Aucun voyou ne sera abandonné


Obsédées par « l’équité raciale », les écoles de Saint-Paul ont abandonné la discipline et déclenché le chaos.


Par Katherine Kersten – Hiver 2017 – Source City Journal via kunstler.com

Dans les années Obama, le système américain d’instruction publique s’est lancé dans une vaste expérience sociale qui menaçait de transformer les écoles en champs de tir éducatifs. La campagne – menée au nom de l’« équité raciale » – a cherché à réduire de façon spectaculaire le taux de suspension des étudiants noirs, qui sont renvoyés pour indiscipline avec des taux beaucoup plus élevés que les autres étudiants. Le ministère de l’Éducation des États-Unis a dirigé l’effort de haut en bas. Les bureaucrates éducatifs locaux l’ont soutenue et mise en œuvre à la base.
L’« équité raciale » est devenue la justification universelle de politiques éducatives douteuses. Les partisans de l’équité considèrent que l’« effet disparate » – lorsque les mêmes politiques produisent des résultats différents dans des groupes démographiques – est une preuve concluante qu’il y a discrimination. Sur le front de l’enseignement, l’« équité » ne recherche pas l’égalité de traitement pour tous les étudiants. Au lieu de cela, elle exige l’équivalence statistique dans les renvois et les suspensions pour indiscipline pour les étudiants de chaque groupe racial, indépendamment de la conduite réelle de ces étudiants.

La prémisse centrale des défenseurs de l’équité est que les enseignants, et non les étudiants, sont à blâmer pour l’écart disciplinaire en termes d’équité raciale. Ils affirment que les préjugés des enseignants, leur ignorance des différences culturelles ou leur insensibilité sont les causes premières de cet écart. La clé pour éliminer les disparités, soutiennent-ils, n’est pas de modifier le comportement des étudiants, mais celui des adultes. Les partisans de l’équité justifient leur programme sur la base du fait que l’écart disciplinaire dans l’équité raciale entrave gravement les chances des élèves noirs de réussir dans la vie. Des enfants qui ont été suspendus échouent en général à obtenir un diplôme dans les temps et sont plus susceptibles d’être pris dans le système judiciaire pour les mineurs, disent-ils.

Le ministère de l’Éducation du président Obama a fait de l’équité raciale dans la discipline scolaire l’une de ses principales priorités. « La vérité indéniable est que l’expérience quotidienne de l’enseignement viole pour de nombreux élèves de couleur le principe d’équité qui est au cœur de la promesse américaine », selon Arne Duncan, qui a été secrétaire pédagogique jusqu’au début de 2016. « C’est le comportement des adultes qui doit changer, a déclaré Duncan à maintes reprises. Le canal qui mène de l’école à la prison doit être remis en question tous les jours. »

Le ministère de l’Éducation de Donald Trump n’aura pas eu à attendre longtemps pour voir comment ce projet s’est déroulé dans le monde réel. Les écoles publiques de Saint Paul, dans le Minnesota, sont en avance de la courbe dans la croisade pour l’équité raciale. La violence et le chaos que la politique de l’équité raciale ont produit là-bas devraient sonner l’alarme dans tout le pays à propos de ce à quoi on peut s’attendre en poursuivant sur cette voie.

Valeria Silva, devenue surintendante des écoles publiques de Saint Paul en décembre 2009, a été une partisane précoce et passionnée de l’idéologie de l’équité raciale. En 2011, elle a fait du programme d’équité un élément central de son initiative Écoles fortes, communautés fortes. Le site internet du district a encensé le projet comme « le changement le plus révolutionnaire dans sa réalisation, son adéquation et sa pérennité au sein des écoles publiques de Saint Paul de ces 40 dernières années ».

En termes démographiques, les écoles de Saint Paul présentent environ 32% d’Asiatiques, 30% de Noirs, 22% de Blancs, 14% d’Hispaniques et 2% d’Amérindiens. En 2009 et 2010, 15% des écoliers noirs du district ont été suspendus au moins une fois – cinq fois plus que les écoliers blancs et environ 15 fois plus que les écoliers asiatiques. Du point de vue de Silva, l’équité exigeait que la population scolaire noire ne soit pas plus exclue de l’école que deux fois la proportion des Américains asiatiques, le groupe avec le taux de suspension le plus bas.

Silva a attaqué l’écart dans la discipline du point de vue de l’équité raciale à sa racine présumée : le « privilège blanc ». Les enseignants punissent injustement les écoliers des minorités pour des comportements « largement subjectifs » tels que « le défi, l’irrespect et la perturbation », a-t-elle expliqué au Minneapolis Star Tribune en 2012. Pour surmonter leurs préjugés, les enseignants doivent apprendre à avoir une « véritable appréciation » des « différences » culturelles de leurs élèves et comment celles-ci peuvent « influencer les interactions dans la salle de classe ».

Silva a embauché un consultant en diversité basé en Californie, le Pacific Educational Group (PEG), pour obliger le personnel de l’école de Saint Paul – des proviseurs aux concierges et aux chauffeurs de bus – à se confronter à leur propre intolérance et à atteindre des « compétences culturelles » dans leur travail avec des écoliers « noirs et bruns ». Dans des « conversations courageuses » sur la race inspirées par le PEG, les enseignants ont été formés à commencer toutes leurs déclarations par une phrase du genre « en tant que femme blanche, je crois… » ou « en tant qu’homme noir, je pense… » Ils ont appris que « crier » des réponses en classe et manquer de ponctualité sont des traits culturels noirs et que ce qui semble être un comportement déviant est, en fait, seulement une expression culturellement conditionnée d’« enthousiasme ».

Après avoir mis en place une formation sur le « privilège blanc », Silva a proposé d’éliminer ce qu’elle appelait la « mentalité punitive » qui sous-tend le modèle de discipline du district. Dans un effort pour réduire les renvois disciplinaires des Noirs, elle a renoncé aux attentes de comportement et de discipline des Noirs, elle a abandonné des punitions importantes pour inconduite des élèves. En plus, pour fermer le « canal école-prison », Silva a adopté un nouveau protocole sur les interactions entre l’école et la police. Le protocole classait les infractions des écoliers en cinq niveaux et exigeait des écoles qu’elles ne rapportent que les pires – dont l’incendie criminel, l’agression grave, la violence sexuelle et la possession de drogue – de leur propre chef. Pendant un temps, l’administration du district a effectivement lié les primes des directeurs d’école à leur bilan en termes de réduction de renvois disciplinaires de Noirs.

En 2011–2012, les accusations d’incivilités des écoliers du district ont baissé de 38% par rapport à l’année scolaire précédente. Les infractions commises à l’école renvoyées au bureau du procureur du comté de Ramsey pour mise en accusation ont également plongé. En 2006, les responsables de l’école avaient infligé 875 renvois pour infractions ou délits. En 2011, ils en ont infligé 538.

Silva a aussi défendu le « Positive Behavior Interventions and Supports » [Interventions et soutiens pour un comportement positif] (PBIS), un programme de modification comportementale anti-suspension qui se concentre sur la discussion et la médiation. Sous le PBIS, les étudiants indisciplinés sont réunis environ dix minutes avec un « spécialiste en comportement » avant de retourner en classe ou de passer dans une autre classe ou un autre école, où ils se comportent probablement de nouveau mal. La « majorité écrasante » des spécialistes en comportement sont noirs et « je ne sais pas très bien quelles sont leurs qualifications », a écrit Aaron Benner – un ancien enseignant de quatrième année qui est lui-même noir – dans le St. Paul Pioneer Press en 2015. Certains spécialistes « récompensent même les écoliers perturbateurs en les prenant à la salle de gym pour jouer au basket », a-t-il ajouté. « Il n’y a pas de limite au nombre de fois où un écolier perturbateur sera renvoyé de votre classe. »

Les « spécialistes culturels » formés par le PEG ont renforcé l’approche « accuser les enseignants » de l’administration. Ils ont conseillé que si des enfants tenaient tête aux professeurs, ceux-ci devraient rechercher comment leur propre incapacité à gagner la confiance des écoliers avait provoqué leur inconduite. Le résultat final d’une infraction à la discipline « devrait être plus que seulement des enfants qui s’excusent », a déclaré Kristy Pierce, un spécialiste culturel au collège de Battle Creek, à City Pages, qui a publié une série d’articles sur le chaos croissant dans les écoles de Saint Paul. « Lorsque vous utilisez le mot ‘Noir’ par opposition à ‘Afro-Américain’ et que l’écolier pique une crise, comprenez d’où cela pourrait provenir. »

En 2013, Silva a introduit un changement de politique final. Au nom de l’équité, elle a envoyé des milliers d’écoliers de l’enseignement spécialisé, souffrant de « désordres émotionnels et comportementaux » – noirs en proportion démesurée –, dans des classes normales. Les enseignants n’ont reçu aucun soutien supplémentaire pour faire face à ce défi sans précédent.

« Nous avons une part des enfants qui se considèrent comme intouchables », a dit une vétéran de l’enseignement lorsque l’année scolaire 2015-2016 a commencé. Dans les lycées de la ville, les enseignants se tenaient impuissants pendant que des tas de gamins chahuteurs – qui venaient à l’école pour le petit déjeuner, le repas de midi et le WiFi gratuits – se déchaînaient dans les corridors. « Les invasions de salles de classe » par des écoliers réglant des querelles privées ou se vengeant pour des trafics de drogue qui avaient mal tourné sont devenus la routine. « Les écoliers qui se fatiguent des cours se contentent de se lever et de partir », rapporte City Pages. « Ils frappent dans des salles auxquelles ils n’appartiennent pas, semant la zizanie et leurs méchancetés parmi leurs pairs. » Les premiers mois de l’année scolaire ont été marqués par des émeutes ou des bagarres à Como Park, dans les lycées Central, Humboldt, et Harding – y compris six batailles en trois jours à Como Park. La police a dû utiliser des substances irritantes pour disperser les écoliers qui se battaient.

« Nous voyons plus de violence et plus de violence grave », a averti Steve Linders, porte-parole de la police de Saint Paul. « Les bagarres à l’école qui impliquaient auparavant deux individus se développent en combats entre plusieurs individus ou même en mêlées impliquant plus de 50 personnes. » En septembre, une violente bagarre a éclaté au Lycée de Como Park. La police a dû appeler des renforts lorsque « la scène est devenue très chaotique avec de nombreux combattants », a dit Linders. « Ce ne sont pas… deux ou trois individus qui s’affrontent avec l’intention de résoudre leur différend privé, a déclaré l’enseignant Roy Magnuson au Pioneer Press. Ce sont des gamins qui essaient de prendre le dessus et d’attaquer. » En octobre 2015, 30 à 40 lycéens se sont affrontés dans une cage d’escalier au lycée Humboldt. La police a essayé de mettre fin à la bagarre tandis que le personnel bandait ses forces pour maintenir une porte fermée afin d’empêcher des douzaines de lycéens de se frayer une voie pour se joindre à la bataille.

Pour réduire les renvois disciplinaires, Silva a abaissé les attentes en termes de comportement et a abandonné des sanctions graves pour inconduite.

À mesure que l’année scolaire se déroulait, certaines école