De nouvelles données révèlent les mécanismes cachés de l’effondrement de l’Empire romain


Par Ugo Bardi – Le 21 mai 2018 – Source CassandraLegacy

Alaric Sack of Rome
Le sac de Rome par les Wisigoths du roi Alaric en 410 après JC)

Les raisons de la chute de l’Empire romain d’Occident sont restées un mystère pour les historiens modernes, tout comme pour les Romains eux-mêmes. Pourtant, les données récentes d’une carotte de glace du Groenland nous fournissent de nouvelles données sur l’effondrement de l’Empire, montrant à quel point il a été rapide et brutal − un véritable « effondrement de Sénèque ». Notre civilisation pourrait-elle prendre le même chemin ?

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Un article appelle au bombardement du pont de Crimée


Il montre comment la guerre de l’information est menée


Par Andrew Korybko – Le 26 mai 2018 – Source Oriental Review

Crimean BridgeUn collaborateur du Washington Examiner a appelé l’Ukraine à bombarder le nouveau pont de Crimée. Tom Rogan a imploré le nouvel allié des États-Unis en Europe de l’Est à frapper le dernier projet d’infrastructure de la Russie avec des frappes aériennes afin de le rendre temporairement inutilisable dans une opération fantastique qui, selon lui, pourrait même recevoir un soutien militaire américain. Tout en reconnaissant que la Russie riposterait presque certainement, Rogan estime que les bénéfices en terme de soft power l’emporteraient sur les coûts en hard power en raison de l’immense symbolisme que serait l’Ukraine bombardant ce pont, une position ultra-extrémiste qui prouve son radicalisme idéologique.

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Cinq choses que vous devriez savoir sur l’effondrement


Par Ugo Bardi – Le 15 mai 2018 – Source CassandraLegacy

Ce serait une consolation pour notre faiblesse et nos œuvres, si toutes choses périssaient aussi lentement qu’elles naissent ; mais si les augmentations sont de croissance lente, le chemin de la ruine est rapide. Lucius Annaeus Seneca. 4 BC – 45 AD

Le philosophe romain Lucius Annaeus Seneca fut peut-être le premier dans l’histoire à identifier et discuter de l’effondrement et à noter que « le chemin de la ruine est rapide ». À partir de l’idée de Sénèque, j’ai inventé le terme d’« effet Sénèque » pour décrire tous les cas où les choses tournent mal très vite et j’ai utilisé la science moderne des systèmes complexes pour comprendre pourquoi et comment les effondrements se produisent. Ci-dessus : la pyramide égyptienne de Meidoum, peut-être le premier grand édifice de l’histoire à connaître l’effondrement.

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L’effondrement culturel est déjà là


Par Dmitry Orlov – Le 17 mai 2018 – Source Club Orlov

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Il y a douze ans, en 2006, j’ai été invité à prendre la parole lors d’une conférence sur l’énergie à Manhattan, à Cooper Union. C’était la première fois que je parlais de ce sujet. La transcription complète et les diapositives sont toujours disponibles ici. Ma thèse était (et reste à ce jour) que l’URSS était beaucoup mieux préparée pour survivre à un effondrement que les États-Unis ne le sont ou ne le seront jamais.
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L’Eurasie tiraillée entre guerre et paix


Alors que le premier partenaire commercial de l’Iran est la Chine, et que Téhéran et Moscou tissent des liens plus proches, tout indique un renforcement de la relation trilatérale.


Par Pepe Escobar − Le 1er mai 2018 – Source Asia Times

L’Ayatollah Ali Khamenei rencontre Vladimir Poutine à Téhéran le 1er novembre 2017. Photo : AFP/Site internet du dirigeant iranien

Deux sommets récents, la poignée de mains transfrontalière des présidents Kim et Moon, qui a surpris le monde entier, et la promenade de santé amicale sur les berges du lac à Wuhan entre les présidents Xi et Modi, ont pu donner l’impression que le processus d’intégration eurasiatique est entré dans une phase plus calme. Or, cela n’est pas vraiment le cas. Ce serait plutôt un retour à la confrontation : comme on pouvait s’y attendre, la mise en pratique de l’accord sur le nucléaire iranien, connu sous l’acronyme disgracieux de JCPOA (en français l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien), est au cœur du problème. Fidèles au processus lent de leur projet d’intégration eurasiatique, la Russie et la Chine sont les plus fidèles soutiens de l’Iran. Continuer la lecture de L’Eurasie tiraillée entre guerre et paix

Enjeux géopolitiques du Japon pour le XXIe siècle


Par Andrew Korybko − le 20 octobre 2017 − source geopolitica.ru

Le Japon, équivalent asiatique de la Grande Bretagne, constitue de par son emplacement géographique une anomalie stratégique du supercontinent eurasiatique, ce qui a considérablement influencé ses décisions politiques au cours des siècles et l’a façonné comme puissance historiquement maritime. Ce pays d’Orient choisit prudemment, au sortir de la restauration de Meiji en 1868, de s’occidentaliser sélectivement, ce qui lui apporta une croissance importante, en tête de ses compétiteurs régionaux, et le fit émerger comme grande puissance en soi. La stratégie générale japonaise était de devenir véritablement la Grande Bretagne asiatique, c’est à cette fin que le pays s’efforça de se tailler un empire dans l’hémisphère Est, par des conquêtes brutales et une stratégie « diviser pour mieux régner », qui allait lui permettre de remplacer ses homologues européens en tant que puissance dominante de cette région du monde. Continuer la lecture de Enjeux géopolitiques du Japon pour le XXIe siècle

Les États-Unis tentent-ils de transformer la Zambie en « Sri Lanka africain » ?


Par Andrew Korybko – Le 11 avril 2018 – Source Oriental Review

Zambia mapLa récente spéculation des médias sur l’état réel de la dette de la Zambie pourrait être manipulée par les États-Unis pour élaborer un narratif de guerre de l’information : ainsi, le pays deviendrait le « Sri Lanka africain », une perception trompeuse qui serait conçue pour enflammer le sentiment anti-chinois comme prélude au « corridor de croissance Asie-Afrique » indo-japonais qui a fait des percées décisives dans ce pays de transit géostratégique de la Route de la Soie.
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Géopolitique de l’Amérique du Sud


Par Andrew Korybko − Le 20 juin 2017 − Source geopolitica.ru

Les deux premiers articles de cette série examinaient les événements et tendances les plus significatifs géo-stratégiquement dans l’histoire de l’Amérique du Sud, préparant ainsi le lecteur à une meilleure compréhension de la situation géopolitique contemporaine du continent. Les développements que nous allons à présent aborder se basent sur les processus historiques, les initiatives en cours qui pourraient changer la donne et les développements conformes aux prédictions induites par les articles précédents.

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La Grande-Bretagne et le nouveau seuil de puissance


Par Marcelo Gullo − le 9 avril 2018 − Source katehon.com


 

Genèse de la mondialisation

La Grande-Bretagne & la révolution industrielle

Eric Hobsbawm écrivait dans son célèbre livre Industry & Empire (1998:13) : « La révolution industrielle a amené dans la vie des hommes les transformations les plus profondes jamais vécues dans l’histoire du monde et consignées par écrit. Pendant une courte période, cette révolution coïncida avec l’histoire d’un unique pays, la Grande Bretagne. Sur cette base, ou plutôt autour de cette base, une économie mondiale tout entière s’est bâtie qui lui a permis d’atteindre un niveau d’influence et de puissance jamais égalé par aucun pays de dimension comparable. » C’est à ce moment historique que la Grande-Bretagne se distingue comme premier grand État-nation industriel du monde, événement qui positionna le seuil de puissance à des niveaux quasiment inatteignables par d’autres pays et qui transforma l’Angleterre en grande puissance supérieure à toute autre dans le système international.

À un certain moment de l’histoire universelle, la Grande-Bretagne peut être décrite comme unique atelier au monde, unique importateur et exportateur de grands volumes, unique puissance impérialiste, quasiment seule à investir à l’étranger ; et pour cette même raison l’unique puissance navale et le seul pays développant sa propre politique mondiale (Hobsbawm, 1998 : 37).

Achevant sa révolution industrielle en premier, la Grande-Bretagne monte automatiquement le seuil de puissance en vigueur. Conséquence immédiate, tout pays dans le système international qui veut conserver son autonomie se trouve forcé de mener sa propre révolution industrielle. Afin de ne pas se faire dominer, chaque pays du système international est obligé de s’industrialiser. Au XVIIIe siècle et jusqu’au début du XIXe, la France constituait le principal État rival de l’Angleterre, tant dans les domaines politique qu’économique. Jusqu’au milieu du XVIIe siècle, « la France était plus riche que la Grande-Bretagne, même si les richesses y étaient mal distribuées et que les paysans en particulier se trouvaient écrasés de taxes exorbitantes au profit d’une classe détentrice des terres qui en pratique ne travaillait pas. Jusqu’au moment de la révolution industrielle, l’industrie française surpassait celle des Anglais, que ce soit dans l’emploi de machines complexes ou dans l’établissement de grandes usines. Mais le poids des guerres prolongées se fit lourdement sentir sur le système économique français et entrava l’adoption ou l’application par la France de nouvelles techniques basées sur l’énergie de la vapeur, jusque tard après son implantation en Grande-Bretagne »  (Cole, 1985 : 83). La France sortit très affaiblie des guerres napoléoniennes. Pour autant, elle avait conservé sa supériorité traditionnelle dans le domaine de l’industrie de la soie ; le pays disposait d’une bourgeoisie industrielle avec un talent incroyable pour la production en petites quantités de produits de très haute qualité, de bon goût et à des prix très élevés (1). En outre, le pays subvenait à ses propres besoins en matière agricole de telle sorte qu’il atteignit une certaine prospérité et une grande capacité d’accumulation du capital aussitôt que les effets de la guerre s’estompèrent. Mais il reste que « la France sortit politiquement et économiquement sous-équipée pour rivaliser avec la Grande-Bretagne sur le marché mondial. Ses stocks de charbons étaient réduits.

[…] Au vu de ces circonstances, la plupart des anciennes causes de la rivalité entre France et Grande-Bretagne tendaient à disparaître. Les industries françaises et anglaises s’étaient développées en suivant des chemins divergents et il devenait improbable que l’industrie française puisse venir, par ses nouveaux systèmes de production, menacer son pendant anglais sur le marché mondial » (Cole, 1986 : 84). À cette très juste observation de Cole, on peut ajouter que malgré la présence en France d’institutions idéales au développement capitalistique, malgré l’inventivité et l’ingéniosité des milieux d’affaires français sans égales en Europe, malgré le statut de Paris comme place financière internationale égale à celle de Londres, malgré les importantes réserves françaises de capital, exportées sur l’ensemble du continent, les milieux d’affaires français n’avaient pas investi dans leur industrie nationale : « Le prudent homme d’affaires français préférait fabriquer des produits de luxe que des produits de consommation de masse ; le financier prudent préférait promouvoir les industries étrangères que les industries nationales ». (Hobsbawm, 2006 : 183). Eric Hobsbawm explique ce radical paradoxe par le constat que « les initiatives privées et le progrès économique ne vont de pair que si celles-ci sont plus profitables que d’autres formes d’affaires. En France, ce n’était pas le cas, malgré le fait que c’est la France qui s’employa à fertiliser les autres pays » (183). Sans impulsion d’État réussissant à promouvoir le développement d’une industrie puissante, sans politique économique en faveur de l’industrie, sans politique financière orientant les investissements vers les industries essentielles, la France parvint de justesse à atteindre le seuil de puissance (défini par la Grande-Bretagne) nécessaire à dépasser le statut d’État subordonné, mais fut totalement incapable de défier l’hégémonie mondiale anglaise. De manière incroyable, la raison de ce handicap ne réside que dans le désintérêt de la part de l’État français envers cette impulsion d’État qui aurait orienté ses politiques et son économie vers des niveaux semblables à ceux de la Grande-Bretagne. L’incapacité du pays à répondre à la suprématie mondiale de la Grande-Bretagne provient des chemins choisis par la bourgeoisie et l’État français quant à l’orientation de leurs activités (2).

Pour concevoir la logique derrière l’alliance entre l’élite politique et la bourgeoisie nationale − surtout en ce qui concerne l’Italie et l’Allemagne − il faut également voir que, pour les proto-industriels les plus lucides d’Europe continentale, « il est vite apparu comme évident qu’une communauté de taille comparable à celle de la Grande-Bretagne − qui présenterait la cohésion et la solidarité que les institutions politiques du gouvernement représentatif à l’échelle nationale avaient données au pays avant la fin du XIIIe siècle − apportait l’unité minimale en territoire et en population où le système industriel pourrait opérer de manière bénéficiaire ». (Toynbee, 1967 : 89).

À l’observation de la Grande–Bretagne, une petite part de l’élite politique autant dans le royaume du Piémont que dans l’Allemagne encore non unifiée comprit que l’Angleterre venait d’élever le seuil de puissance et que les seuls États pouvant maintenir leur autonomie dans les nouvelles conditions − découlant de la révolution industrielle − seraient ceux qui pourraient s’industrialiser aussi complètement que l’Angleterre venait de le faire. Il apparut donc naturel  de voir une convergence d’intérêts entre les hommes politiques visant à l’unité en Italie d’une part et en Allemagne d’autre part, chacun avec sa bourgeoisie nationale (l’élite proto-industrielle) ; le compromis voulait que seul un État de taille comparable à celle de la Grande-Bretagne pourrait investir ses ressources en vue de réaliser des profits intéressants.

Malentendus sur les causes de la révolution industrielle

Vouloir expliquer en profondeur les raisons et circonstances ayant amené la Grande-Bretagne à constituer le premier État-nation à mener une révolution industrielle dépasserait le cadre du présent travail. Quoi qu’il en soit, il faut éclaircir au moins certaines des équivoques héritées des mauvaises compréhensions et des pseudo-explications qui ont été concoctées − parfois de façon malveillante − quant à savoir pourquoi la Grande-Bretagne est devenue le premier « atelier » du monde (3).

Suivons le grand historien Eric Hobsbawm dans cette démarche d’éclaircissement. Le premier malentendu de taille provient des théories qui essaient d’expliquer la révolution industrielle par des raisons climatiques, géographiques, par des changements biologiques dans la population ou par d’autres facteurs exogènes :

Si, comme cela a été dit, le déclencheur de la révolution provient d’une période exceptionnellement longue de bonnes récoltes au début du XVIIIe siècle, il va falloir expliquer pourquoi d’autres périodes similaires avant cette date n’ont pas eu les mêmes conséquences. Si l’on dit que ce sont les énormes réserves de charbon de la Grande-Bretagne qui expliquent la révolution industrielle, alors il faut se demander pourquoi son relatif manque de ressources naturelles comme par exemple le fer, n’ont pas freiné outre mesure le processus, ou encore pourquoi les mines de charbon de Silésie (allemandes) n’ont pas produit un saut industriel aussi rapide (Hobsbawm, 1998 : 36).

L’Allemagne disposait de fer et de charbon en abondance mais était, avant l’invasion par Napoléon, divisée en plus de trois cents mini-États désunis et anarchiques. À l’opposé, la Suède disposait d’une unité politique et d’énormes réserves de fer mais n’avait pas la politique économique adéquate. Hobsbawm le dit clairement : « Les facteurs climatiques, géographiques, la distribution des ressources naturelles ne constituent pas des facteurs indépendants mais s’inscrivent dans une économie déterminée et dans une structure sociale et institutionnelle. […] Ceci vaut également pour le plus important des facteurs, l’accès facile à la mer ou à des rivières navigables, c’est-à-dire, aux réseaux les plus pratiques et les moins coûteux de l’ère pré-industrielle. » (Hobsbawm, 1998 : 37) Hobsbawm souligne également qu’on ne saurait accepter l’explication de la révolution industrielle causée par des accidents historiques :

« L’avènement des grandes découvertes des XVe et XVIe siècles ne suffit pas à expliquer l’industrialisation ni la révolution scientifique du XVIe siècle. » (Hobsbawm, 1998 : 37).

Dans son processus de compréhension des raisons possibles pour lesquelles la Grande-Bretagne était devenue le premier « atelier du monde », Hobsbawm soutient un argument d’importance primordiale pour les intellectuels qui pensent avoir découvert l’origine du sous-développement latino-américain dans ce qu’ils appellent « racines entremêlées » du sous-continent :

« On ne peut pas attribuer les raisons de ces changements à la Réforme protestante, que ce soit directement ou par une sorte d’esprit capitaliste spécial ou par toute autre innovation économique introduite par le protestantisme ; ni même parce qu’elle a eu lieu en Angleterre et pas en France. La Réforme protestante a eu lieu plus de deux siècles avant la révolution industrielle. Un certain nombre de pays convertis au protestantisme ne sont pas devenus des pionniers de cette révolution et, exemple facile, la zone hollandaise qui resta catholique (la Belgique) connut l’industrialisation avant la zone protestante (Hollande). » (Hobsbawm, 1998 : 37)

Dans le même ordre d’idées que ce raisonnement de Hobsbawm, Jose Enrique Miguens témoigne que certains intellectuels d’Amérique latine attribuent sans ambiguïté au grand sociologue allemand Max Weber la thèse selon laquelle capitalisme et révolution industrielle résulteraient de la Réforme protestante : « Superficiellement, dit Miguens (2004 : 190), ces intellectuels semblent avoir raison dans cette interprétation de Weber, son ouvrage majeur s’intitule Éthique protestante & esprit du capitalisme et, en survolant la table des matières, on voit qu’il traite de Luther, de Calvin et des sectes protestantes et de l’esprit du capitalisme. Mais pour comprendre à quoi il fait référence, il faut commencer par lire l’ouvrage dans son ensemble et intégrer ce qui est dit dans la théorie et la méthodologie weberiennes. » Et Miguens souligne pour ce premier point, comment Weber lui-même, dès le premier chapitre, s’inscrit fermement en faux contre les interprétations de son travail en disant : « On ne devrait pas soutenir la thèse folle et partisane selon laquelle l’esprit capitaliste aurait surgi en résultante de la Réforme, ni, à plus forte raison, que le capitalisme en tant que système économique pourrait en être une création. » Et en note de bas de page, il ajoute : « En dépit de ceci et d’autres avertissements explicites de ma part, que j’ai continuellement émis, on m’a singulièrement et plusieurs fois attribué cette thèse. » (Weber, Éthique protestante & esprit du capitalisme, cité par Miguens, 2004 : 190)

L’archétype de la Grande-Bretagne

Comme nous l’avons vu ci-avant, à l’issue des guerres napoléoniennes la Grande-Bretagne culmine dans le processus d’industrialisation entamé sous le règne d’Elizabeth 1re (4) qui l’a fait accéder au statut de premier État-nation industriel au monde et ainsi de première puissance mondiale :

« La seule économie réellement industrialisée en 1848 était celle de la Grande-Bretagne et par conséquent, elle domina le monde […]. Dans la décennie 1840-1850, la transformation industrielle des pays non anglophones restait très embryonnaire. Par exemple, en 1850, on comptait au total un peu plus de deux cents kilomètres de voies ferrées en Espagne, au Portugal, en Scandinavie, en Suisse et dans toute la péninsule des Balkans. En 1830, il n’existait qu’une seule ville industrialisée comptant plus d’un million d’habitants (Londres), une seule hors d’Angleterre en comptait plus d’un demi million (Paris) et seules dix-neuf villes européennes comptaient plus de cent mille habitants. » (Hobsbawm, 2006b : 173).

À son statut déjà établi d’État-nation consolidé, la Grande Bretagne ajouta une nouvelle caractéristique déterminante : celle d’État industrialisé. Ce faisant, elle éleva le niveau du seuil de puissance et devint l’État le plus puissant du système international. C’est ainsi qu’elle se trouva en position d’être le seul pays à pouvoir « imposer sa volonté » aux autres membres du système et, par conséquent, le seul acteur en situation d’« écrire les règles du système » à son propre bénéfice. Dès lors que l’Angleterre fit monter le niveau du seuil de puissance, il devint clair que tout pays désirant maintenir son autonomie et ne pas devenir − formellement ou pratiquement − un État vassalisé ou un simple pion de l’empire anglais en construction devait tirer les leçons de ce succès. Et quel enseignement la Grande-Bretagne choisit-elle de dissimuler, en propageant à la place une idéologie qui prônant une voie totalement différente que celle qu’elle avait empruntée elle-même ?

Pour tout connaisseur de l’histoire britannique − et à condition de ne pas se laisser aveugler par l’éclat de l’idéologie répandue comme « tendance à suivre »  par l’Angleterre − la leçon était simple : « Dès qu’il fallait décider un arbitrage [par l’élite dirigeante britannique] entre les intérêts des affaires (qui s’appuyaient sur la liberté d’importer, d’exporter et d’exporter encore) et ceux de l’industrie (qui s’appuyaient sur un couple : protection du marché intérieur britannique face aux produits étrangers et capture de marchés d’exportation pour les produits britanniques), le producteur local gagnait. » (Hobsbawm, 2006b : 30). C’est-à-dire que les intérêts industriels prenaient le pas sur les intérêts purement commerciaux. Il est vrai également que ce choix se développa au travers d’un processus ascendant laborieux qui