Pourquoi avons-nous besoin d’emplois si nous pouvons avoir des esclaves qui travaillent pour nous ?


Par Ugo Bardi – Le 26 novembre 2017 – Source CassandraLegacy

Nous supposons normalement que tout ce qui crée des emplois est une bonne chose, mais est-ce vraiment le cas ? Notre prospérité actuelle est-elle liée au fait d’avoir des « emplois » ? N’est-ce pas plutôt le résultat du grand nombre d’esclaves énergétiques qui travaillent pour nous sous la forme de combustibles fossiles ? Aujourd’hui, chacun d’entre nous a probablement plus d’esclaves en termes de production d’énergie disponible que même les plus riches du monde antique pouvaient rêver d’en avoir. Mais, dans le monde antique, les riches patriciens romains connaissaient la source de leur richesse et pratiquaient l’« otium » la recherche du plaisir et du savoir sans les besoins de la survie quotidienne, pris en charge par les esclaves humains. De nos jours, au contraire, nous avons tendance à négliger, voire à nier activement, le rôle de nos esclaves fossiles.

Nous affirmons, et peut-être même le croyons-nous, que nos antiques boulots sont ce qui nous fait vivre et nous nous engageons avec enthousiasme dans l’équivalent de creuser des trous dans le sol pour les remplir dans la foulée, ceci comme moyen de nous enrichir en augmentant la valeur numérique de cette divinité curieuse que nous appelons « PIB ». C’est peut-être parce qu’au fond, nous savons que, tôt ou tard, nos esclaves fossiles vont s’évaporer dans l’air et nous quitter.
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La Russie et la Chine sont déterminées à enterrer le dollar


« Les nations d’Eurasie développent des moyens propres pour assurer la croissance de leurs économies à l’abri des sanctions financières du Trésor américain. »



2015-02-05_10h48_03Par F. William Engdahl – Le 24 janvier 2018 – Source Russia Insider

Le gouvernement russe a récemment annoncé qu’il émettra l’équivalent de près d’un milliard de dollars en obligations d’État, mais non pas libellées en dollars américains, ce qui est généralement le cas, mais plutôt en yuan chinois. Il s’agit de la première vente d’obligations russes dans cette devise.

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Évolution d’une société au cours d’un cycle économique


Par François Roddier – Le 15 janvier 2017 – Source francois-roddier.fr

Dans mon billet précédent, j’ai développé l’analogie entre les cycles économiques tels que les décrivent Turchin et Nefedov (billet 90) et le cycle diurne d’un cerveau humain. Dans mon billet 101, j’ai montré que l’évolution politique d’une société s’apparente également au fonctionnement d’un cerveau humain. Il est intéressant de juxtaposer les deux approches. C’est ce qui est fait sur la figure ci-dessus. Reprise du billet précédent, j’y ai ajouté les quatre types de société d’Emmanuel Todd et les quatre états du cerveau mentionnés au billet 101.

Du point de vue thermodynamique, les quatre côtés du carré sont l’analogue du mouvement convectif de l’eau dans une casserole sur le feu. En bas, durant la phase de dépression, l’eau se réchauffe. À gauche, devenue moins dense, l’eau monte vers la surface. C’est la phase d’expansion (ascension économique). En haut, elle s’étale et se refroidit. C’est la phase de stagflation. À droite, l’eau refroidie redescend. C’est la phase de crises durant laquelle les sociétés s’effondrent. Ces quatre phases correspondent aussi aux quatre temps d’une machine à vapeur décrits dans mon billet 104. La phase de dépression correspond à une compression adiabatique, la phase d’expansion à une détente isotherme, la phase de stagflation à une détente adiabatique, la phase de crises à une compression isotherme.

Dans le cas du cerveau, les flèches indiquent les directions vers lesquelles le seuil et l’intensité des connections croissent. L’analogue pour une société pourrait être les seuils d’embauche, la phase de crises correspondant à une période de chômage élevé. L’analogue des intensités serait alors la stabilité de l’emploi. La phase de stagflation serait ainsi une phase d’emploi précaire. Ce schéma conduit à la description suivante du cycle complet d’évolution d’une société.

La phase de stagflation correspond à des sociétés inégalitaires. Nous avons vu que l’interconnectivité y est élevée, rendant la société d’autant plus fragile que l’intensité des liens y est faible (voir les travaux d’Ulanowicz décrits dans mon billet 86). Les inégalités croissantes créent des tensions sociales amenant les gouvernements à tenir des politiques autoritaires. Les individus ne restent solidaires que pour maintenir la société en marche et l’empêcher de se désagréger : c’est une solidarité « mécanique » au sens de Durkheim. Elle favorise l’action collective sous contrôle d’une autorité commune.

La remise en question de l’autorité crée des révoltes, voire des révolutions. On entre dans la phase de crises. Toujours autoritaires, les politiques tendent à devenir plus égalitaires. Les seuils élevés des connections rendent toutefois les coopérations difficiles. L’économie a du mal se développer librement. Une économie dirigée souvent la remplace, maintenant ainsi la société en état de survie.

Lorsque l’économie est au plus bas, on entre dans la phase de dépression. Des sociétés de nature égalitaire se développent à partir de traditions locales. De nouvelles connections s’établissent et permettent à l’économie de redémarrer. Le succès de la reprise renforce l’intensité des connections qui culmine. La solidarité entre les individus y est élevée, mais il s’agit maintenant d’une solidarité organique au sens de Durkheim : elle laisse libre cours aux diversités d’opinion ; elle favorise le dialogue et la réflexion.

Peu à peu, la société devient plus libérale, favorisant l’innovation. On entre dans la phase d’expansion. Une telle société crée des modifications rapides de l’environnement auxquelles les individus ont de plus en plus de difficultés à s’adapter, ce qui nous amène à une nouvelle phase de stagflation.

On peut considérer une société humaine comme un être vivant dont les individus sont les cellules. La phase de crises correspond à la fin d’une société vieillissante et à la naissance d’une société nouvelle. Les phases suivantes sont celles du développement, suivi de la maturité puis de la vieillesse. L’économiste Joseph Schumpeter compare le cycle complet à une tornade. Il voit la phase de crises comme un processus de destruction créatrice.

La description que nous venons de donner des phases successives d’évolution d’une société est tout à fait cohérente et conforme aux descriptions historiques de Turchin et Nefedov. On pourrait donc penser qu’elle puisse servir de base théorique pour donner un sens à l’Histoire, comprendre son évolution passée, et même prévoir, au moins partiellement, son évolution future.

La réalité est, hélas, plus complexe. Les cycles réguliers donnés en exemple par Turchin et Nefedov s’arrêtent à la fin du XVIIe siècle. À partir du XVIIIe, l’évolution historique s’accélère et devient plus chaotique. Que s’est-il passé ? L’examen de l’évolution démographique en Europe nous apporte la réponse : on assiste à une montée spectaculaire de la densité de population, phénomène qui a conduit l’anglais Malthus à tirer le signal d’alarme.

Du point de vue thermodynamique, cela signifie une montée brutale de la dissipation d’énergie, à l’échelle de l’ensemble des pays développés. L’équivalent en dynamique des fluides n’est plus celui de tornades isolées, mais d’une cascade de tourbillons telle que l’a décrite le physicien russe Kolmogorov. Les tourbillons naissent maintenant à l’échelle de l’Europe. Durant leur phase de crise, ils tendent à créer des tourbillons plus petits à des échelles nationales. Eux-mêmes en créent d’autres à des échelles encore plus locales, pouvant aller jusqu’à provoquer des scissions. Sur son blog, Philippe Grasset parle de tourbillons « crisiques ».

Décrite par Turchin et Nefedov, la révolution anglaise de 1642 n’a pas été sans conséquence à l’étranger : elle a entraîné des remous aux Pays Bas et même en France. À partir du siècle suivant, les interactions entre les divers pays européens vont les rendre indissociables. On le voit avec la Révolution française. Provoquée par une monarchie autoritaire et inégalitaire, celle-ci tente d’instaurer une société plus égalitaire. Les biens de l’Église et ceux des nobles ayant fui à l’étranger sont confisqués. Cela requiert un gouvernement tout autant autoritaire, mais déclenche une coalition de pays étrangers contre la France. Comme on le sait, cela se termine par la défaite de Napoléon devant les Anglais à Waterloo, suivie d’une restauration de la monarchie.

Dans mon billet 73, j’ai décrit l’évolution de l’Europe au XIXe siècle, montrant le rôle joué par les colonies. Un cycle de 120 ans semble s’être établi sur toute l’Europe. Il se termine par un effondrement majeur : la Première Guerre mondiale. À partir de 1918, un nouveau cycle de 120 ans s’instaure, élargi aux États-Unis d’Amérique, tandis que la révolution Russe entame un cycle de même période mais dont la tendance s’oppose au premier. Bientôt le Japon et plus tard la Chine se joignent à la tourmente. C’est le phénomène de la mondialisation.

L’Europe continue cependant à jouer un rôle moteur. La phase de dépression s’étend de 1918 à 1948. Marquée par la crise financière de 1929, elle se termine avec la Seconde Guerre mondiale. La phase d’expansion s’étend de 1948 à 1978. Elle se termine avec l’arrivée au pouvoir de Margaret Thatcher en Angleterre (1979), suivie de celle de Ronald Reagan aux États-Unis (1981). Commence alors une phase de stagflation allant de 1979 à 2008. La phase de crises commence avec la crise financière de 2008. Elle se poursuit aujourd’hui, où elle est caractérisée par de fortes tensions au Moyen Orient.

Il est tentant d’extrapoler cette évolution aux prochaines années. La figure jointe à ce billet laisse présager un déclin de l’influence des sociétés inégalitaires comme les États-Unis en faveur de sociétés plus égalitaires comme celle de la Russie. La transition aurait lieu en 2023. On peut s’attendre également à un phénomène de « démondialisation » redonnant du poids aux souverainetés nationales, comme le suggère l’économiste Jacques Sapir. 1 2 C’est le passage de la sélection K à la sélection r en biologie. 3. Ce mouvement pourrait inclure un retour aux monnaies nationales, comme le franc, non pas à la place de l’Euro mais en plus de ce dernier. Cela entraînerait un déclin de l’interconnectivité, améliorant la robustesse de l’économie. 4.

Thermodynamique de l'évolution. Un essai de thermo-bio-sociologie

François Roddier

Après avoir enseigné pendant 18 ans la physique à l’Université de Nice, je suis parti avec ma famille travailler aux États-Unis. J’ai passé 4 ans à Tucson (Arizona) et 12 ans à Honolulu (Hawaii). Avec mon épouse, nous avons participé au développement de l’instrumentation optique des grands télescopes. À la fin de l’année 2000, nous avons pris notre retraite et sommes revenus en France. L’image en tête de ce blog montre une ceinture de poussières circumstellaires que nous avons découverte. Des planètes peuvent s’y former. Après m’être intéressé à l’origine des planètes, je m’intéresse maintenant à la planète Terre, à l’origine de la vie et aux théories darwiniennes de l’évolution.

Notes

  1. Jacques Sapir, « Le nouveau XXIe siècle » Seuil, 2008.
  2. Jacques Sapir, « La démondialisation »  Points, 2011.
  3. François Roddier, « Thermodynamique de l’évolution » 2012, p. 118
  4. Bernard Lietaer et al., « Money and Sustainability : The Missing Link. A Report from the Club de Rome » Triarchy Press, 2012
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Sanctions de merde


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Par Dmitry Orlov – Le 16 janvier 2018 – Source Club Orlov

Brise-glace russe / LNG tanker
Christophe de Margerie

Quelle que soit la déité païenne responsable de la météo cet hiver, elle semble faire une blague aux Américains. Vous ne croyez pas au réchauffement climatique ? Bien, pourquoi n’avons-nous pas eu les Moscovites profitant de la vue rare de saules en fleur en janvier alors que vous gelez chez vous ? Le résultat a été brutal. Non seulement les très basses températures, dans une région où certaines personnes semblent croire qu’une casquette de base-ball est le couvre-chef idéal en hiver, ont exacerbé une saison de grippe déjà très mauvaise (le vaccin standard contre la grippe n’est efficace qu’à 10%) mais cela a provoqué une hausse des prix du gaz naturel jusqu’à 6,4 dollars le mètre cube, atteignant un record vieux de quatre ans et dépassant même le prix en vigueur en Asie.

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Le pétrole et l’Iran


Par Amy Myers Jaffe –  Le 4 janvier 2017 – Source Council on Foreign Relation

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Il ne faut pas grand-chose de nos jours pour rappeler aux négociants en pétrole que le risque géopolitique au Moyen-Orient peut faire grimper les prix du pétrole. Les troubles dans les villes iraniennes en sont le dernier exemple. Les nouvelles et les enregistrements vidéo des principales manifestations en Iran ont poussé les prix du Brent à 67 dollars le baril avant que les analystes commencent à souligner que le risque pour l’approvisionnement en pétrole du simple fait de ces manifestants était faible. Cette analyse pourrait être trop optimiste. Les manifestations en Iran soulignent un risque croissant dans le golfe Persique : les populations mécontentes sont prêtes à saboter les installations pétrolières pour se faire entendre.

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L’Initiative polonaise des Trois Mers. Quel en est l’enjeu géopolitique ?


Par William Engdahl – Le 6 décembre 2017 – Source New Eastern Outlook

En jaune, les pays participant a l’initiative des Trois mers

L’initiative polonaise des Trois Mers est une tentative géopolitique à peine voilée de contrer l’influence de la Russie, à l’est, et de l’Allemagne, à l’ouest. Des comparaisons avec le malheureux Intermarium polonais, à la fin de la Première Guerre mondiale, me viennent à l’esprit, non sans raison. À la suite de cette guerre, le dirigeant polonais Josef Pilsudski a tenté de créer une union des États situés entre la mer Noire et la Baltique pour s’opposer à la fois à l’empire soviétique russe et allemand, union connue sous le nom d’Intermarium. Si nous superposons la géographie des États des différentes configurations de l’Intermarium à celle de l’initiative des Trois Mers contemporaine, nous découvrons alors une forte ressemblance entre les deux, c’est-à-dire une sorte de ligne de démarcation entre l’Allemagne à l’ouest et la Fédération de Russie à l’est. Mais les similitudes ne s’arrêtent pas là.

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Projet gazier Yamal : « Total fait entrer la France dans le XXIe siècle multipolaire »


Par Maxime Perrotin – Le 15 decembre 2017 – SputnikNews

Yamal, son aéroport, son port, son complexe industriel et son camp de base pouvant accueillir 32.000 personnes, le tout 600km au nord du cercle polaire. Quatre ans de travaux, des investissements colossaux : si on souligne le coup de force de ce projet hors-norme, on oublie de dire qu’il a été en partie porté et réalisé par des industriels français.

Le Christophe de Margerie, premier des quinze super-méthaniers brise-glace du projet Yamal LNG est parti du port de Sabetta dans le Grand Nord russe pour l’Angleterre ! Il devrait livrer le 28 décembre, au terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) de l’île de Grain, à 60 km à l’Est de Londres, la première cargaison de GNL produit par le consortium Novatek-Total-CNPC.

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La Chine va-t-elle provoquer une crise de l’énergie et de la dette ?


Par Gail Tverberg – Le 8 novembre 2017 – Source OurFiniteWorld

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Il est facile pour beaucoup d’entre nous, en Occident, de négliger l’importance de la Chine dans l’économie mondiale et les limites qu’elle a atteintes. Les deux grands domaines dans lesquels la Chine semble atteindre des limites sont la production d’énergie et la dette. Arriver à l’une ou l’autre de ces limites pourrait éventuellement causer un effondrement.

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Le paradoxe de Sénèque


Si l’épuisement minéral est un problème, comment se fait-il que nous n’en voyions pas les effets ?


Par Ugo Bardi – Le 8 novembre 2017 – Source CassandraLegacy

Les prix du pétrole restant bas et la production apparemment plus que suffisante pour satisfaire la demande, la plupart des gens ont sauté à la conclusion que toutes les ressources minérales sont abondantes et ne sont pas une préoccupation dans un avenir prévisible. Pourtant, le problème demeure : les ressources minérales ne sont pas infinies. La solution au problème peut être dans « l’effet Sénèque ». C’est un effet insidieux qui masque les risques futurs d’une croissance apparemment sûre et robuste.

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Les vastes implications de la route maritime du Nord de la Russie

Cela change tout ...

« ... une collaboration fructueuse avec la Chine, la Corée du Sud et même, dans une certaine mesure, avec le Japon, contrairement aux espoirs des néocons de Washington et de leurs mécènes dans le complexe militaro industriel américain. » F. William Engdahl

2015-02-05_10h48_03Par F. William Engdahl – Le 28 novembre 2017 – Source Russia Insider

Pour ce qui est de faire face à certaines des conditions climatiques les plus rudes du monde, aucun pays n’égale la Russie.

La Russie a fait de la construction d’une route maritime du Nord le long de la côte arctique russe une priorité pour permettre le transport du GNL (gaz naturel liquéfié) et du fret par conteneur entre l’Asie et l’Europe, réduisant ainsi de moitié le temps de navigation et contournant le canal de Suez.

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