Douze trucs pour donner du sens à notre monde.


Par Caitlin Johnstone – Le 17 juin 2018 – Source Strategic Culture

Dans un environnement saturé par la propagande des médias de masse, il peut être difficile de savoir quelle direction est la bonne, et encore plus d’en tirer une idée précise de ce qui se passe dans le monde. Voici quelques conseils que j’ai appris et qui m’ont donné beaucoup de clarté pour voir à travers le voile de propagande et de confusion. Pris séparément, ils ne nous disent pas grand chose, mais pris ensemble, ils peignent une image très utile du monde et pourquoi il en est ainsi.

  1. Il s’agit toujours, en fin de compte, de prise de pouvoir

Pour tenter de comprendre pourquoi les gouvernements agissent de façon aussi irrationnelle, pourquoi des guerres coûteuses et insensées sont menées alors que des sans-abri meurent de froid dans les rues ; pourquoi les millionnaires et les milliardaires deviennent de plus en plus riches alors que tous les autres luttent pour payer leur loyer ; pourquoi nous détruisons l’écosystème dont nous dépendons pour notre survie ; pourquoi un élu a tendance à toujours tendance à appliquer plus ou moins les mêmes politiques et programmes nuisibles que son prédécesseur ; les gens en arrivent souvent à des explications qui ne tiennent pas vraiment la route.

La plus courante d’entre elles est probablement l’idée que tous ces problèmes sont dus à l’influence maligne de l’un des deux partis politiques principaux et que si l’autre parti pouvait simplement prendre le contrôle de la situation, tous les problèmes disparaîtraient. D’autres explications incluent la croyance que les humains sont intrinsèquement mauvais, ou alors accusent des minorités comme les Juifs ou les immigrants, blâment le racisme et la suprématie blanche, ou tombent dans des théories tordues sur des sociétés secrètes reptiliennes et des cabales pédophiles mangeuses de bébés. Mais en réalité, tout le comportement irrationnel de l’humanité peut s’expliquer par l’impulsion humaine de base qui consiste à amasser du pouvoir et de l’influence sur ses semblables, combinée au fait que les sociopathes ont tendance à s’élever à des positions de pouvoir.

Nos ancêtres étaient des animaux vivant en meute, et la capacité pour un individu de s’élever dans la société que formait sa meute déterminait des questions cruciales comme la priorité, ou pas, de se nourrir ou de se reproduire. Cette impulsion à s’élever dans la hiérarchie de la meute est profondément ancrée dans notre héritage évolutionnaire mais, lorsqu’elle n’est pas contrôlée en raison d’un manque d’empathie et est étendue à une meute humaine de 7,6 milliards d’individus dans laquelle nous nous retrouvons maintenant en raison de la facilité des transports et de la communication, cela peut conduire des individus à toujours accumuler plus de pouvoir, jusqu’à ce qu’ils exercent une immense influence sur des groupes entiers de nations.

  1. L’argent récompense la psychopathie

La volonté de faire n’importe quoi pour aller de l’avant, d’utiliser ses griffes pour atteindre le sommet, de trahir dès que le besoin s’en fait sentir, de pousser n’importe qui sous le bus, d’écraser tout le monde dans cette course aux rats, tout cela est récompensé par notre système actuel. Le fait d’être prêt à sous-rémunérer les employés, à tromper le système judiciaire et à influencer les législateurs sera récompensé de façon proportionnelle. Les personnes qui ont le sens de l’empathie sont souvent réticentes à agir de cette manière, alors que les sociopathes et les psychopathes ne le sont pas. Environ quatre pour cent de la population est sociopathe, environ un pour cent est psychopathe et environ cinq à quinze pour cent de la population se situe quelque part le long de la frontière. Moins vous avez d’empathie, plus vous êtes prêt à aller loin et plus vous pourrez gravir les échelons.

  1. La richesse tue l’empathie

Comme si ce n’était déjà pas suffisant, des études ont montré que le contrôle d’une grande richesse détruit réellement le sens de la compassion pour son prochain. Quand vous êtes capable d’utiliser votre richesse pour obtenir tout ce que vous voulez, de la sécurité à la loyauté et jusqu’aux relations personnelles, vous n’avez plus besoin d’être à l’écoute du centre d’empathie de votre cerveau alors que le reste de l’humanité en dépend pour obtenir une lecture précise de ce qui se passe avec les gens qui l’entourent. La plupart des gens ont besoin de se sentir constamment dans la chaleur de leur famille, de leurs collègues, de leurs employeurs, de leurs amis et de leurs connaissances afin d’assurer leur propre confort, leur statut social et leur sécurité, alors qu’une personne riche peut simplement acheter toutes ces choses. Le fait d’être né dans la richesse ou de l’avoir depuis longtemps peut empêcher ce sentiment d’empathie d’être aussi fort que dans le reste de la population.

  1. L’argent, c’est le pouvoir

Une étude réalisée à Princeton, en 2014, montre que les Américains ordinaires n’ont finalement aucune influence sur la politique et le comportement de leur nation, quelque soit la manière dont ils votent, alors que les Américains riches ont beaucoup d’influence. C’est dû à la capacité d’utiliser efficacement le lobbying d’entreprise et les dons de campagnes qui équivalent à une corruption légale des élus, et signifie que l’argent se traduit directement en pouvoir politique. Cela crée une classe dirigeante qui est naturellement incitée à utiliser son influence pour augmenter sa propre richesse tout en diminuant celle des autres, car puisque le pouvoir est relatif, moins le peuple a d’argent plus la classe dirigeante a de pouvoir.

C’est pourquoi les milliardaires continuent de thésauriser de plus en plus de richesses tout en utilisant la corruption légalisée pour étouffer toute législation visant à un rééquilibrage économique. Ce n’est pas qu’ils veulent pouvoir s’acheter des milliers de voitures de luxe ou des dizaines de jets privés, ils ne peuvent en utiliser qu’un seul à la fois, comme tout le monde. Ils accumulent la richesse pour empêcher le reste de la population de l’avoir. Parce que l’argent est synonyme de pouvoir, répartir la richesse équivaudrait à faire de tout le monde un roi, et parce que le pouvoir est relatif, faire de tout le monde un roi signifierait que personne n’est roi.

Historiquement, les dirigeants ne renoncent pas facilement au pouvoir et cette élite de la classe riche ne fait pas exception. D’où toutes leurs tentatives agressives pour supprimer tout mouvement populaire contre le statu quo.

  1. Cette même classe dirigeante contrôle les médias

Il est de notoriété publique que la plupart des médias sont contrôlés par les ploutocrates, qu’il s’agisse des anciens ploutocrates financiers qui contrôlent les anciens médias ou des nouveaux ploutocrates de la Silicon Valley qui contrôlent une grande partie des nouveaux médias. Le contrôle des médias est une composante essentielle de la règle ; cela a toujours été le cas, depuis l’époque où les rois ou les évêques ordonnaient que les livres dissidents soient brûlés et que leurs auteurs soient exécutés. C’est pourquoi la première chose qu’un nouveau ploutocrate fait dès qu’il atteint un certain niveau de richesse est d’acheter de l’influence médiatique, comme Jeff Bezos l’a fait lorsqu’il a acheté le Washington Post en 2013. Bezos a acheté ce journal non pas parce qu’il est un homme d’affaires stupide qui pensait que les journaux étaient sur le point de connaitre une lucrative résurgence, mais parce qu’il est un homme d’affaires brillant qui sait que le statu quo sur lequel il construit son empire exige une entreprise de propagande à laquelle le public croira et fera confiance.

  1. Les gens sont toujours en train de se manipuler les uns les autres

Cultiver une conscience aiguë du moment où vous êtes manipulé, et considérer quel motif quelqu’un pourrait avoir pour le faire, est un élément essentiel pour donner du sens au monde.

Il est très rare de rencontrer quelqu’un qui n’essaiera pas de vous manipuler d’une manière ou d’une autre. En général, les gens que vous rencontrez dans votre vie essaieront d’influencer la façon dont vous les percevez et votre relation avec eux, ils essaieront de vous attirer dans certains cas ou de vous repousser dans d’autres cas, d’essayer de vous utiliser pour atteindre leurs objectifs personnels et de vous façonner d’une manière qui correspond à leur désirs. Il n’y a rien d’intrinsèquement malveillant dans un tel comportement, c’est seulement ce que les gens font [plus ou moins consciemment, NdT] comme ils l’ont toujours fait. Encore une fois, les humains sont des créatures sociales et nous faisons ce que nous pouvons pour améliorer notre position au sein de nos cercles sociaux.

Le vrai problème est quand des manipulateurs habiles se hissent à des positions d’influence à grande échelle comme le gouvernement ou les médias. Malheureusement, ce sont ces types qui ont tendance à s’élever dans de telles positions, parce qu’ils peuvent manipuler suffisamment bien pour y arriver et qu’ils le font généralement pour des raisons d’ambition personnelle plutôt que par altruisme. Ces manipulateurs habiles forment un échelon essentiel des serviteurs loyaux de la classe dirigeante, et sont les esprits derrière les récits pro-système que vous verrez soudainement circuler, récits conçus par des groupes de réflexion, diffusés par les plateformes médiatiques et les laquais de l’establishment.

  1. La société est basée sur des narratives

La plus grande partie de l’expérience humaine est filtrée par nos histoires mentales qui façonnent notre sens du Moi, nos idées sur qui nous sommes, nos croyances sur la façon dont nous sommes censés nous comporter en société, ce qu’est l’argent et comment il fonctionne, l’endroit où le pouvoir existe et à qui nous sommes censés obéir. Toutes ces choses sont des constructions purement conceptuelles qui n’existent que dans le domaine de la pensée ; un « dollar » n’existe que dans la mesure où nous avons tous accepté de prétendre que c’est une chose réelle et qu’il a un certain pouvoir d’achat. À tout moment, nous pourrions décider collectivement de changer les règles sur la façon dont le pouvoir fonctionne ou ce qu’est l’argent et comment il fonctionne, et alors instantanément les règles instaurées par l’élite serait abolies sans que personne ne tire un coup de feu. Ce serait aussi simple que cela.

Les narratives sont aussi puissantes que cela, c’est pourquoi les ploutocrates au pouvoir se battent si fort pour nous empêcher d’en prendre le contrôle. C’est pourquoi les dénonciateurs et les sites comme WikiLeaks sont agressivement et constamment dénigrés et diabolisés par les médias aux ordres ; s’ils peuvent créer des soupçons à l’égard de ceux qui racontent la vérité, ils peuvent empêcher qu’on leur fasse confiance, et ainsi empêcher qu’ils soient crus. Cette tactique est utilisée pour minimiser l’impact de toute information, des rapports de terrain sur ce qui se passe en Syrie jusqu’aux révélations d’Edward Snowden ; si vous pouvez créer suffisamment de suspicion à l’égard de quelqu’un, peu importe s’il dit la vérité à 100 % ; personne ne le croira, et ainsi le récit dominant restera le même.

Garder conscience qu’il y a une bataille sans fin pour contrôler le récit et le manipuler pour faire avancer les intérêts ploutocratiques est une partie essentielle de la compréhension du monde.

  1. Les lignes de démarcation entre les nations sont imaginaires

Ces lignes tracées sur la carte entre les pays sont également de pures narratives ; elles ne sont réelles que dans la mesure où le public les accepte telles quelles. Les élites dirigeantes le savent et l’exploitent. Elles ne pensent pas en termes de nations et de gouvernements, elles ne pensent qu’en termes d’individus et de groupes d’individus.

Une région stratégique clé au Moyen-Orient ? Pas besoin de s’emparer de tout le pays, il suffit de l’inonder de groupes extrémistes qui sont fidèles à vos objectifs et contrôlent