Israël complote pour « casser » un parlementaire conservateur britannique.


Par Simon Walters – Le 7 janvier 2016 – Source The Mail Online

Puis je vous indiquer quelques parlementaires que je vous suggérerais de casser ?

L’ambassade d’Israël a pris la choquante décision de « casser » le vice-ministre des Affaires étrangères de Boris Johnson, révèle une vidéo tournée en secret.

Ces images explosives, filmées secrètement dans un restaurant londonien et obtenues par The Mail On Sunday, montrent un haut diplomate émettant l’étonnante menace de s’en prendre Sir Alan Duncan.

Encore plus extraordinaire, il est encouragé par le principal conseiller d’un autre ministre conservateur, Robert Halfon.

La vidéo est extraite d’un film prétendant exposer la façon dont le gouvernement israélien a « infiltré » à la fois les partis Conservateur et Travailliste par l’intermédiaire de son ambassade au Royaume-Uni, en utilisant argent et pressions, tout cela secrètement.

D’autres images du film montrent aussi ce diplomate israélien, l’expert en renseignements Shai Masot, déclarant au haut fonctionnaire Joan Ryan qu’il avait obtenu « plus de 1 million de livres sterling » pour payer la visite en Israël de sympathisants parlementaires travaillistes.

Masot se moque également du chef du Parti travailliste, Jeremy Corbyn, le traitant de « dingue » et ses partisans de « gens bizarres ». Le film montre aussi des militants syndicaux pro-israéliens du Parti travailliste discutant du rôle secret du gouvernement de Jérusalem dans le soutien de leurs activités.

La nuit dernière, il semble que l’ambassadeur israélien Mark Regev ait fait des excuses à Sir Alan pour les commentaires « totalement inacceptables » de M. Masot.

Et un porte-parole de Boris Johnson a déclaré : « L’ambassadeur israélien s’est excusé et nous a fait comprendre que ces commentaires ne représentent pas les vues de l’ambassade ou du gouvernement israélien. »

Ces révélations arrivent à la suite d’une lutte interne au Parti travailliste au sujet du conflit israélo-palestinien, et des accusations répétées d’antisémitisme parmi les « corbynistes » de la gauche du parti.

Les députés conservateurs ont condamné la menace apparente de « faire du tort » à Sir Alan – qui a critiqué Israël et qui est décrit dans les images secrètes comme causant des « problèmes  » – et ont demandé une enquête de la part de Downing Street.

L’ancien ministre Conservateur, Sir Desmond Swayne, a condamné les remarques « déshonorantes » de M. Masot, ajoutant : « Il est particulièrement odieux de parler de ‘casser’ un ministre britannique. »

« Il y a de la colère aux États-Unis, à cause de l’ingérence de la Russie dans son processus démocratique, et aucune ingérence étrangère de ce genre ne devrait être autorisée au Royaume-Uni. »

Il a été appuyé par Crispin Blunt, président Conservateur du comité des Affaires étrangères de la Chambre des communes, qui est également visé par Masot dans le film. Il a considéré les commentaires sur Sir Alan comme « scandaleux ».

Ces révélations apparaissent dans un film réalisé par l’unité d’enquête de la compagnie qatarie Al Jazeera TV, dont le but est de montrer comment le gouvernement israélien a « infiltré » les partis conservateur et travailliste.

Mais lord Stuart Polak, directeur principal des Amis conservateurs d’Israël (ACI), a déclaré hier soir : « Il est totalement absurde d’affirmer que des partis politiques britanniques soient infiltrés par une quelconque organisation. »

 «Le groupe des Amis d’Israël s’emploie à informer ses membres sur les questions compliquées du Moyen-Orient. L’ambassade d’Israël représente Israël d’une manière professionnelle. »

« Suggérer qu’ils soient impliqués dans quelque chose de sinistre n’est que baliverne. »

Un expert a affirmé que le soutien récent de la Grande-Bretagne à un vote du Conseil de sécurité des Nations unies condamnant les colonies juives sur la Cisjordanie contredit l’affirmation selon laquelle le lobby pro-israélien dicte la politique étrangère du Royaume-Uni.

Cependant, quelques jours après le vote, Theresa May a mis en colère les partisans palestiniens en attaquant l’affirmation du secrétaire d’État américain John Kerry disant que le gouvernement israélien actuel est « le plus à droite de toute son histoire ».

Un journaliste déguisé et ses caméras cachées ont suivi M. Masot à travers la Grande-Bretagne, alors qu’il tenait des pourparlers secrets avec des personnalités de l’ACI et de son équivalent du Parti travailliste, l’ATI.

Cette menace apparente de « s’en prendre » à Sir Alan a été faite un mois plus tard au restaurant Aubaine, situé juste en face de l’ambassade d’Israël à Kensington, dans l’ouest de Londres, où est basé Masot.

Étaient également présents Maria Strizzolo, adjointe principale au ministre de l’Éducation, Robert Halfon, ancien directeur politique de l’ACI.

Après que Mme Strizzolo se fut vantée de son rôle dans la bonne réputation du ministre Halfon, M. Masot lui demande : « C’est évident, mais pouvez-vous faire le travail opposé ? »

 « Puis-je vous donner le nom de quelques députés auxquels je vous suggère de vous attaquer ? »

Lorsque Mme Strizzolo répond que tous les députés ont quelque chose qu’ils essaient de cacher, M. Masot annonce : « J’ai quelques députés », et dit au journaliste infiltré : « Elle sait quels députés je veux descendre […] le vice-ministre des Affaires étrangères [Duncan]. »

Il dit que Sir Alan – un critique bien connu d’Israël, et deuxième adjoint de Boris Johnson – « pose beaucoup de problèmes ».

Il semble suggérer que Sir Alan est plus puissant, parce que Johnson est un idiot sans aucune responsabilité. Si quelque chose de concret se passe… cela vient de Duncan.

Strizzolo affirme « qu’il est impossible de s’en prendre » à Sir Alan, qui a de puissants « amis », et raconte qu’au cours d’un vif affrontement au sujet d’Israël avec son patron, Sir Alan a « menacé de détruire » M. Halfon.

« Rob a appelé les conservateurs et ils lui ont dit [à Halfon] de se calmer », dit-elle. Strizzolo suggère alors : « Un petit scandale peut-être ? », ajoutant : « Ne parlez à personne de cette réunion.  »

L’ambitieux C.V. de M. Masot a toutes les caractéristiques de celui d’un espion : il a passé huit ans dans une unité spéciale de la Marine israélienne, il a un diplôme en affaires internationales, a travaillé dans les services de renseignements de la Défense israélienne, est monté au rang de major et s’est récemment proposé pour diriger les Renseignements étrangers israéliens.

Il dit qu’il n’est « pas un diplomate de carrière » et est venu au Royaume-Uni pour s’occuper de questions politiques spécifiques – « c’est ce que je fais ».

Masot dit aussi qu’il a raté un emploi au bureau du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou, en plaisantant : « C’était un combat énorme […] moi et un autre candidat […] J’ai essayé de le tuer, mais ça n’a pas marché. »

Lorsque la discussion passe à d’autres députés conservateurs « pro-arabes », M. Masot parle de Crispin Blunt, qui, comme sir Alan, a critiqué Israël.

Puis Mme Strizzolo intervient : « Sur la liste des cibles? Oui », ajoutant qu’elle « ne peut pas supporter les conservateurs pro-arabes. Ce sont des gens horribles […] ces deux là vont bien ensemble. »

« Les apologistes arabes », commente M. Masot.

Halfon et Mme Strizzolo sont tous deux des membres éminents des Amis conservateurs d’Israël (ACI).

Peu de temps après que M. Halfon a été nommé ministre de l’Éducation par Theresa May l’année dernière, Mme Strizzolo, son ancienne chef d’état-major de la Chambre des communes, est devenue fonctionnaire au ministère de l’Éducation et continue de travailler pour lui, à temps partiel, à la Chambre des communes.

Dans le film, elle se vante de la façon dont elle et les ACI garantissent que les députés conservateurs offrent un soutien vocal à Israël, par exemple en préparant des déclarations publiques pour eux.

« Si vous faites tout pour eux, il leur est plus difficile de dire : « Je n’ai pas le temps […] Je ne le ferai pas », dit-elle. »

Elle raconte avoir téléphoné à M. Halfon, d’Israël, et l’avoir « convaincu » de poser une question à David Cameron pour obtenir le soutien à Israël dans les Questions du Premier ministre aux Communes, en 2014.

Lorsque M. Masot demande : « Est-ce qu’il l’a fait? », Mme Strizzolo répond : « Oui, et [il a obtenu] une déclaration du gouvernement. »

Le film montre également comment M. Masot a eu des contacts intensifs avec des personnalités travaillistes pro-israéliennes et a discuté du financement supplémentaire pour les ATI, lors de la conférence du parti à Liverpool en septembre.

Il parle au président du groupe, Mme Ryan, des plans pour « une autre délégation de militants des ATI pour visiter Israël ».

Mme Ryan répond : « Ce serait bien. Qu’est-il arrivé avec les noms que nous avons donnés à l’ambassade, Shai? »

Masot : « Nous avons l’argent, plus d’un million de livres, c’est beaucoup d’argent. »

Ryan : « Il faut bien. »

Masot : « Je l’ai obtenu d’Israël. C’est une approbation. »

Ryan : « Je pensais bien que vous ne l’aviez pas dans la poche ! »

Hier soir, Mme Ryan a déclaré que les revendications du film étaient « de l’ordure ».

Halfon et l’ambassade d’Israël ont refusé de commenter.

Mme Strizzolo a déclaré, hier soir, que sa conversation avec Masot n’était que « des bavardages et des ragots », ajoutant : « Toute suggestion que je […] puisse exercer le genre d’influence que vous suggérez est risible. »

Qu’elle ne connaissait M. Masot que « purement socialement et comme un ami. Il n’est pas quelqu’un avec qui j’aie jamais travaillé ou eu des relations politiques, à part causer politique comme des millions de personnes dans un contexte social. »

Sir Alan a également refusé de commenter.

Simon Walters

Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

Note du Saker Francophone : Cette histoire se passe en Grande Bretagne, mais toute ressemblance avec ce qui pourrait se passer dans d’autres pays européens n’est absolument pas fortuite.
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Une réflexion au sujet de « Israël complote pour « casser » un parlementaire conservateur britannique. »

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