Docteur Folamour. Je n’y étais pas donc je ne peux qu’imaginer ce rassemblement de faucons de guerre, l’expertise stoïque, l’intelligence militaire et l’arrogance obtuse comme on pouvait le voir au Congrès ce jour-là. Cette vision m’a fait penser : « Qui a bien pu ordonner une telle évaluation devant le Congrès ? ». Mais je pense que nous connaissons tous la réponse.

Le général Milley a exprimé sa seule préoccupation concernant une troisième guerre mondiale en citant le « manque de ressources et de formation de l’armée américaine pour exécuter la stratégie de sécurité nationale américaine sans risque militaire élevé ». L’amiral Richardson était d’accord avec Milley, mais son niveau de confiance dans la domination de la marine américaine semblait en quelque sorte plus élevé. Il a déclaré au comité :

Je suis d’accord avec le général Milley. Si nous entrons dans l’un de ces conflits, nous allons gagner, mais cela va prendre beaucoup plus de temps que nous le voudrions et cela coûtera beaucoup plus cher en dollars et en pertes.

Le Général de la Marine Neller a partagé ces opinions, avec la fierté et la bravade typique d’une « tête de bois » en proclamant que les forces étasuniennes actuelles sont « efficaces » pour contrer les forces insurgées du monde entier. Je suppose que le général voulait parler des talibans qui sont en train de ressurgir en Afghanistan, d’al-Qaïda qui est soutenu en Syrie et de l’ennemi ultime, État islamique, que la Russie a presque détruit sur le terrain. En ce qui concerne le général David L. Goldfein de l’Armée de l’Air, l’évaluation de l’ancien pilote de combat a montré que savoir piloter un avion ne qualifiait pas quelqu’un pour être un stratège militaire. Le général Goldfein était également d’accord avec les autres, mais d’une manière un peu trop compliquée, comme s’il était le comptable du groupe. En bref, l’homme dont l’avion a été abattu sur la Serbie quand l’Amérique a détruit la Yougoslavie a gagné sa rémunération le 15 septembre en faisant une déclaration totalement évidente : la Troisième Guerre mondiale est une entreprise à haut risque. C’est pas de la merde, mon général.

Mes chers compatriotes terriens, il est évident que le complexe militaro-industriel étasunien dirige maintenant le pays. Cette réunion devant le Sénat des États-Unis ne fut qu’une simple formalité. Un psycho-thriller se déroulant devant un public endormi dans la rangée du fond du théâtre. Avec un Vladimir Poutine implorant à chaque souffle le dialogue avec des gens sains mentalement, et après que la machine militaire russe a été forcée à la mise en alerte, les principaux généraux étasuniens ont pris les choses en main. Permettez-moi de citer le plaidoyer du général Milley pour plus d’argent et d’armes afin de contrer les « conséquences désastreuses » de cet Armageddon :

« La facture sera payée dans le sang des soldats américains si les forces ne sont pas prêtes. Nous en avons une longue histoire : Kasserine Pass, Guadalcanal, Okinawa, Tarawa, Task Force Smith pendant la guerre de Corée. Cela remonte jusqu’à Bull Run, Lincoln pensant qu’il allait mener une guerre de moins de 90 jours. On pense souvent que les guerres sont courtes lorsqu’elles commencent ; elles ne le sont pas. On pense qu’elles coûteront moins que ce qu’elles finissent par coûter et elles finissent avec des résultats inattendus, après avoir pris des chemins non prévus. C’est une chose dangereuse. »

Permettez-moi de le préciser clairement ici. Les « généraux » n’ont pas préparé leurs évaluations pour un comité sénatorial américain dans l’expectative, car ces mêmes sénateurs travaillent en collusion avec l’armée et le complexe industriel, comme tout le monde le sait. Ce spectacle de cirque a été orchestré pour un seul public – les idiots qui croient que notre système fonctionne encore comme il le devrait – le peuple américain. Regardez le récit. Ce n’est que du dialogue publicitaire et de la propagande, des histoires conçues pour apaiser les travailleurs des magasins de proximité. Une « chose dangereuse », en effet. Milley ne fait que se préoccuper d’une toute nouvelle course aux armements, d’une toute nouvelle Guerre froide, en suggérant une augmentation des forces et des équipements en prévision de conflits majeurs. Nous retournons à l’initiative « Star Wars » de Ronald Reagan. Pour ceux d’entre vous qui croient que tout cela n’est que de la simple agitation, ce rapport de l’Agence de renseignement de la défense nous montre que les industriels de l’armement et le président des États-Unis sont conscients du résultat ultime. Une partie du rapport aborde la « préparation » de Vladimir Poutine à un Armageddon dans la mesure où il se prépare, juste au cas où. Le fait est pourtant que les profonds bunkers souterrains que l’industrie de la défense étasunienne cite comme étant « la protection contre l’Armageddon de Poutine » ont été construits pendant l’époque soviétique.

Enfin, si vous lisez à propos du nouveau rôle du président du Joint Chiefs of Staff, le général Joseph Dunford, vous comprendrez que la reprise de la politique américaine par l’État profond est totale. Alors que ses collègues étaient occupés à préparer le public à plus d’armes, de navires et de missiles, le général étasunien faisait une tournée politique en Asie en rencontrant des bureaucrates de carrière comme Moon de Corée du Sud, le président chinois Xi Jinping et le général Fang Fenghui, chef d’état-major général de l’Armée populaire de libération. Ainsi, avec la Corée du Nord, la Russie et l’Iran pris dans les fourches des nouvelles sanctions américaines, l’administration Trump compte également utiliser des armes réellement mortelles. Les généraux en tant que diplomates et l’imbécile des Nations Unis, l’ambassadrice Nikki Haley, en tant que majorette dans un jeu de guerre définitif? La folie est aujourd’hui « biblique » sur le compteur de réalité. La moitié du monde est sur le point de mourir de faim, et la grande partie du reste se sent abandonnée par l’ordre élitiste, alors il faut que la Troisième Guerre mondiale soit naturellement bienvenue. Il ne reste plus que cela à offrir.

 « J’ai vu que la parole dans le monde entier était profondément contrainte par l’autocensure, la censure au niveau économique et politique, pendant que le complexe militaro-industriel augmentait à un rythme énorme, et la quantité d’informations qu’il recueillait à propos de tous dépassait de loin l’imagination du public. » – Julian Assange

Phil Butler

Traduit par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone.

Enregistrer

Enregistrer

Enregistrer

PDF24    Send article as PDF