Dommages irréversibles – L’économie des États-Unis ne peut pas être réparée


Par Brandon Smith – Le 2 février 2017 – Source alt-market.com


Comme je l’ai souligné dans mon article « Le faux récit de la reprise économique mourra en 2017 », les médias traditionnels ont soigné l’élaboration du mème de propagande selon lequel l’administration Trump aurait hérité d’une économie mondiale en « plein boom », alors qu’en fait, c’est tout le contraire. Trump entre en fonction à un moment de long déclin et sera probablement le témoin de son accélération au cours de la prochaine année. Les signes sont déjà présents, et cela correspond exactement à la base de ma prédiction sur la victoire de Trump à l’élection ─ les mouvements conservateurs sont en effet mis au pouvoir comme boucs émissaires pour une crise économique mondiale que les financiers internationaux ont réellement créée.

De plus, cela n’empêche pas Trump de se vanter que le Dow Jones farceur ait atteint des records après son entrée à la Maison Blanche. Vous parlez d’une configuration parfaite…

Avec la vitesse à laquelle Trump émet des ordres exécutifs, mon souci est que la tête des gens va tourner si vite qu’ils commenceront à croire à une apparence de progrès économique. Voici le problème ─ certains problèmes ne peuvent tout simplement pas être corrigés, du moins pas par une impulsion hiérarchique. Certaines catastrophes ne peuvent être évitées. Parfois, une crise doit se dérouler avant qu’une nation, une société ou une économie ne revienne à la stabilité. C’est aussi vrai pour la crise sous-jacente de l’économie américaine.

Il est impératif que les militants de la liberté et les conservateurs évitent les faux espoirs d’un redressement financier et restent vigilants et préparés à une panne du système. Malgré le changement politique soudain avec Trump et le parti républicain ayant le contrôle majoritaire de l’appareil à Washington D.C., rien ne peut être fait par le gouvernement pour soulager les tensions financières en ce moment. En voici quelques-unes des principales raisons.

Le gouvernement ne crée pas de richesse

Le gouvernement est une machine à dévorer la richesse. Plus le gouvernement est grand, plus il est habile à arracher des capitaux et à mal les répartir. Un tel système n’est intrinsèquement pas équipé pour réparer une économie prise dans une spirale stagflationniste. (mélange de faible croissance et d’inflation).

J’entends beaucoup de discussions dernièrement sur tous les emplois qui seront créés grâce aux plans de dépenses d’infrastructure de Trump, ce qui me rappelle le désespoir au début de la Grande Dépression et les efforts de Herbert Hoover pour relancer l’économie américaine à travers une série de programmes de travaux publics. La réalité n’est pas le reflet du succès de cet effort.

Tout d’abord, les idées de Trump sur les dépenses d’infrastructure pour lancer une reprise américaine ne sont pas nouvelles. L’administration Obama et le Congrès ont adopté le plus grand projet de loi sur les dépenses de transport sur plus d’une décennie en 2015 et ils ont poussé pour une stratégie similaire à ce qui est actuellement suggéré par Trump. Je tiens à souligner que, comme Herbert Hoover, les efforts d’Obama dans ce domaine ont été essentiellement infructueux. Obama a été le premier président depuis Hoover à laisser « officiellement » la croissance annuelle du PIB des États-Unis à moins de 3% sur l’ensemble de sa présidence, avec un PIB en 2016 tombant à une triste augmentation de 1,6%.

Bien que des projets comme le barrage Hoover aient été épiques par leur portée et électrisants pour l’imagination publique pendant la dépression, ils ont fait peu pour alimenter les perspectives globales à long terme de l’économie américaine. C’est parce que le gouvernement est incapable de créer la richesse ; il ne peut que voler la richesse de la population par l’imposition pour payer les dettes contractées ou il peut passer un marché diabolique avec les banques centrales pour « imprimer » son chemin vers une fausse prospérité.

Certains pourraient avancer que Trump est susceptible de réorienter les fonds de programmes mal conçus de l’ère Obama, plutôt que d’augmenter les impôts ou de faire de l’impression. Cela ne change pas la situation. Les fonds réorientés sont toujours les fonds des contribuables, et ces fonds seraient beaucoup mieux dépensés s’ils étaient rendus aux contribuables plutôt que gaspillés dans un effort vain pour augmenter le PIB d’un point de pourcentage. Au-delà de cela, le nombre d’emplois générés par le processus sera une goutte d’eau, comparativement aux 100 millions et plus de personnes qui ne sont plus employées aux États-Unis à notre époque.

Conclusion ? Bien que de nouvelles routes et un mur à la frontière méridionale soient un deal gagnant pour de nombreux conservateurs, les dépenses d’infrastructure sont une non-solution pour prévenir une catastrophe financière à long terme.

L’interdépendance est difficile à briser

Une autre perspective de levée de fonds pour payer les projets de travaux publics générateurs d’emplois est l’utilisation des droits de douane sur les importations étrangères. Plus précisément, les importations de biens en provenance de pays qui ont maintenu des avantages commerciaux déloyaux grâce à des accords mondiaux comme l’ALENA, l’ALÉAC ou le projet de loi sur le commerce avec la Chine. Il s’agit évidemment d’un concept pratique et il a toujours été dans l’intention des pères fondateurs après la révolution, de générer la majeure partie du financement du gouvernement par la taxation des importations étrangères et le commerce inter-étatique, plutôt que par l’imposition directe des revenus des citoyens. Cependant, l’idée n’est pas sans conséquences.

Malheureusement, les globalistes ont passé la moitié du siècle à faire en sorte que chaque pays dépende financièrement totalement des autres. Les États-Unis sont au CENTRE même de cette interdépendance, avec notre monnaie comme standard des réserves monétaires mondiales. Afin de changer la nature du système interdépendant, nous devons changer la nature de notre participation à ce système. Cela signifie que pour imposer des taxes d’importation élevées à des pays comme la Chine (ce que Trump a suggéré), l’Amérique devrait consentir à sacrifier le principal avantage dont elle jouit dans le modèle interdépendant – nous devrions sacrifier le statut de monnaie de réserve mondiale du dollar.

Gardez-le à l’esprit. Des mesures agressives de rétorsion peuvent aussi être prises contre nous par des nations comme la Chine. Les dettes considérables en dollars et en obligations du Trésor détenues par la Chine pourraient être liquidées, et malgré les réclamations des médias aux ordres, cela aura en effet des effets destructeurs sur l’économie des États-Unis.

Gardez également à l’esprit qu’avec des tarifs douaniers plus élevés, les prix seront plus élevés dans les magasins. La majorité des marchandises consommées par les Américains vient de l’extérieur du pays. Des tarifs plus élevés ne fonctionnent à notre avantage que lorsque nous disposons d’une base manufacturière capable de produire les biens dont nous avons besoin au prix auquel nous pouvons nous permettre d’acheter. La base manufacturière américaine au sein de notre propre nation est quasiment inexistante par rapport à la Grande Dépression. Pour imposer des tarifs, nous aurions besoin d’un niveau de soutien à la production que nous n’avons tout simplement pas.

Le fait est qu’un changement sans précédent dans la dynamique de production américaine devrait se produire, afin que nous ne fassions pas face à de lourdes conséquences fiscales pour l’utilisation des tarifs comme une arme économique.

Les industries prennent du temps à être reconstruites

Beaucoup d’enthousiasme a été suscité par les rapports selon lesquels certaines sociétés américaines rapatrieraient un peu de production dans nos frontières au cours du premier mandat de Trump en tant que président. Et certainement, c’est quelque chose qui doit se produire. Nous n’aurions jamais dû externaliser notre capacité de production. Mais est-ce trop peu, trop tard ? Je le crois.

Je me souviens qu’en 2008-2009, les économistes traditionnels applaudissaient les efforts de renflouement de la Réserve fédérale et l’appel à l’assouplissement quantitatif car, selon eux, cela allait diminuer la valeur du dollar sur le marché mondial, ce qui rendrait les biens américains moins chers et par extension inspireraient une renaissance manufacturière. Bien sûr, cela ne s’est jamais produit, ce qui ne fait qu’ajouter à la montagne de preuves confirmant que la plupart des économistes traditionnels sont des idiots intellectuels.

Il est important que nous ne tombions pas dans le même piège fait de faux espoirs en 2017. Alors que Trump peut ou ne peut pas gérer les choses plus agressivement, il n’y a pas tant que cela qui puisse être accompli par la politique. Reconstruire une base manufacturière après des décennies d’externalisation prend du temps. De nombreuses années, en fait. Les usines doivent être commandées, l’argent doit beaucoup changer de mains, les salaires doivent être taillés pour le meilleur rendement possible par dollar dépensé et les gens doivent être formés, à partir de cette nouvelle base industrielle, pour produire des biens à nouveau. Dans de nombreux cas, les compétences requises pour maintenir des usines en fonctionnement aux États-Unis (des ingénieurs, des machinistes, de la main-d’œuvre de chaînes d’assemblage et des personnes qui savent gérer le tout) n’existent plus. Il ne reste plus que des millions de travailleurs dans la vente au détail et la restauration, qui forment une foule immense exigeant 15 $ de l’heure, ce qui ne va tout simplement pas encourager le retour des centres de production.

Au-delà, au moins à court terme, l’Amérique aura un dollar beaucoup plus fort sur le marché mondial, plutôt qu’un dollar plus faible, en raison du fait que la Réserve fédérale a amorcé une nouvelle série d’augmentations de taux d’intérêt alors que Trump entrait en fonction [reportées pour l’instant, NdT]. Alors que les médias théorisent que la Fed va devenir « dovish » et renoncer à des hausses de taux, je pense que c’est assez naïf. Cela sert les élites beaucoup mieux pour créer une bataille entre Trump et la Fed ─ donc, je ne vois aucune raison pour la Fed de renoncer à son processus de hausse des taux. Trump va exiger un dollar plus faible, la Fed ne le lui donnera pas et finalement, l’économie mondiale commencera à voir le dollar comme une entreprise risquée et y renoncera comme monnaie de réserve mondiale ; c’est ce que les globalistes ont voulu depuis le début, afin qu’ils puissent introduire les DTS comme un pont vers une nouvelle monnaie mondiale.

Avec un dollar « fort » (par rapport à d’autres indices), il y a même MOINS d’incitation pour les pays étrangers à acheter nos produits maintenant, qu’il n’y en avait après la crise du crédit en 2008. Si le dollar perd son statut de réserve mondiale (comme je le crois pendant le premier mandat de Trump), alors nous aurons une monnaie qui va rapidement baisser ─ mais trop rapidement pour alimenter un redémarrage manufacturier.

Y a-t-il suffisamment de richesses internes pour soutenir l’essor de la production aux États-Unis pendant un laps de temps nécessaire au rééquilibrage de notre économie ? S’il y en a, je ne les vois pas. Nous sommes une nation engluée dans la dette. Tant et si bien que même la vente de nos ressources naturelles n’effacerait pas le problème.

En fin de compte, le passage du pays d’un système mondialisé à celui de producteur autonome avec une population assez riche pour soutenir cette production en raison des exportations limitées vers des acheteurs étrangers est un changement qui exige une incroyable prévoyance, une grande précision et un temps suffisant. Ce n’est pas quelque chose qui peut être décrété par la force ou par décret du gouvernement. En fait, essayer de forcer le changement au hasard ne fera qu’agiter une économie déjà au bord des calamités.

Les solutions commencent avec la citoyenneté, pas à Washington

Je comprends que les conservateurs en particulier veuillent ce « make America great again », et je suis tout à fait d’accord avec ce