Israël veut déporter en masse les réfugiés africains


Un demandeur d’asile africain, qui a des cicatrices de torture infligées par des passeurs égyptiens, participe à une manifestation appelant le gouvernement israélien à reconnaître les droits des réfugiés, devant les bureaux de Tel-Aviv de l’agence des Nations Unies pour les réfugiés en février 2014 – Photo : Oren Ziv/ActiveStills

Par David Sheen – Le 8 février 2018 – Source Chronique de Palestine

Dans les prochaines semaines, le gouvernement israélien va lancer un ultimatum à des milliers de réfugiés africains, les intimant à quitter le pays sous 90 jours sous peine d’être emprisonnés à vie.

Si les dirigeants israéliens parviennent à leurs fins, ce sera le couronnement de la série d’infamies perpétrées, au fil des années, par les chefs de file du racisme anti-noir, des personnalités et des institutions que j’ai dénoncées à chaque fois comme étant à l’origine des efforts de l’État pour débarrasser le pays des réfugiés d’Afrique.

S’ils réussissent, il ne sera plus nécessaire de documenter la guerre que mène actuellement Israël contre les réfugiés africains, car cette guerre aura été « gagnée » – et ce, à un coût humain très élevé.

10. Ophir Toubul, militant

Dans la société israélienne, où le pouvoir politique dépend non seulement du statut socioéconomique, mais aussi de la race et de la religion, les groupes marginalisés comptent souvent sur le peu d’influence qu’ils ont pour essayer d’améliorer leur sort.

Il y a des juifs marginalisés qui attribuent leurs difficultés aux gouvernements israéliens passés et présents, ainsi qu’aux élites économiques que ces gouvernements servent. Ils voient d’autres groupes défavorisés de la société israélienne non pas comme des rivaux qui se battent pour les miettes dans une guerre à somme nulle, mais comme de potentiels alliés dans la lutte pour l’équité et un meilleur niveau de vie pour tous les habitants du pays.

Mais il y en a d’autres qui ont choisi de s’en prendre à ceux  qui sont encore plus mal lotis qu’eux.

Ophir Toubul appartient à cette dernière catégorie.

En 2016, Toubul a fondé l’Âge d’or, une organisation qui vise à promouvoir les intérêts des Juifs Mizrahi en Israël, un groupe originaire des pays arabes et historiquement marginalisé.

Au lieu de lutter pour de meilleures conditions de vie pour tous, Toubul a fait cause commune avec un gouvernement israélien qui veut débarrasser le pays de réfugiés.

Des femmes demandeuses d’asile et leurs enfants manifestent contre la détention des réfugiés et demandent au gouvernement israélien de reconnaître leurs droits, Tel-Aviv, janvier 2014 – Photo : Keren Mano/ActiveStills

 

Avant qu’Israël ne construise un mur frontalier qui bloque l’entrée des réfugiés africains dans le pays, il envoyait les nouveaux demandeurs d’asile à la gare routière centrale située au sud de Tel-Aviv, dans un quartier où vivent beaucoup de Mizrahi, sans y améliorer les services publics déjà insuffisants.

Le gouvernement a monté les deux communautés l’une contre l’autre, puis a utilisé la rage des juifs comme une arme dans sa guerre contre les réfugiés africains. Les législateurs de droite se sont mis à aller régulièrement au sud de Tel-Aviv, pour convaincre ses résidents israéliens que les nouveaux arrivants africains étaient la cause de leurs problèmes. Des élus ont ensuite affirmé que le sentiment anti-africain des résidents israéliens d’origine, qu’ils avaient eux-mêmes provoqué, justifiait l’expulsion des réfugiés du pays.

Toubul est déterminé à aller encore plus loin. Il a soutenu dans un article de Facebook en février dernier qu’il était temps de démanteler le ghetto africain qui s’était constitué dans le sud de Tel-Aviv.

Il a ajouté : « Il est temps de mettre fin au carnaval des groupes qui aident les réfugiés et d’exiger qu’ils quittent le sud de Tel-Aviv. »

Le rappeur et activiste palestinien Tamer Nafar a condamné Toubul et Miri Regev, le ministre israélien qui a été à l’origine du pogrom de 2012 contre les réfugiés africains au sud de Tel-Aviv, dans un article d’opinion publié dans le quotidien Haaretz :

« Miri Regev et Ophir Toubul ne sont pas les Nouveaux Mizrahim. Notez bien ce que je vous dis : l’Âge d’or [l’organisation de Toubul] et Regev sont en fait les Nouveaux Blancs. Ce n’est pas un hasard s’ils ressemblent à Donald Trump. »

9. Sheffi Paz, militante

Il y a des gangs qui patrouillent dans les villes israéliennes et persécutent les non-juifs pour les forcer à partir.

Le groupe Lehava qui milite officiellement contre le métissage et les mariages inter-raciaux et qui sévit principalement à Jérusalem, cible particulièrement les Palestiniens. Le Front de libération de Tel-Aviv Sud, dirigé par Sheffi Paz, concentre ses efforts sur l’expulsion des réfugiés africains.

Paz et ses alliés harcèlent les Noirs dans les lieux publics et leur intiment de quitter immédiatement le pays. Les noirs savent que, s’ils protestent de quelque manière que ce soit, Paz appellera la police et les fera arrêter sous de fausses accusations. Ainsi, les malheureux demandeurs d’asile, qui mènent déjà une existence précaire, subissent généralement en silence ces persécutions dont rien ni personne ne les protège.

Des militants du Front de libération de Tel-Aviv Sud abordent les Africains et les Africaines dans la rue pour leur donner de force des préservatifs en proclamant publiquement et sans aucune honte, que le taux de natalité africaine en Israël devrait être de zéro.

 

Sheffi Paz tient un mégaphone rouge et mène une manifestation contre les demandeurs d’asile africains au sud de Tel-Aviv dans le quartier de Shapira en août 2015 – Photo : Keren Manor/ActiveStills

La haine du Front de libération de Tel Aviv-sud s’étend même aux enfants. En se promenant dans un des rares parcs du centre de Tel-Aviv, on peut tomber sur Paz et sa bande en train de malmener des enfants noirs, en toute impunité.

Son leadership de rue a procuré à Paz des financements et de l’influence politique. Cette année, elle a lancé un appel aux Israéliens sur Internet pour récolter des fonds pour intensifier ses provocations racistes. En l’espace de quelques semaines, Paz a réussi à récolter plus que la somme de 122 500 dollars qu’elle s’était fixée.

8. Itzik Braverman, maire

En novembre 2016, des adolescents israéliens ont lynché Babikir Adham-Uvdo, un réfugié africain, dans la banlieue de Tel-Aviv de Petah Tikva.

Il a été frappé au visage avec une telle violence que son propre frère n’a pas pu l’identifier. Ce sont les doigts manquants, perdus autrefois au Darfour d’où il s’était enfui vers Israël, qui ont permis d’identifier son cadavre.

Adham-Uvdo a été lynché près de la mairie de Petah Tikva. Au lieu d’essayer de rassurer les réfugiés africains dans la ville, dans les mois qui ont suivi le meurtre, le maire Itzik Braverman a pris des mesures pour les expulser. La municipalité s’est mise à couper l’électricité et l’eau potable aux appartements subdivisés pour abriter plusieurs familles de réfugiés africains (à cause des discriminations qu’ils subissent en matière de logement).

La municipalité a affirmé qu’elle ne ciblait pas les réfugiés, mais les violations en matière de construction.

ACRI, l’organisation de défense des droits civils qui représentait les demandeurs d’asile dans cette affaire, a établi que 80 % des résidents des appartements ciblés étaient des Érythréens et des Soudanais.

Un tribunal a statué en août dernier que Braverman pouvait continuer à couper les services de première nécessité aux réfugiés africains.

En 2015, Braverman a écrit une lettre à Silvan Shalom, alors ministre de l’Intérieur, pour lui dire que l’interdiction faite aux réfugiés de vivre à Tel-Aviv et Eilat mais pas à Petah Tikva avait « causé une grande déception parmi les habitants de la ville qui craignaient que leur sécurité personnelle ne soit menacée ».

Mais en février, Braverman a publiquement reconnu que les réfugiés ne faisaient rien d’illégal.

« La plupart d’entre eux sont ici légalement et ne font rien de mal, a dit M. Braverman aux résidents de la ville. Leur participation dans les crimes commis à Petah Tikva est faible. »

Alors, quelle est la vraie raison pour laquelle Braverman veut les chasser ?

« Quand vous marchez sur la Place du Fondateur, vous voyez des Noirs boire de la bière. Ce n’est pas agréable » a-t-il dit à ses administrés.

En d’autres termes, le véritable crime de ces réfugiés africains – et leur seul crime – c’est la couleur de leur peau.

7. Avi Dichter, membre de la Knesset

Avi Dichter, ancien chef du Shin Bet, la police secrète israélienne, travaille depuis plus de dix ans à expulser les réfugiés africains d’Israël. Il y a dix ans, alors qu’il était ministre de la sécurité intérieure, M. Dichter a décidé que les réfugiés africains qui traversaient la frontière israélienne seraient renvoyés en Égypte.

Bien que plus subtils, les efforts actuels de Dichter pour fournir aux autorités israéliennes des outils pour chasser les réfugiés africains sont probablement tout aussi efficaces.

Depuis 2011, il soutient un projet de loi qui garantirait que les efforts du gouvernement pour expulser tous les réfugiés africains ne soient pas contrecarrés, même temporairement, par la Haute Cour israélienne. Le projet de loi, qui aurait la même force qu’un amendement constitutionnel, subordonnerait la démocratie et les droits civils individuels aux intérêts d’un État juif.

Ces dernières années, la Haute Cour d’Israël a rejeté les amendements à la législation anti-réfugiés du pays parce qu’ils violaient les principes démocratiques.

Cependant, une fois la nouvelle loi de Dichter adoptée, ces considérations seront automatiquement subordonnées à ce que l’on appelle les « intérêts juifs ».

De l’avis du premier ministre Benjamin Netanyahou, la réduction du nombre de non-juifs dans le pays fait partie de ces intérêts juifs.

 

Des demandeurs d’asile africains participent à une marche silencieuse en direction des bureaux de l’UE à Tel-Aviv pour demander au gouvernement israélien de reconnaître leurs droits, janvier 2014 – Photo : Oren Ziv/ActiveStills

Lorsque les réfugiés africains ont commencé à arriver en Israël il y a dix ans, Dichter ne faisait pas beaucoup d’efforts pour cacher son dédain à leur égard.

En juillet 2007, à Hadera, une ville du nord d’Israël, une « patrouille de sécurité » mise en place par le maire a fait une descente dans un verger et arrêté un groupe de réfugiés africains, les a contraints physiquement à monter dans des autobus, les a chassés de la ville et les a abandonnés dans un parc public situé à plus de 100 kilomètres.

En 2011, une Cour de justice israélienne a condamné le maire et le conseil municipal de Hadera à une amende d’environ 80 000 dollars pour cet incident illégal.

Mais Dichter a fait l’éloge du maire de Hadera et de la « patrouille de sécurité ». Il était alors ministre de la Sécurité intérieure et il a demandé instamment que ces patrouilles soient mises en place dans tout Israël.

6. Le député Moti Yogev, et le mouvement Derech Chaim

Comme Avi Dichter, Moti Yogev est un député israélien qui parraine un projet de loi qui empêcherait la Haute Cour d’annuler, et même d’édulcorer, toute législation adoptée par le Parlement israélien, la Knesset.

Mais la loi proposée par Yogev est encore plus draconienne que celle de Dichter.

Le projet de loi sur « l’État-nation » de Dichter interdirait à la Haute Cour israélienne d’annuler des lois contraires aux principes démocratiques, mais le projet de loi proposé par Yogev priverait la Haute Cour de sa capacité d’annuler toute loi votée à la Knesset, quelle qu’en soit la raison.

Si le projet de loi sur « l’État-nation » a pour but de promouvoir les intérêts sectaires juifs, le projet de loi proposé par Yogev a pour but de promouvoir les intérêts religieux juifs.

Même si Yogev défend le projet de loi au parlement israélien, c’est le mouvement Derech Chaim et son leader, le rabbin Yitzchak Ginsbourgh, qui l’a lancé.

Derech Chaim vise à transformer l’ethnocratie israélienne – un État semi-séculier qui favorise les juifs ethniques – en théocratie, un État dont les lois sont la Torah et le Talmud, sans séparation entre la synagogue et l’État. Ginsburgh est un gourou de l’extrême-droite israélienne qui a écrit l’introduction à « la Torah du roi » un tract religieux qui permet le meurtre de bébés non juifs en arguant du fait qu’ils pourraient représenter une menace si on les laissait grandir.

Pour promouvoir son projet de loi, Yogev signe ainsi : « Fais revenir nos juges comme autrefois et nos conseillers comme avant et détourne de nous l’angoisse et la tristesse et règne vite sur nous, toi seul » ce qui est considéré dans les cercles religieux comme un appel pour que le peuple juif soit gouverné par des rois et des religieux non élus.

Yogev ne fait pas mystère de la logique raciste qui sous-tend son nouveau projet de loi.

En mars 2013, Yogev a cofondé un lobby parlementaire israélien qui avait pour objectif de renvoyer les demandeurs d’asile africains dans leur pays d’origine. En octobre de la même année, Yogev a téléchargé une vidéo de lui-même en train de se promener autour d’Ashdod, et de dire que les réfugiés africains « infestaient » la ville. Cette façon de comparer les réfugiés africains à des insectes qui doivent être chassés ou exterminés, est hélas très courante dans la société israélienne.

En Juillet 2015, Yogev a dit qu’il « fallait envoyer un D-9 (un bulldozer) raser la Haute